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Écosexualité : décryptage d’un phénomène culturel qui interpelle plus qu’il ne convainc

Popularisé récemment par plusieurs médias occidentaux, le mouvement dit « écosexuel » intrigue autant qu’il déroute. Né dans le milieu artistique états-unien, il entend réinventer la relation de l’être humain à la nature à travers des gestes symboliques ou intimes. La Boussole – infos propose une analyse rigoureuse de ce phénomène, de ses origines à sa portée réelle, loin des interprétations simplificatrices.

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Derrière les images spectaculaires souvent relayées embrassades d’arbres, rituels nus ou performances érotiques en pleine nature se dessine une question plus fondamentale : pourquoi certaines franges des sociétés occidentales recherchent-elles de nouveaux modes de rapport au vivant, au moment même où la crise environnementale atteint une intensité inédite ?

1. Aux origines : un mouvement issu de la performance artistique

L’écosexualité apparaît au début des années 2000, principalement sous l’impulsion d’Annie Sprinkle et d’Elizabeth Stephens, deux artistes états-uniennes mêlant pratiques performatives, activisme et réflexions issues des études queer. Leur ambition première n’est pas d’élaborer une doctrine écologique, mais de proposer une expérience artistique critique, destinée à interroger la manière dont l’être humain instrumentalise la nature.

Les premières performances prennent la forme de « mariages » symboliques avec des éléments naturels montagnes, cours d’eau, forêts ainsi que de rituels destinés à personnifier la Terre. Cette dimension performative constitue le cœur originel du mouvement.

2. Une diffusion amplifiée par l’ère numérique

Durant les années 2010, l’écosexualité gagne en visibilité grâce aux réseaux sociaux, aux festivals de performances et à quelques reportages documentaires. La circulation d’images parfois décontextualisées contribue à fixer l’idée d’un mouvement transgressif, alors que la majorité des pratiques relèvent d’expérimentations symboliques ou artistiques.

Cette médiatisation crée un décalage : un courant à l’audience réduite se trouve projeté dans l’espace public comme une tendance émergente, sans qu’il existe pour autant de structure militante, de revendication politique ou d’objectif environnemental clairement formulé.

3. Motivations et discours : entre quête de sens et critique de la modernité

Les personnes qui se réclament de l’écosexualité invoquent des motivations variées :

  • Réhabiliter le corps dans le rapport à la nature, perçu comme distendu par la vie urbaine et numérique ;
  • Explorer des formes alternatives de spiritualité dans des sociétés où les cadres religieux traditionnels déclinent ;
  • Proposer une critique des normes sociales, notamment en matière de sexualité et de rapport au vivant ;
  • Créer un sentiment d’appartenance à la Terre, conçue non comme un simple environnement mais comme un partenaire symbolique.

Ces discours témoignent d’un bouillonnement culturel, davantage que d’une démarche structurée autour de l’écologie scientifique ou de la préservation des écosystèmes.

4. Réactions publiques : entre scepticisme et interrogation sociologique

La réception du phénomène est majoritairement sceptique. Les pratiques les plus marginales notamment les mises en scène à caractère érotique dominent les commentaires, souvent au détriment des dimensions artistiques ou critiques initiales.

Pour autant, plusieurs chercheurs en sociologie et en anthropologie considèrent l’écosexualité comme révélatrice d’un contexte sociétal précis :

  • la montée d’individualismes spirituels,
  • la valorisation de l’expérience sensible,
  • la recherche de nouvelles formes de rituels dans des sociétés désymbolisées,
  • la difficulté, pour une partie des citoyens occidentaux, à appréhender la crise environnementale autrement qu’à travers des récits émotionnels.

5. Une portée écologique quasi nulle mais un éclairage culturel significatif

Aucune donnée ne permet d’affirmer que l’écosexualité influence la protection de la biodiversité, les comportements de consommation ou les politiques environnementales. Le mouvement n’a ni programme, ni structure, ni revendication mesurable.

