L’arrêt de l’oléoduc Oléoduc Droujba, axe majeur d’acheminement du pétrole russe vers l’Europe centrale, provoque une nouvelle crise politique entre l’Union européenne, l’Ukraine et la Hongrie. Bruxelles exhorte Kiev à accélérer les réparations du pipeline endommagé, tandis que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán propose l’envoi d’une « mission d’enquête » sur le tronçon ukrainien.
Au cœur de la controverse : les causes exactes de l’interruption, les responsabilités et ses conséquences géopolitiques.
Un pipeline stratégique à l’arrêt
L’oléoduc Oléoduc Droujba, datant de l’ère soviétique, constitue l’une des principales voies d’acheminement du brut russe vers la Hongrie et la Slovaquie.
Le 27 janvier, le pipeline a été gravement endommagé lors d’une attaque attribuée à la Russie. Depuis, les livraisons sont interrompues.
La Hongrie et la Slovaquie, qui bénéficient d’une exemption aux sanctions européennes leur permettant d’importer du pétrole russe via Droujba, ont puisé dans leurs stocks stratégiques d’urgence, censés couvrir au moins 90 jours d’importations nettes selon la législation européenne.
Bruxelles presse Kiev d’agir
La Commission européenne a demandé à l’Ukraine d’accélérer les réparations afin d’éviter une crise d’approvisionnement prolongée et de désamorcer le blocage politique créé par Budapest.
En effet, la Hongrie a opposé un double veto :
• au prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine,
• ainsi qu’à un nouveau paquet de sanctions contre la Russie.
Selon Bruxelles, il n’existe « pas de risque immédiat pour la sécurité de l’approvisionnement de l’UE », notamment grâce à une alternative : l’oléoduc Adria.
L’alternative croate : l’oléoduc Adria (JANAF)
L’Oléoduc Adria, aussi appelé JANAF, relie la Croatie à plusieurs pays d’Europe centrale.
Son opérateur affirme pouvoir couvrir l’ensemble des besoins annuels des raffineries hongroises et slovaques en pétrole non russe. La Croatie a confirmé que du brut transite déjà par cette voie vers les deux pays.
Toutefois, la Hongrie a clairement indiqué qu’elle ne souhaitait pas supporter les coûts plus élevés liés à l’importation de pétrole non russe via Adria.
Orbán réclame une « mission d’enquête »
Dans une lettre adressée à António Costa, Viktor Orbán a proposé la mise en place d’une mission d’enquête internationale sur le tronçon ukrainien de Droujba.
Budapest souhaite que des experts hongrois et slovaques participent à l’évaluation des dégâts et affirme qu’elle acceptera les conclusions d’une telle mission.
Orbán reconnaît dans sa lettre les « difficultés politiques » créées par son veto au prêt européen, tout en affirmant vouloir une « solution opportune ».
Soupçons et tensions politiques
Officiellement, les dégâts du 27 janvier sont attribués à une attaque russe.
Cependant, dans les milieux politiques hongrois, certains estiment que l’interruption prolongée pourrait ne pas être uniquement due aux bombardements. Budapest laisse entendre que Kiev aurait pu agir délibérément ou retarder volontairement les réparations, une hypothèse que l’Ukraine ne confirme pas.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a averti que les réparations ne pourraient pas être effectuées « aussi rapidement », invoquant les conditions de sécurité sur le terrain.
Ces déclarations ont accentué les tensions. Viktor Orbán a même publiquement accusé Kiev et Bruxelles de coordonner leurs efforts avec l’opposition hongroise avant les élections du 12 avril.