La mort de Quentin Deranque, étudiant de 23 ans, continue de susciter une vive émotion et de fortes tensions politiques. Alors que l’enquête judiciaire progresse, cinq des six suspects impliqués dans l’agression mortelle ont été formellement identifiés. Plusieurs d’entre eux seraient issus de la mouvance dite d’« ultragauche », selon une source proche du dossier.
Une agression mortelle à Lyon
Quentin Deranque est décédé samedi 14 février, deux jours après avoir été violemment agressé dans la soirée à Lyon. Selon le parquet de Lyon, chargé d’une enquête pour « homicide volontaire », le jeune homme a été frappé par « au moins six individus ».
Lors d’une conférence de presse, le procureur de la République de Lyon, Thierry Dran, a précisé que la victime avait été « jetée au sol, puis frappée ». L’autopsie a révélé un « traumatisme crânien majeur » ainsi qu’une « fracture de l’os temporal droit », des blessures qualifiées de mortelles par les médecins.
À ce stade, aucune interpellation n’a encore eu lieu. Quinze témoins ont été auditionnés par les enquêteurs, qui poursuivent leurs investigations pour déterminer précisément le rôle de chacun des suspects.
Cinq suspects formellement identifiés
D’après une source proche de l’enquête citée par l’AFP, cinq des six suspects ont été formellement identifiés. Plusieurs d’entre eux appartiendraient à la mouvance d’« ultragauche », sans être pour autant fichés S.
Les autorités doivent désormais établir si ces individus sont connus des services de police ou de renseignement. Une source proche du dossier précise qu’il faudra « établir leur degré exact de responsabilité », ce qui ne pourra être fait qu’« après les interpellations ».
Selon les informations du journal Le Progrès, six personnes suspectées d’avoir participé à la rixe ont été identifiées, mais aucune n’a encore été placée en garde à vue à ce jour.
La piste de militants antifascistes évoquée
Le collectif identitaire Némésis affirme que Quentin Deranque aurait été agressé par des militants antifascistes, dont certains issus de la Jeune Garde, dissoute par le gouvernement en juin 2025.
De son côté, Franceinfo indique que certains suspects auraient été membres de ce mouvement. Les enquêteurs n’ont toutefois pas officiellement confirmé ces éléments à ce stade.
Tensions politiques
L’affaire a rapidement pris une dimension politique nationale. Une partie de la classe politique pointe la responsabilité de La France insoumise (LFI), en raison de liens supposés avec la Jeune Garde. Les dirigeants insoumis dénoncent pour leur part une « récupération » politique.
Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a assuré sur France Inter qu’il n’existait « aucun lien » entre son mouvement et la mort de Quentin Deranque, appelant à « la responsabilité et à la vigilance ». Le député Éric Coquerel a dénoncé sur RTL une « récupération sordide et politicienne », estimant que certaines accusations visaient à « affaiblir » son parti.
La cheffe du groupe LFI à l’Assemblée, Mathilde Panot, a indiqué soutenir la minute de silence organisée en hommage à la victime, tout en demandant qu’elle soit « digne » et qu’elle ne donne lieu à aucune « instrumentalisation ».
Selon l’entourage de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, une minute de silence sera observée dans l’hémicycle avant les Questions au gouvernement à 15 heures. La décision a été prise par la conférence des présidents, sans opposition.
Un billet de l’éditorialiste Jonathan Bouchet-Petersen souligne par ailleurs qu’imputer immédiatement la tragédie à la « conflictualisation politique » relèverait d’une lecture hâtive ne tenant pas compte du contexte local lyonnais.
Interdictions de rassemblements à Toulouse
Face aux risques de débordements, notamment dans un contexte de tension entre mouvances d’ultragauche et d’ultradroite, le préfet d’Occitanie a décidé d’interdire tout rassemblement revendicatif non déclaré dans l’hyper-centre de Toulouse, de 17 heures à minuit.
Un hommage devait initialement se tenir devant la préfecture à 19h30, mais d’autres appels à se réunir ont circulé. Les autorités ont invoqué un risque de troubles à l’ordre public pour justifier ces mesures préventives.
Encadrement des meetings universitaires
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a annoncé sur BFMTV qu’aucun autre « meeting » ne serait autorisé dans les universités en cas de risque avéré de troubles. Une circulaire a été adressée aux préfets et aux recteurs, même si la décision finale revient aux présidents d’université.
Une enquête toujours en cours
L’enquête pour homicide volontaire se poursuit afin d’établir précisément les circonstances du drame et la responsabilité individuelle des suspects. Les autorités judiciaires appellent à la prudence, alors que le climat politique demeure particulièrement tendu.
La mort de Quentin Deranque, au-delà de l’émotion qu’elle suscite, soulève désormais des enjeux judiciaires et politiques majeurs, dans un contexte de polarisation accrue du débat public.