Trump menace l’Espagne d’un embargo, Macron affiche la solidarité française
Les tensions transatlantiques se sont brusquement aggravées après les menaces formulées par le président américain Donald Trump contre l’Espagne. En cause : le refus de Madrid d’autoriser l’utilisation de ses bases militaires en Andalousie pour des opérations américaines contre l’Iran, ainsi que son opposition à porter ses dépenses militaires à 5 % du PIB, comme le souhaite Washington.
De son côté, le président français Emmanuel Macron a exprimé « la solidarité européenne de la France » envers le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez face aux « menaces de coercition économique » américaines.
Des menaces commerciales explicites
S’exprimant à la Maison-Blanche lors d’une rencontre avec le chancelier allemand Friedrich Merz, Donald Trump a vivement critiqué Madrid. Il a accusé l’Espagne d’avoir été « lamentable » et a affirmé avoir demandé à son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, de « cesser toute relation » avec le pays.
Le président américain a déclaré :
« Nous allons couper tout commerce avec l’Espagne. Nous ne voulons plus rien avoir à faire avec l’Espagne. »
Il a même évoqué la possibilité d’un « embargo », affirmant avoir « le droit d’arrêter tout ce qui concerne l’Espagne ».
Au-delà de la question militaire, Donald Trump reproche également à Madrid de ne pas avoir accepté le nouvel objectif de l’OTAN, poussé par Washington, visant à porter les dépenses de défense à 5 % du PIB. Selon lui, l’Espagne serait « le seul pays de l’Otan » à ne pas s’y conformer.
Les bases de Rota et Morón au cœur du différend
Le litige porte principalement sur deux installations stratégiques situées en Andalousie :
• La base navale de Naval Base Rota
• La base aérienne de Morón Air Base
Ces infrastructures sont utilisées conjointement par les États-Unis et l’Espagne dans le cadre d’un accord bilatéral signé en 1953 sous le régime de Franco.
Récemment, les États-Unis ont relocalisé quinze avions stationnés sur ces bases, dont des appareils de ravitaillement en vol. Mais le gouvernement espagnol a refusé que ces installations servent à des opérations visant l’Iran.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a rappelé que ces bases demeurent « sous souveraineté espagnole » et que leur utilisation est strictement encadrée par le traité bilatéral et la Charte des Nations unies. Il a assuré n’avoir reçu « aucune demande officielle » de la part de Washington concernant une offensive contre l’Iran.
Madrid assume son refus
Pedro Sánchez a répondu fermement aux critiques américaines. Lors d’une allocution, il a lancé :
« Non à la guerre ! Nous sommes opposés à ce désastre. (…) Nous ne serons pas complices de quelque chose qui est mauvais pour le monde et contraire à nos valeurs et à nos intérêts, simplement par peur des représailles. »
L’Espagne met en avant son respect du droit international pour justifier sa position. Madrid estime que l’offensive envisagée contre l’Iran ne relève ni du cadre de l’accord bilatéral avec les États-Unis, ni de celui de la Charte de l’ONU.
Des relations déjà fragilisées
Les relations entre Washington et Madrid étaient déjà tendues sur plusieurs dossiers :
• Les dépenses militaires : l’Espagne a atteint en 2025 le seuil de 2 % du PIB pour la défense, mais refuse d’aller jusqu’à 5 %.
• La migration, sujet de profond désaccord politique.
• Les positions espagnoles sur le conflit israélo-palestinien, notamment le refus d’autoriser l’escale de navires transportant des armes à destination d’Israël.
• Les critiques de Pedro Sánchez à l’égard des « dirigeants de style MAGA », qu’il accuse de manipuler l’opinion publique sur les questions migratoires.
Friedrich Merz, présent aux côtés de Donald Trump, a indiqué qu’il tentait de convaincre l’Espagne d’adhérer à l’objectif des 5 % de dépenses militaires.
La réaction française : solidarité européenne
Face aux menaces américaines, Emmanuel Macron s’est entretenu par téléphone avec Pedro Sánchez le 4 mars. Selon l’Élysée, le président français lui a exprimé « la solidarité européenne de la France en réponse aux récentes menaces de coercition économique ».
Cette prise de position vise à afficher une unité européenne face aux pressions américaines, dans un contexte où les équilibres géopolitiques sont particulièrement instables.
Une crise diplomatique à fort potentiel
La menace d’un embargo commercial entre deux alliés de longue date marque une escalade inhabituelle au sein du camp occidental.
Si Donald Trump mettait à exécution ses annonces, les conséquences économiques pourraient être significatives pour les deux pays, l’Espagne étant un partenaire commercial important des États-Unis au sein de l’Union européenne.
Au-delà du différend militaire, cette crise illustre les fractures croissantes au sein de l’OTAN sur la stratégie à adopter face à l’Iran, le partage du fardeau militaire et la définition même des alliances stratégiques occidentales.