En revanche, il éclaire plusieurs phénomènes contemporains :

  • La fragmentation des engagements écologiques, entre actions institutionnelles, mobilisations militantes structurées et expérimentations symboliques.
  • Le rôle des émotions dans la perception de la crise climatique, au détriment parfois des solutions techniques ou politiques.
  • L’hypervisibilité médiatique de pratiques marginales, souvent amplifiée par les logiques de viralité numérique.

Ainsi, l’écosexualité est moins une réponse à l’urgence climatique qu’un symptôme culturel des transformations occidentales face au vivant.

L’écosexualité ne constitue ni un mouvement écologique, ni un courant militant, ni un projet politique. Elle s’inscrit dans un registre symbolique et artistique qui interroge, à sa manière, la place de la nature dans les sociétés contemporaines. Sa pertinence écologique demeure faible ; sa valeur analytique, en revanche, réside dans ce qu’elle révèle des tensions identitaires, spirituelles et culturelles qui traversent les sociétés occidentales.

En choisissant de traiter ce phénomène sans ironie ni sensationnalisme, La Boussole – infos rappelle que comprendre le monde contemporain exige d’examiner aussi ses marges, ses expérimentations et ses questionnements même lorsqu’ils dérangent ou semblent insolites.

Celine Dou

Quand le smartphone tue le concert : Sabrina Carpenter pointe les dérives d’une époque hyperconnectée

À l’heure où la technologie s’immisce dans chaque instant de notre vie, le spectacle vivant, jadis espace privilégié d’échange et d’émotion directe, est confronté à une fracture profonde. Dans cette ère hyperconnectée, les smartphones, omniprésents dans les salles de concert, sont en train de transformer radicalement la nature même de l’expérience artistique.

Récemment, la chanteuse états-unienne Sabrina Carpenter a ravivé ce débat en annonçant qu’elle envisageait sérieusement d’interdire les téléphones portables lors de ses concerts. « Cela va vraiment énerver mes fans, mais oui, j’y pense », a-t-elle confié à Rolling Stone, dans le cadre de la promotion de son prochain album Man’s Best Friend, prévu pour le 29 août 2025.

Le constat de Sabrina Carpenter fait écho à de nombreuses situations observées ces derniers mois. Lors d’un concert de Justin Timberlake à Montréal, une fan absorbée par son téléphone n’a même pas perçu la présence du chanteur à quelques centimètres d’elle, privant ainsi l’artiste d’une interaction directe. À Berlin, c’est Chris Brown qui, excédé par une fan focalisée sur son smartphone, a saisi puis jeté l’appareil dans la foule.

Ces anecdotes ne sont pas anodines. Elles traduisent un phénomène plus large : filmer le concert au lieu de le vivre engage une relation médiatisée, éclatée, où l’instant présent est vécu à travers un écran. Or, les études comportementales sont claires : la majorité des vidéos et photos capturées en ces occasions ne sont jamais ou très rarement visionnées à nouveau. Le souvenir réel du moment, lui, s’efface.

L’omniprésence des écrans produit aussi un effet de coupure entre les individus. Le smartphone agit comme un filtre qui détourne les regards, anesthésie les émotions et érode la capacité à partager une expérience collective authentique. Cette distanciation répétée impacte la qualité des interactions humaines.

Les travaux en sciences sociales et en neuropsychologie mettent en garde : l’usage intensif des écrans, notamment chez les jeunes générations, contribue à une baisse réelle de l’empathie et à une difficulté accrue à vivre pleinement l’instant présent.

Au-delà des conséquences sociales et émotionnelles, la prolifération des vidéos amateurs diffusées sur les réseaux sociaux constitue un véritable préjudice pour les artistes et les professionnels de la production.

