La crise autour de l’oléoduc Droujba, une infrastructure énergétique majeure reliant la Russie à l’Europe centrale, provoque une nouvelle confrontation politique entre l’Ukraine, la Hongrie et la Slovaquie. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé qu’il ne souhaitait pas réparer le pipeline, tandis que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán menace désormais de bloquer des cargaisons importantes destinées à l’Ukraine.
Kyiv refuse la remise en service de l’oléoduc
Lors d’une conférence de presse à Kyiv, Volodymyr Zelensky a reconnu que l’oléoduc Droujba pourrait techniquement être réparé en un mois à un mois et demi. Toutefois, il a clairement indiqué qu’il n’avait aucune intention de relancer ce pipeline.
Selon lui, l’infrastructure permet principalement d’acheminer du pétrole russe vers la Hongrie et la Slovaquie, deux pays européens dont les gouvernements entretiennent des relations relativement proches avec Moscou.
Le président ukrainien a justifié sa position en évoquant la guerre avec la Russie et les pertes humaines en Ukraine.
Il a déclaré que, tant que les forces russes poursuivent leurs attaques, Kyiv ne devrait pas se préoccuper de faciliter les exportations de pétrole russe vers l’Europe centrale. Il a notamment ciblé Viktor Orbán, estimant que certaines décisions ne pouvaient pas être réduites à de simples considérations économiques.
Un pipeline endommagé par la guerre
La situation autour de l’oléoduc s’est aggravée fin janvier, lorsqu’une attaque de drone russe a endommagé l’infrastructure, interrompant le transit du pétrole.
Cependant, la Hongrie et la Slovaquie contestent la version ukrainienne. Viktor Orbán et le Premier ministre slovaque Robert Fico affirment que le pipeline pourrait fonctionner et accusent Kyiv de ralentir volontairement les réparations pour exercer une pression politique.
Le dirigeant hongrois a même présenté des images satellites pour soutenir sa position, mais Volodymyr Zelensky a rejeté ces preuves, affirmant qu’elles ne démontraient rien sur l’état réel de l’infrastructure.
Le prêt européen de 90 milliards d’euros au cœur du conflit
Le désaccord dépasse la simple question énergétique. À Bruxelles, Viktor Orbán et Robert Fico ont opposé leur veto à un prêt de 90 milliards d’euros destiné à soutenir l’Ukraine.
Les deux dirigeants ont clairement indiqué qu’ils n’approuveraient le déblocage de cette aide que si Kyiv acceptait de relancer l’oléoduc.
Volodymyr Zelensky a réagi fermement à cette position, déclarant espérer qu’aucun État membre de l’Union européenne n’empêcherait l’aide financière destinée à soutenir l’armée ukrainienne.
Moscou soutient Budapest et Bratislava
Dans ce contexte, la Russie suit attentivement l’évolution de la crise. Le président russe Vladimir Putin s’est entretenu à Moscou avec le ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Szijjártó.
À cette occasion, Vladimir Poutine a qualifié la Hongrie et la Slovaquie de « partenaires les plus fiables » et s’est engagé à poursuivre les livraisons d’énergie vers ces pays.
Péter Szijjártó a pour sa part souligné que le pétrole et le gaz russes restaient essentiels pour maintenir des prix de l’électricité raisonnables pour les consommateurs hongrois.
La Hongrie menace de bloquer les cargaisons vers l’Ukraine
Face au refus ukrainien de relancer l’oléoduc, Viktor Orbán a annoncé une mesure de représailles.
La Hongrie pourrait empêcher le transit via son territoire de cargaisons importantes à destination de l’Ukraine, tant que Kyiv ne rétablira pas les livraisons de pétrole russe vers Budapest.
Le Premier ministre hongrois a déjà confirmé plusieurs mesures :
• arrêt des exportations de diesel vers l’Ukraine
• maintien des exportations d’électricité
• possible blocage de cargaisons stratégiques transitant par la Hongrie
Selon Viktor Orbán, ces décisions visent à répondre à ce qu’il qualifie de chantage politique de la part de l’Ukraine.
Une crise énergétique et politique
L’oléoduc Droujba, l’un des plus longs pipelines pétroliers du monde, alimentait jusqu’à récemment la Hongrie et la Slovaquie en pétrole russe.
Ces deux pays bénéficient d’une exemption aux sanctions européennes sur le pétrole russe en raison de leur forte dépendance énergétique et du manque d’alternatives.
La crise actuelle aggrave donc les tensions au sein de l’Union européenne, déjà divisée sur la stratégie à adopter face à la Russie.
Des enjeux politiques en Hongrie
La confrontation avec l’Ukraine intervient également dans un contexte politique intérieur pour Viktor Orbán.
Le dirigeant hongrois, au pouvoir depuis 16 ans, mène actuellement campagne pour les élections législatives prévues le 12 avril.
Le scrutin s’annonce serré et Viktor Orbán multiplie les critiques contre l’Union européenne et l’Ukraine, un discours qui mobilise une partie de son électorat.