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Journée mondiale du refus de la misère : entre discours et réalités sociales, la lutte contre la pauvreté à l’épreuve des faits

Célébrée chaque 17 octobre, la Journée mondiale du refus de la misère rappelle un engagement universel : faire reculer la pauvreté dans toutes ses dimensions. Instituée par les Nations Unies en 1992, à l’initiative du père Joseph Wresinski et du mouvement ATD Quart Monde, cette journée vise à rendre visibles les personnes vivant dans la précarité et à interpeller les dirigeants sur l’urgence d’une justice sociale véritable. Trente-trois ans après son institution, le constat demeure préoccupant : les écarts de richesse s’accentuent, tandis que la précarité se transforme et se mondialise.

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Une pauvreté aux visages multiples

La pauvreté n’est plus seulement une question de manque de revenus, mais une réalité systémique, enracinée dans les inégalités d’accès à l’éducation, à la santé, au logement et à la dignité. Selon la Banque mondiale, près de 700 millions de personnes vivent encore avec moins de 2,15 dollars par jour. En France, l’Insee estime à 15,4 % le taux de pauvreté monétaire en 2023, touchant particulièrement les familles monoparentales et les jeunes. En Afrique subsaharienne, les progrès enregistrés au cours des deux dernières décennies risquent d’être anéantis par la conjonction de plusieurs crises : inflation importée, insécurité alimentaire, conflits internes et dérèglements climatiques.

Ces chiffres, souvent répétés, traduisent une réalité plus profonde : celle d’une humanité fracturée où la pauvreté se reproduit de génération en génération, non par fatalité, mais par déséquilibre structurel des modèles économiques. Le défi n’est pas seulement de « réduire la pauvreté », mais de repenser le système qui la produit.

Une solidarité mondiale fragilisée

Depuis plusieurs années, les promesses internationales s’essoufflent. L’objectif premier du Programme de développement durable à l’horizon 2030 « éradiquer la pauvreté sous toutes ses formes » semble de plus en plus hors d’atteinte. La pandémie de Covid-19, puis la guerre en Ukraine, ont révélé les fragilités d’une mondialisation qui enrichit les grandes puissances et laisse les pays du Sud dans la dépendance. L’aide publique au développement reste souvent conditionnée, et les dettes souveraines étranglent les budgets nationaux, empêchant des investissements durables dans les services sociaux de base.

Dans les pays industrialisés, la pauvreté prend d’autres formes : travailleurs pauvres, exclusion numérique, marginalisation urbaine. Les États dits « développés » n’échappent plus au fléau qu’ils pensaient avoir vaincu, tandis que les économies émergentes peinent à absorber les inégalités héritées du modèle libéral.

Vers une justice économique globale

Face à ces constats, la Journée mondiale du refus de la misère ne peut se limiter à un symbole. Elle invite à une refondation morale et politique de la solidarité internationale. Lutter contre la pauvreté exige de s’attaquer aux causes structurelles : réformer la fiscalité mondiale pour limiter l’évasion fiscale, repenser les accords commerciaux inéquitables, promouvoir des modèles économiques axés sur la dignité humaine plutôt que sur le profit maximal.

En Afrique, de nombreuses initiatives locales coopératives agricoles, mutuelles de solidarité, projets communautaires témoignent d’une volonté d’émancipation. Mais ces efforts resteront limités sans une révision globale des rapports économiques internationaux. La pauvreté n’est pas une fatalité ; elle est le produit de choix politiques.

Un impératif de conscience collective

Refuser la misère, c’est affirmer que la dignité humaine n’a pas de prix. C’est reconnaître que la lutte contre la pauvreté n’est pas une œuvre de charité, mais un devoir de justice. En ce 17 octobre, la parole donnée aux plus pauvres doit devenir un levier de transformation des politiques publiques, non un simple rituel commémoratif. La misère est le miroir d’un désordre mondial : tant qu’elle subsistera, aucune société ne pourra se prétendre libre ni civilisée.

Celine Dou

Concentration extrême des richesses : Oxfam alerte sur une accumulation hors norme au sommet

Selon un rapport publié ce 26 juin par l’ONG Oxfam, le 1 % des individus les plus riches de la planète a capté à lui seul 33 900 milliards de dollars de richesse supplémentaire entre 2015 et 2024. Un chiffre vertigineux qui, selon l’organisation, met en lumière l’accélération d’un processus de concentration patrimoniale incompatible avec les objectifs de justice sociale et de stabilité mondiale.

À partir de données issues de Forbes, Credit Suisse, UBS, ou encore de la Banque mondiale, Oxfam établit que sur les 77 000 milliards de dollars de richesse nouvelle créée à l’échelle mondiale durant cette période, près de 44 % ont été accaparés par le seul 1 % le plus fortuné.
En parallèle, les 99 % restants de la population mondiale ont dû se partager les 56 % restants avec des inégalités importantes au sein même de ce groupe.

L’ONG souligne que cette captation de valeur ne relève pas uniquement d’un effet d’enrichissement global, mais d’un déséquilibre structurel dans les mécanismes de création et de redistribution de la richesse.

Le rapport insiste sur le décalage entre cette accumulation au sommet et la précarisation croissante des populations vulnérables. À titre de comparaison, il suffirait de 2 % de cette richesse nouvellement captée (soit environ 678 milliards de dollars) pour sortir durablement de l’extrême pauvreté l’ensemble des personnes vivant avec moins de 2,15 dollars par jour, selon les estimations de la Banque mondiale.

Cette polarisation se traduit aussi par une montée des tensions sociales, la désaffection politique dans de nombreuses démocraties occidentales, et un affaiblissement des États dans leur capacité à fournir des services publics fondamentaux. Des effets qui, s’ils perdurent, pourraient éroder la cohésion sociale dans plusieurs régions du monde.

Dans ce contexte, Oxfam appelle à une réforme fiscale ambitieuse, notamment à travers :

  • Une taxation exceptionnelle des patrimoines extrêmes,
  • Une fiscalité progressive plus équitable au niveau mondial,
  • Et un renforcement de la lutte contre l’évasion fiscale, particulièrement dans les juridictions offshore.

L’organisation propose également que les revenus issus de ces nouvelles recettes fiscales soient prioritairement affectés à l’accès universel à l’éducation, aux soins de santé, et à la lutte contre le changement climatique.

Oxfam n’est pas seule à tirer la sonnette d’alarme. Le FMI, l’OCDE, et même certaines institutions financières comme la Banque mondiale ont récemment mis en garde contre l’instabilité que peuvent engendrer des écarts de richesse aussi marqués, aussi bien sur le plan économique que politique.

Les inégalités, lorsqu’elles atteignent de tels niveaux, ne sont plus un simple symptôme des déséquilibres économiques, mais un facteur structurant de désordres sociaux, affectant la capacité des sociétés à se projeter dans un avenir durable.

À l’heure où les défis globaux exigent une solidarité accrue qu’il s’agisse de climat, de santé ou de paix sociale la concentration extrême des richesses dans les mains d’une infime minorité interroge. Le rapport d’Oxfam, en chiffrant cet écart, appelle à repenser non seulement la fiscalité mondiale, mais aussi le sens même du développement économique.