Ces captations, souvent de qualité médiocre, sont largement partagées avant même la sortie officielle des DVD ou des enregistrements télévisés. Cette exposition non autorisée rogne les ventes et les droits d’auteur, privant ainsi les artistes, producteurs et distributeurs de revenus essentiels. Ces ressources sont pourtant indispensables pour financer des événements toujours plus ambitieux et garantir la pérennité de la création artistique.

De surcroît, la diffusion prématurée de ces contenus enlève aux spectateurs futurs l’effet de surprise et l’émerveillement liés à la découverte directe du spectacle.

Face à ces enjeux, plusieurs artistes de renom ont adopté des politiques interdisant l’usage des téléphones pendant leurs concerts. Jack White, Bob Dylan, Adele ou Iron Maiden ont mis en place des dispositifs de type pochettes verrouillées, empêchant la captation pendant le spectacle.

La démarche de Sabrina Carpenter s’inscrit ainsi dans une dynamique de résistance à la standardisation numérique, visant à préserver la magie de l’instant vécu et le lien direct entre artistes et public.

Dans un monde saturé d’images et de sollicitations numériques, le simple geste de poser son téléphone et de lever les yeux prend une dimension nouvelle. Il s’agit d’un choix conscient de vivre pleinement, sans filtre, la richesse d’un moment partagé.

L’appel de Sabrina Carpenter dépasse la simple question d’une règle en salle : c’est une invitation à réaffirmer l’importance de l’authenticité, de la présence et de l’émotion humaine, dans une époque où la technologie peut facilement devenir un obstacle à ces valeurs fondamentales.

Brian Wilson s’est éteint à 82 ans : un artisan de la beauté musicale mondiale

Brian Wilson, membre fondateur du groupe états-unien The Beach Boys, est décédé le 11 juin 2025 à l’âge de 82 ans. Il était l’une des figures majeures de la musique populaire du XXe siècle. Compositeur, arrangeur, producteur, il a marqué son époque par un sens mélodique rare et une quête d’harmonie qui résonne bien au-delà des frontières des États-Unis d’Amérique.

Dans les années 1960, Wilson façonne avec ses frères et amis ce qui deviendra le California sound, un style musical mêlant harmonies vocales riches, orchestrations subtiles et images idéalisées de la jeunesse. Derrière les succès tels que Surfin’ U.S.A., I Get Around ou California Girls, se dessine une vision du monde à la fois joyeuse et mélancolique.

Ce contraste s’approfondira dans son œuvre la plus saluée : Pet Sounds (1966). Cet album, aujourd’hui considéré comme l’un des plus influents de l’histoire de la musique, fut salué notamment par les Beatles, qui y virent une source d’inspiration directe pour leur propre travail.

Au fil des ans, Brian Wilson s’est aussi distingué par sa profonde sensibilité artistique, parfois difficile à concilier avec les exigences de l’industrie musicale. Il a connu des épisodes de repli, liés à des troubles psychiques avec lesquels il a vécu pendant de longues années, notamment un diagnostic de schizo-affectivité. Malgré ces épreuves, il n’a jamais cessé d’inspirer des générations de musiciens.

Après la disparition de son épouse Melinda Ledbetter en 2024, son état de santé s’était fragilisé. Une mesure de protection juridique avait été mise en place pour garantir son bien-être au quotidien. Sa famille a confirmé son décès dans un message sobre et émouvant.

L’influence de Brian Wilson dépasse largement la scène états-unienne. Ses compositions ont nourri le travail de nombreux artistes à travers le monde, et son approche de la production sonore continue d’être étudiée dans les écoles de musique.

Dans un monde où la musique est souvent soumise à l’instantanéité, l’œuvre de Wilson rappelle l’importance du travail en profondeur, du soin porté au détail, et de l’émotion sincère. Elle résonne aujourd’hui encore auprès d’auditeurs de toutes générations.

Brian Wilson ne fut pas seulement une icône d’une époque. Il incarne une manière de faire de la musique qui allie exigence technique, intuition artistique et goût du risque. Sa voix s’est tue, mais sa musique continue d’habiter les mémoires collectives.