Le Premier ministre slovaque Robert Fico a déclaré que la Slovaquie pourrait bloquer un important prêt de l’Union européenne destiné à l’Ukraine si le Premier ministre hongrois Viktor Orbán perd les élections législatives prévues en avril en Hongrie. Cette déclaration souligne les tensions croissantes au sein de l’UE autour du soutien financier et militaire à Ukraine.
Dans un message vidéo publié sur Facebook le 8 mars, Robert Fico a affirmé que Bratislava était prête à « prendre le relais de la Hongrie » pour bloquer ce financement si le parti au pouvoir en Hongrie, Fidesz, ne remportait pas les élections prévues le 12 avril.
Un prêt de 90 milliards d’euros déjà bloqué
Actuellement, la Hongrie bloque un prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à soutenir l’Ukraine. Cette aide, approuvée en principe en décembre 2025, vise à couvrir environ deux tiers des besoins financiers ukrainiens pour la période 2026-2027.
Le plan prévoit environ 30 milliards d’euros pour soutenir le budget ukrainien et 60 milliards d’euros pour l’effort militaire du pays dans le contexte de la guerre contre la Russie.
Selon plusieurs responsables européens, l’absence de ce financement pourrait placer l’Ukraine dans une situation financière critique dès la mi-2026.
Le différend autour de l’oléoduc Droujba
Au cœur du conflit se trouve l’oléoduc Droujba pipeline, qui transporte du pétrole russe vers plusieurs pays d’Europe centrale.
En janvier, les livraisons via cet oléoduc ont été interrompues. Kyiv affirme que l’infrastructure a été endommagée lors d’une attaque russe dans l’ouest de l’Ukraine. Mais la Slovaquie et la Hongrie accusent le gouvernement ukrainien de bloquer volontairement les livraisons de pétrole.
Ces deux pays sont les seuls États membres de l’UE à continuer d’importer du pétrole brut russe par cette voie. En réaction, Budapest et Bratislava ont suspendu leurs exportations de diesel vers l’Ukraine.
Viktor Orbán a même menacé de « briser par la force » ce qu’il qualifie de « blocus pétrolier ukrainien ».
Pression sur Bruxelles et Kyiv
Robert Fico a également annoncé qu’il aborderait cette question lors d’une rencontre avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Le chef du gouvernement slovaque souhaite que la Commission européenne fasse pression sur le président ukrainien Volodymyr Zelensky afin d’autoriser une inspection de l’oléoduc.
Il affirme par ailleurs que la Slovaquie disposerait d’images satellites confidentielles montrant que l’oléoduc reste opérationnel, contredisant ainsi les explications ukrainiennes.
Viktor Orbán face à une élection incertaine
Cette crise intervient alors que Viktor Orbán affronte l’un des défis politiques les plus sérieux de sa carrière. Les sondages montrent que le parti d’opposition Tisza Party devance actuellement le Fidesz à quelques semaines des élections législatives.
Le gouvernement hongrois, souvent considéré comme le plus proche du Kremlin au sein de l’UE, a maintenu des relations étroites avec Moscou malgré la guerre en Ukraine.
Viktor Orbán a déjà utilisé à plusieurs reprises le droit de veto de la Hongrie pour ralentir ou bloquer certaines sanctions européennes contre la Russie et retarder l’aide à Kyiv.
Dans ce contexte, la position de la Slovaquie laisse entrevoir la possibilité d’un nouveau blocage politique au sein de l’Union européenne concernant le financement de l’Ukraine.