Uranium au Niger : Niamey reconnaît une part de production antérieure à Orano mais maintient sa souveraineté

Le Niger, deuxième producteur mondial d’uranium en Afrique, a clarifié sa position dans le bras de fer qui l’oppose au groupe nucléaire français Orano après la nationalisation en 2025 de la mine de la Somaïr, sa dernière exploitation active d’uranium. Cette annonce intervient dans un contexte de tensions politiques, juridiques et diplomatiques entre Niamey et Paris.

Ce qu’a dit le président Tiani

Dans une allocution télévisée, le président Abdourahamane Tiani a précisé que l’État nigérien ne remet pas en cause la nationalisation de la mine, mais qu’il reconnaît un droit à Orano sur une partie de l’uranium extrait avant la reprise du site par les autorités.
• Cette part correspond à environ 156 tonnes de minerai produites avant la nationalisation.
• Sur ce volume, les 63,4 % de parts qu’Orano détenait à l’époque sont considérés comme restituables.
• Niamey s’est même dit prêt à financer le transport de cette part vers Orano si l’entreprise le souhaite.

En revanche, toutes les quantités d’uranium extraites après la nationalisation restent, selon Niamey, propriété exclusive de l’État nigérien.

Une ligne ferme sur la souveraineté des ressources

Cette position s’inscrit dans la logique de souveraineté que défend le gouvernement nigérien depuis plusieurs mois. Les autorités estiment que la nationalisation de la Somaïr — jusqu’ici exploitée par Orano — ne remet pas en cause la propriété souveraine du sous‑sol nigérien.

Selon les services gouvernementaux, la concession accordée initialement à Orano ne confère qu’un droit d’exploitation, et non la propriété des réserves. C’est sur cette base juridique que Niamey refuse toute revendication sur l’uranium produit depuis la prise de contrôle de la mine par l’État.

Un différend déjà engagé devant des tribunaux internationaux

Orano conteste cette position et a saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), une instance de la Banque mondiale chargée de trancher les litiges entre investisseurs étrangers et États. L’entreprise française affirme avoir été expropriée et réclame une compensation pour les pertes d’exploitation.

Un contexte de marché favorable

Ce conflit intervient à un moment où les prix mondiaux de l’uranium ont fortement augmenté ces derniers mois en raison d’un regain d’intérêt pour l’énergie nucléaire dans plusieurs régions du monde. Cette hausse renforce l’importance stratégique des ressources nigériennes pour de nombreux pays.

Enjeux économiques et diplomatiques

L’uranium reste une ressource critique pour le Niger, génératrice de recettes importantes pour l’État. Niamey tente de tirer parti de cette situation pour attirer de nouveaux partenaires tout en affirmant son contrôle sur la filière. Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large de nationalisme des ressources naturelles observée dans plusieurs pays producteurs.

Résumé
• Le Niger reconnaît le droit d’Orano sur une partie d’uranium produite avant la nationalisation (environ 156 t).
• Tout le minerai extrait après la reprise de la mine est considéré comme propriété nigérienne.
• Orano conteste cette décision devant un tribunal international.
• Le dossier s’inscrit dans un contexte de prix de l’uranium en forte hausse et de recherche d’une plus grande souveraineté économique par Niamey.

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