Plus de 80 ans après le drame, une décision judiciaire vient raviver la mémoire du Massacre de Thiaroye. Ce vendredi 27 mars, le Tribunal administratif de Paris a reconnu la responsabilité de l’État français pour avoir dissimulé les circonstances précises du décès d’un tirailleur africain tué lors de cette répression coloniale.
Une décision historique de la justice française
La justice administrative a estimé que les autorités françaises avaient commis une faute en ne mobilisant pas « les moyens susceptibles d’éclairer les circonstances précises » de la mort de ce soldat. L’affaire avait été portée par Biram Senghor, fils d’un tirailleur tué le 1er décembre 1944.
Dans sa décision, le tribunal souligne que l’État avait non seulement fourni des informations erronées à la famille dans les années suivant le drame, mais aussi manqué à son devoir de vérité en ne menant pas d’investigations suffisantes pour établir les faits.
Des informations falsifiées pendant des décennies
Selon le jugement, plusieurs versions inexactes ont été communiquées à la famille du soldat : il aurait été présenté comme déserteur, sa solde aurait été déclarée intégralement versée, et les tirs de l’armée française auraient été décrits comme une réponse « proportionnée ».
Ces éléments ont été progressivement démentis par les autorités elles-mêmes, notamment en 2019 et en 2024, où il a été reconnu que le tirailleur n’était pas déserteur et qu’il était « mort pour la France ». Malgré ces corrections tardives, la justice considère que l’État n’a pas fait tout ce qui était nécessaire pour établir la vérité complète, notamment sur les circonstances exactes de sa mort et son lieu de sépulture.
Une réparation limitée mais symbolique
En raison de la prescription des faits, le tribunal n’a pas pu condamner l’État pour le décès lui-même. Toutefois, il a reconnu un préjudice moral lié à l’absence de recherche de la vérité et a accordé une indemnisation de 10 000 euros au fils du tirailleur.
Cette décision marque une reconnaissance importante des manquements de l’État, même si elle reste juridiquement limitée.
Un massacre encore entouré de zones d’ombre
Le 1er décembre 1944, à Thiaroye, des tirailleurs africains originaires notamment du Mali, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée et du Burkina Faso avaient été abattus par l’armée française alors qu’ils réclamaient le paiement de leur solde après avoir combattu pour la France.
À ce jour, de nombreuses questions demeurent sans réponse, notamment le nombre exact de victimes et les lieux d’inhumation. Le traumatisme reste profond dans les pays concernés.
En novembre 2024, le président Emmanuel Macron avait officiellement reconnu qu’il s’agissait d’un « massacre », à l’approche du 80e anniversaire de ces événements.
Une avancée vers la reconnaissance historique
Cette condamnation judiciaire s’inscrit dans un processus plus large de reconnaissance des injustices liées à l’histoire coloniale. Si elle ne permet pas de réparer pleinement les faits, elle constitue une étape importante vers la vérité et la mémoire des tirailleurs africains, longtemps marginalisés dans le récit officiel.