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Écriture inclusive : entre idéologie et rupture grammaticale, le Conseil d’État à contre-courant de la langue française

La décision récente du Conseil d’État autorisant l’usage de l’écriture inclusive sur des plaques commémoratives à Paris a ravivé un débat ancien, mais jamais réellement tranché, sur la nature et la fonction de la langue française. Si, sur le plan juridique, cette pratique est désormais validée, elle continue de poser, sur les plans linguistique, pédagogique et intellectuel, des questions de fond. L’écriture inclusive relève-t-elle d’une évolution naturelle du français ou d’une construction idéologique projetée sur la langue au mépris de sa grammaire et de son histoire ?

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En se prononçant favorablement à l’inscription de formes inclusives sur des supports officiels, la plus haute juridiction administrative française a fait le choix de la légalité, non celui de la cohérence linguistique. Cette décision intervient alors même que les critiques à l’égard de l’écriture inclusive sont anciennes, étayées et largement partagées dans les milieux académiques et pédagogiques. Pour le journaliste Christian Estevez, cette validation juridique s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’institutions de plus en plus perméables à des grilles de lecture idéologiques se revendiquant du « progressisme », sans toujours mesurer leurs conséquences sur les fondements culturels et intellectuels qu’elles touchent.

Le Conseil d’État, dont la composition sociologique et idéologique est régulièrement interrogée, ne statue pas sur la langue en tant que telle. Il tranche un litige administratif. En ce sens, son arbitrage ne saurait être interprété comme une reconnaissance de la légitimité grammaticale ou pédagogique de l’écriture inclusive. La confusion entre légalité et légitimité linguistique est ici centrale : ce qui est juridiquement autorisé n’est pas nécessairement linguistiquement fondé.

Cette distinction est d’autant plus cruciale que l’Académie française, institution séculaire et garante de l’usage et des règles de la langue, s’oppose de manière constante et argumentée à l’écriture inclusive. Depuis plusieurs années, les académiciens alertent sur les risques que ces pratiques font peser sur la clarté, la lisibilité et la transmission du français. Pour l’Académie, les points médians, doublets et constructions artificielles ne constituent ni une évolution naturelle de la langue ni un progrès linguistique, mais une altération de ses mécanismes fondamentaux. En ce sens, l’avis de l’Académie française fait autorité bien au-delà des prises de position individuelles : il rappelle que la langue ne se décrète pas, elle se structure et se transmet.

L’un des paradoxes majeurs de l’écriture inclusive réside dans son caractère prétendument émancipateur. Présentée comme un outil d’inclusion et de visibilité, elle se révèle, dans les faits, excluante pour une partie non négligeable de la population. Les personnes atteintes de troubles dys (dyslexie, dyspraxie, dysorthographie) rencontrent de réelles difficultés de lecture et de compréhension face à des mots fragmentés par des signes typographiques étrangers à la logique du français. Là où la langue devrait être un vecteur d’accessibilité universelle, elle devient un obstacle supplémentaire, au nom d’une cause idéologique qui ignore ses effets concrets.

Au cœur de la controverse se trouve également une confusion conceptuelle persistante, que souligne le journaliste Christian Estevez : l’amalgame entre genre grammatical et sexe biologique. En français, le masculin et le féminin sont des catégories linguistiques héritées du latin, destinées à organiser la langue, non à hiérarchiser les êtres humains. Les sexes relèvent du biologique ; les genres, de la grammaire. Si le masculin grammatical correspondait réellement à l’homme et le féminin à la femme, la langue serait structurée de manière radicalement différente. Or, des termes liés à l’anatomie sexuelle féminine comme « vagin », « utérus », « ovaire » ou « clitoris » ne doivent leur genre qu’à des règles linguistiques, tout comme le mot « verge ». Le masculin grammatical, loin d’être un outil patriarcal, fonctionne historiquement comme un genre non marqué, assumant une valeur neutre dans la phrase.

L’écriture inclusive ne s’inscrit donc pas dans la continuité historique de la langue française. Elle ne procède ni de l’usage populaire ni d’une transformation organique du français, mais d’une volonté militante d’inscrire des revendications sociales contemporaines dans la structure même de la langue. En ce sens, elle relève davantage du symbole politique que de la linguistique. Le point médian, devenu emblème de cette pratique, n’améliore ni la précision ni la rigueur de l’expression ; il la fragmente et l’obscurcit.

La décision du Conseil d’État entérine un choix juridique, mais elle ne saurait clore le débat. Car l’enjeu dépasse largement la question des plaques commémoratives ou des circulaires administratives. Il touche à la nature de la langue comme bien commun, à sa transmission aux générations futures et à sa capacité à demeurer un outil clair, partagé et universel. Face à cette tension entre droit, idéologie et grammaire, la position de l’Académie française rappelle une évidence souvent oubliée : une langue ne se réforme pas contre sa logique, ni contre ceux qui la parlent et la transmettent.

