Les autorités syriennes ont confirmé l’existence d’évasions massives survenues en janvier 2026 dans le camp d’Al-Hol, situé dans le nord-est du pays. Ce site, longtemps considéré comme le plus grand camp au monde pour les familles de membres du groupe État islamique, accueillait principalement des femmes et des enfants liés à l’organisation djihadiste.
Un camp sous tension depuis des années
Implanté dans la province de Hassaké, le camp d’Al-Hol était administré jusqu’à récemment par les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition dominée par des forces kurdes et soutenue par la coalition internationale dirigée par les États-Unis.
Après la chute territoriale de l’État islamique en Syrie et en Irak, Al-Hol est devenu un centre de détention de facto pour les familles de combattants présumés. Au fil des années, les conditions humanitaires, la radicalisation persistante et les tensions sécuritaires ont transformé le camp en véritable bombe à retardement.
Avant les événements récents, environ 23 500 personnes y vivaient selon les autorités syriennes, dont une majorité de Syriens et d’Irakiens, ainsi qu’environ 6 500 ressortissants étrangers originaires de plus de 40 pays.
Le retrait des FDS, élément déclencheur
Le 20 janvier 2026, les FDS se sont retirées du camp sous pression militaire des forces pro-gouvernementales syriennes. Damas affirme que ce départ s’est effectué sans coordination préalable, créant un vide sécuritaire immédiat.
Quelques heures plus tard, les forces syriennes ont pris le contrôle du site. Mais selon le ministère syrien de l’Intérieur, la situation était déjà hors de contrôle : des brèches massives avaient été ouvertes dans le périmètre du camp.
Des milliers de disparitions
Les autorités syriennes évoquent plus de 138 brèches constatées dans le mur d’enceinte long de 17 kilomètres. Ce chaos aurait permis à des milliers de femmes et d’enfants de quitter les lieux.
Si Damas n’a pas fourni de chiffre officiel définitif, des estimations issues de services de renseignement européens évoquent entre 15 000 et 20 000 personnes susceptibles d’avoir fui dans les jours suivant le retrait kurde.
Une grande partie des évadés serait aujourd’hui dispersée à travers différentes régions syriennes, rendant leur localisation particulièrement complexe.
Inquiétudes sécuritaires en Europe
Un mémo interne de l’Union européenne a fait état de fortes préoccupations sécuritaires. Les autorités européennes craignent que parmi les personnes évadées figurent des individus toujours radicalisés, susceptibles de rejoindre des cellules dormantes ou de participer à une reconstitution de réseaux liés à l’EI.
La question des ressortissants étrangers reste particulièrement sensible. Plusieurs pays occidentaux avaient déjà été critiqués pour leur réticence à rapatrier leurs nationaux détenus à Al-Hol.
Reprise en main et transferts
Le gouvernement syrien affirme avoir transféré certaines familles encore présentes vers un autre site plus accessible dans le nord du pays. Des discussions seraient également en cours avec différents États concernant le sort des étrangers encore localisés.
Damas qualifie la situation de « chaos hérité d’une gestion désorganisée », tandis que les FDS n’ont pas détaillé publiquement leur version des faits.
Un tournant dans la gestion post-EI
Ces évasions massives pourraient marquer un tournant stratégique majeur dans la gestion des anciens bastions humains de l’État islamique. Depuis plusieurs années, les camps comme Al-Hol représentaient à la fois :
• un défi humanitaire,
• un problème juridique international,
• et un risque sécuritaire latent.
La dispersion de milliers de personnes autrefois concentrées dans un espace contrôlé complique désormais considérablement la surveillance et le suivi des profils les plus sensibles.
Alors que la Syrie reste fragmentée politiquement et militairement, cette crise relance le débat sur la responsabilité internationale dans la gestion des familles liées à l’EI et sur les conséquences à long terme d’un abandon progressif de ces zones sous contrôle kurde.