La mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, annoncée après des frappes aériennes massives menées par les États-Unis et Israël, ouvre une période d’incertitude majeure pour l’Iran et pour l’ensemble du Moyen-Orient. Après près de quatre décennies au sommet du pouvoir, la disparition de cette figure centrale du régime islamique soulève une question essentielle : qui dirige désormais l’Iran et comment sera choisi son successeur ?
Une transition prévue par la Constitution iranienne
La mort du dirigeant âgé de 86 ans a été confirmée par la télévision d’État iranienne. Les autorités ont décrété 40 jours de deuil national ainsi que sept jours fériés dans le pays.
Depuis la révolution islamique de 1979 menée par Ruhollah Khomeini, l’Iran est une théocratie dans laquelle la plus haute autorité n’est pas le président mais le Guide suprême. Ce dernier cumule les fonctions de chef de l’État, de commandant en chef de l’armée et d’arbitre ultime de la vie politique.
Selon la Constitution iranienne, un mécanisme de transition s’active immédiatement après la disparition du Guide suprême. Le pouvoir est alors exercé temporairement par un trio composé :
• du président de la République, Masoud Pezeshkian
• du chef du pouvoir judiciaire
• d’un juriste issu du puissant Conseil des gardiens
Ce groupe assure la gestion de l’État jusqu’à la désignation d’un nouveau Guide suprême.
Le rôle décisif de l’Assemblée des experts
La succession du Guide suprême relève d’une institution religieuse clé : l’Assemblée des experts. Cet organe, composé de 88 religieux, est chargé d’évaluer les candidats et d’élire le nouveau chef suprême de la République islamique.
C’est déjà cette assemblée qui avait choisi Ali Khamenei en 1989 après la mort de l’ayatollah Ruhollah Khomeini.
Toutefois, la situation actuelle complique fortement le processus. L’Iran subit des bombardements intensifs menés par les États-Unis et Israël, ce qui pourrait rendre difficile la réunion rapide des membres de l’Assemblée. Certains observateurs évoquent même l’incertitude sur l’état ou la localisation de plusieurs responsables clés après les frappes.
Un système de pouvoir complexe
Bien que le Guide suprême dispose d’un pouvoir considérable — pouvant opposer son veto à toute décision politique et influencer la sélection des candidats aux élections — le système iranien repose sur un réseau d’institutions concurrentes.
Le pouvoir de Khamenei s’appuyait notamment sur :
• le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), force militaire et politique majeure
• le Conseil des gardiens, chargé de valider les lois et les candidatures électorales
• l’empire financier parapublic connu sous le nom de Setad, un conglomérat contrôlé directement par le Guide suprême et estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Durant son règne, Setad a investi massivement dans les Gardiens de la révolution, renforçant leur influence politique et économique.
Des préparatifs de succession avant sa mort
Les tensions croissantes avec les États-Unis et Israël avaient poussé Khamenei à anticiper sa succession. Pendant la guerre de 12 jours contre Israël en juin 2025 — au cours de laquelle plusieurs scientifiques nucléaires et commandants iraniens ont été tués — le guide suprême s’était réfugié dans un bunker sécurisé.
Selon plusieurs analystes, il aurait alors établi plusieurs lignes de succession pour éviter un vide du pouvoir en cas de disparition soudaine.
Les noms évoqués pour lui succéder
Plusieurs personnalités influentes du régime sont régulièrement mentionnées comme candidats possibles à la succession.
Mojtaba Khamenei
Mojtaba Khamenei, deuxième fils du guide suprême défunt, est considéré comme l’un des hommes les plus influents du régime. Proche du Corps des gardiens de la révolution, il dispose d’un réseau politique important. Cependant, une succession dynastique pourrait être mal perçue par une partie du clergé chiite.
Hassan Khomeini
Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique, est une autre figure mentionnée. Sa filiation lui confère une forte légitimité symbolique, et son image plus modérée pourrait être mieux accueillie à l’étranger.
Ali Larijani
Ali Larijani, actuel secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, est également considéré comme un prétendant sérieux. Issu d’une importante famille cléricale, il a longtemps été proche de Khamenei et a joué un rôle central dans les négociations nucléaires de l’Iran.
Le poids croissant des militaires
Certains experts estiment qu’un changement majeur pourrait intervenir dans la nature du régime lui-même. Ces dernières années, Ali Khamenei avait renforcé l’influence des Gardiens de la révolution dans la politique iranienne.
Dans ce contexte, il n’est pas exclu que l’Assemblée des experts choisisse une figure moins connue mais proche des cercles militaires, ce qui marquerait un tournant vers un système encore plus militarisé.
Une période d’incertitude pour l’Iran
La disparition du Guide suprême intervient dans un contexte particulièrement instable : frappes militaires, tensions régionales extrêmes et divisions internes.
Le Corps des gardiens de la révolution a déjà annoncé qu’il répondrait à la mort de Khamenei par « l’opération la plus destructrice de son histoire », ce qui laisse craindre une escalade militaire.
Dans les prochains jours, la capacité du régime à organiser une succession sous pression militaire déterminera l’avenir politique de l’Iran. Entre rivalités internes, influence du clergé et poids de l’armée, l’équilibre du pouvoir au sommet de la République islamique reste plus incertain que jamais.