Le chef du commandement militaire américain pour l’Amérique latine et les Caraïbes, le général Francis Donovan, s’est rendu mercredi au Venezuela, où il a rencontré la présidente par intérim Delcy Rodríguez, à la veille d’un débat crucial sur une loi d’amnistie destinée à libérer l’ensemble des détenus politiques.
Sur le réseau social X, la cheffe de mission américaine Laura Dogu a salué « un autre jour historique », précisant que le général Donovan avait rencontré à Caracas « les autorités intérimaires afin d’évaluer la question de la sécurité et de faire progresser l’objectif d’un Venezuela aligné sur les États-Unis ».
La présidence vénézuélienne a confirmé la visite, indiquant que le responsable américain s’était également entretenu avec le ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello et le ministre de la Défense Vladimir Padrino. Selon le communiqué officiel, les deux pays sont convenus de travailler à un agenda de coopération bilatérale axé sur la lutte contre le trafic de substances illicites, le terrorisme et la migration.
Un tournant après la capture de Maduro
Depuis son accession au pouvoir, au lendemain de la capture lors d’une opération militaire américaine de l’ancien président Nicolás Maduro le 3 janvier, Delcy Rodríguez a engagé plusieurs réformes sous pression de Washington.
Elle a notamment ouvert le secteur pétrolier au privé et amorcé une normalisation des relations diplomatiques avec les États-Unis, rompues depuis 2019.
Mercredi, la dirigeante par intérim a également reçu le Premier ministre du Qatar, le cheikh Mohammed ben Abdulrahman Al Thani, dont le pays accueille le fonds recevant les revenus issus des ventes de pétrole vénézuélien effectuées par les États-Unis. L’émirat a joué un rôle clé de médiateur dans les négociations entre Caracas et Washington.
Sur le plan énergétique, les États-Unis ont ajouté une sixième entreprise autorisée à opérer au Venezuela : le groupe français Maurel & Prom, déjà présent sur place mais dont les activités avaient été perturbées par les sanctions.
Il rejoint cinq autres entreprises habilitées à travailler avec Chevron, Repsol, Eni, BP et Shell, dans un contexte où Washington cherche à relancer la production pétrolière du pays sud-américain.
Une loi d’amnistie très attendue
La visite du général Donovan intervient à la veille d’un nouveau débat parlementaire sur la loi d’amnistie promise le 30 janvier par Delcy Rodríguez. Le texte, inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée jeudi à 16 heures locales, doit conduire à la libération de tous les prisonniers politiques.
Les députés d’opposition se sont dits « optimistes » quant à son adoption. Devant des familles de détenus rassemblées à Caracas, le député Tomas Guanipa a affirmé que cette loi devait permettre de « clôturer un cycle de répression » et d’ouvrir une nouvelle phase de « réconciliation, de liberté et de justice ».
Toutefois, le débat reste sensible. Le 12 février, les discussions avaient été reportées en raison d’un désaccord sur un article prévoyant que les personnes amnistiées doivent « se mettre en règle ». Le député Luis Florido avait dénoncé une formulation assimilant les bénéficiaires à des coupables, estimant que les détenus politiques étaient des « victimes ». À l’inverse, Iris Varela, figure de l’aile radicale du pouvoir, avait déclaré que « celui qui n’a commis aucun crime n’a pas à demander l’amnistie ».
Malgré l’optimisme affiché, l’opposition ne dispose pas de la majorité absolue à l’Assemblée, la plupart de ses représentants ayant boycotté les législatives de 2025.
Des prisonniers toujours détenus
Devant la prison « Zona 7 » de Caracas, des proches de détenus politiques poursuivent une grève de la faim entamée samedi. Dans un message transmis à la presse, elles affirment mener « un acte désespéré mais pacifique face à une injustice prolongée », réclamant « la liberté, la dignité et le respect des droits humains ».
Selon l’ONG Foro Penal, environ 450 prisonniers politiques ont été libérés récemment, mais plus de 600 resteraient encore incarcérés.
La convergence entre rapprochement diplomatique avec Washington, relance pétrolière et débat sur l’amnistie place le Venezuela à un moment charnière de son histoire politique.