Celine Dou, pour La Boussole – infos

Musique classique et handicap : l’Orchestre national de Mulhouse innove

Samedi 20 décembre, pour la première fois l’institution a proposé un concert symphonique inclusif, à l’occasion du programme Ballets Russes. L’objectif : permettre à des personnes en situation de handicap de profiter, comme tout le monde, de la musique classique, grâce à un dispositif d’accueil adapté et une invitation explicite à la bienveillance.

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Musique – tournée française de Beyoncé : quand le « business parallèle » des commerçants freine le succès populaire

Le premier des trois concerts français de Beyoncé, dans le cadre de son « Cowboy Carter Tour 2025 », s’est tenu hier au Stade de France. Pourtant, l’événement n’a pas affiché complet, malgré l’immense popularité de l’artiste états-unienne et une demande initiale forte. Une situation paradoxale qui illustre un phénomène désormais bien identifié autour des grandes tournées internationales : le développement d’un juteux business local dont la spéculation finit parfois par desservir l’artiste lui-même.

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Éducation supérieure : un monde de plus en plus polarisé

Le dernier classement mondial sur la part de diplômés de l’enseignement supérieur dans la population active révèle des écarts persistants et structurants. Derrière les performances des locomotives mondiales, l’enjeu n’est plus seulement de mesurer, mais de réduire ces disparités dans un monde où la connaissance conditionne l’avenir des nations.

Le savoir est devenu, plus que jamais, un déterminant central de puissance. Un classement récemment publié par CBRE Research et relayé par divers médias internationaux brosse un tableau contrasté des nations selon la part de leur population active (25-64 ans) ayant atteint un niveau d’éducation universitaire. Au sommet, trois pays s’imposent avec des taux remarquables : l’Irlande (52 %), la Suisse (46 %) et Singapour (45 %). Derrière eux, une poignée de pays développés parviennent à maintenir des niveaux élevés, tandis qu’une grande partie du monde demeure à la traîne.

L’Amérique du Nord confirme sa position historique de forteresse éducative, avec un Canada qui dépasse les 60 % de diplômés, et des États-Unis d’Amérique qui, malgré les débats internes sur la qualité de l’éducation et son coût, comptent plus de 78 millions de diplômés universitaires. De son côté, l’Asie aligne des modèles performants, comme Singapour, mais aussi la Corée du Sud et le Japon, qui démontrent qu’une politique volontariste à long terme peut transformer le capital humain en atout géopolitique majeur.

L’Europe du Nord, avec la Finlande, les Pays-Bas ou le Danemark, illustre une autre voie : celle d’une éducation inclusive, égalitaire et accessible, où l’enseignement supérieur est étroitement articulé à la formation continue et à la recherche appliquée. L’Estonie, souvent citée comme modèle émergent, consacre ainsi plus de 6 % de son PIB à l’éducation, pariant sur une montée progressive mais solide en compétences.

Si ces succès nationaux sont notables, ils mettent en lumière, par contraste, des fossés préoccupants ailleurs. De nombreux pays africains, latino-américains et d’Asie du Sud continuent d’afficher des taux de diplômation très faibles. Cette réalité n’est pas uniquement le reflet d’un manque de ressources financières : elle traduit aussi des problématiques structurelles, telles que la faiblesse des infrastructures éducatives, l’instabilité politique, les conflits armés, les inégalités sociales persistantes, ainsi que la fuite des cerveaux.

Le risque est double. D’abord, celui de voir une partie croissante de la population mondiale durablement exclue de la compétition mondiale des compétences. Ensuite, celui d’un approfondissement du clivage géopolitique et économique entre zones hautement qualifiées et zones en stagnation éducative, compromettant les ambitions globales de justice sociale et de développement équitable.

Face à cette fracture mondiale de l’éducation supérieure, la réponse ne peut se limiter à la seule comparaison de chiffres. Trois axes stratégiques émergent :

  1. Investir massivement dans l’accès universel à l’éducation de qualité dès le primaire, car c’est en amont que se joue la future capacité des étudiants à intégrer des cursus supérieurs.
  2. Renforcer les partenariats éducatifs transnationaux, permettant aux pays en développement de bénéficier de transferts de compétences, de technologies pédagogiques et de programmes de mobilité des enseignants et des étudiants.
  3. Réinventer l’enseignement supérieur pour le rendre plus accessible, modulaire et adapté aux réalités locales, notamment par le biais de l’enseignement en ligne, des campus satellites et de la formation professionnelle valorisée.

Au XXIe siècle, la puissance des nations ne se mesurera pas uniquement en termes de PIB ou de capacités militaires, mais aussi et peut-être surtout en fonction de la qualité et de la densité de leur capital humain. Loin d’être une simple compétition de performances statistiques, la question éducative mondiale soulève un défi civilisationnel : celui de donner à chaque peuple les moyens d’exister pleinement dans un monde globalisé, sans reproduire indéfiniment les inégalités héritées.

Si certains pays montrent la voie, l’urgence collective demeure : faire de la réduction de l’écart éducatif un projet international partagé. Car le savoir, en définitive, ne devrait pas être un privilège géographique, mais un bien commun de l’humanité.