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46 pays sous influence : l’ingérence du lobby du tabac expose la fragilité des États

Un rapport conjoint du Global Center for Good Governance in Tobacco Control (GGTC) et de l’initiative STOP dresse un constat inquiétant : dans 46 pays, l’industrie du tabac aurait intensifié ses manœuvres pour peser sur les politiques publiques de santé. Voyages offerts à des décideurs, promesses d’investissements, financements d’ONG, campagnes de responsabilité sociale d’entreprise… autant de leviers utilisés pour contourner les réglementations et retarder la mise en œuvre de mesures anti-tabac.

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Une influence persistante derrière le vernis de la “responsabilité sociale”

L’ingérence du lobby du tabac n’est pas nouvelle, mais le rapport révèle un raffinement croissant des stratégies employées. Sous couvert d’engagements sociétaux ou environnementaux, les grands groupes multiplient les initiatives de “bonne gouvernance” pour redorer leur image, tout en continuant à promouvoir des produits qui tuent plus de huit millions de personnes chaque année selon l’Organisation mondiale de la santé.
Le paradoxe est frappant : des entreprises reconnues coupables de pratiques trompeuses se positionnent désormais comme partenaires du développement durable, infiltrant les sphères politiques et économiques par le biais de mécénats et de promesses d’emploi.

Un enjeu de gouvernance mondiale

Au-delà de la santé publique, c’est la capacité des États à résister aux influences économiques qui est ici mise à l’épreuve.
Dans plusieurs pays à revenu intermédiaire, les compagnies de tabac se présentent comme des acteurs incontournables de l’économie nationale. Elles financent des campagnes locales, participent à des projets agricoles ou technologiques, et se rendent ainsi indispensables aux gouvernements en quête de stabilité budgétaire.
Cette dépendance crée un terrain propice aux compromis : les politiques anti-tabac sont édulcorées, les hausses de taxes retardées, les contrôles allégés.
Le résultat ? Une érosion de la souveraineté sanitaire et un affaiblissement de la gouvernance publique face à des multinationales aux moyens colossaux.

Santé publique contre pouvoir économique : un bras de fer inégal

L’analyse du GGTC montre que dans plusieurs cas, les représentants de l’industrie ont bénéficié d’un accès privilégié à des ministères ou à des assemblées législatives, au mépris des règles de transparence.
La lutte contre le tabagisme devient dès lors un combat asymétrique : d’un côté, des institutions de santé publique sous-financées ; de l’autre, des entreprises qui dépensent des milliards pour influencer, séduire ou dissuader.
Le rapport souligne également le risque de “capture réglementaire”, lorsque les politiques publiques finissent par refléter les intérêts privés plutôt que l’intérêt général.

Vers un sursaut politique et institutionnel ?

La Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), adoptée en 2003, interdit toute interaction non transparente entre gouvernements et industrie.
Mais plus de vingt ans après, la volonté politique demeure inégale. Les mécanismes de contrôle manquent, les sanctions sont rares, et les frontières entre lobbying, diplomatie économique et corruption sont souvent floues.
Certains pays notamment en Asie et en Amérique latine ont amorcé un resserrement des règles de contact avec les industriels, mais le rapport montre que ces efforts restent isolés face à une influence désormais globalisée.

La santé publique, dernier bastion d’une gouvernance éthique

L’ingérence du lobby du tabac révèle une réalité plus large : celle d’un déséquilibre systémique entre les intérêts économiques privés et la gouvernance publique mondiale.
La question n’est plus seulement celle du tabac, mais celle de la capacité des institutions à défendre le bien commun dans un contexte où les géants industriels s’invitent dans la décision politique.
La transparence, la cohérence des politiques publiques et la protection des institutions contre les conflits d’intérêts constituent désormais des enjeux centraux de souveraineté démocratique.

Celine Dou

Rebecca Young, 12 ans et “Fille de l’année” selon le magazine Time : quand une enfant réchauffe les sans-abri et supplée les politiques sociales

À douze ans, Rebecca Young, élève à Glasgow, a été désignée “Fille de l’année” par le magazine Time. Cette distinction, qui célèbre son invention d’une couverture chauffante pour les sans-abri, révèle une réalité inquiétante : dans une Europe pourtant riche, ce sont parfois les enfants qui imaginent des solutions là où les politiques sociales échouent. L’histoire de Rebecca dépasse le simple exploit technologique : elle interroge la responsabilité collective face à la pauvreté urbaine.

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Rebecca Young, 12 ans, a conçu un sac à dos convertible en couverture chauffante, alimentée par des panneaux solaires et une batterie intégrée, destiné aux personnes sans domicile. Son projet a été récompensé dans le cadre du concours britannique Primary Engineer, puis mis en œuvre avec le soutien du groupe industriel Thales Royaume-Uni. Une trentaine de prototypes ont déjà été distribués à des associations caritatives de Glasgow. Sa reconnaissance par Time, qui l’a élue “Fille de l’année” 2025, place cette initiative sur le plan international.

Une innovation née de l’observation sociale

Le projet de Rebecca est directement issu d’une expérience personnelle : voyant, un soir d’hiver, des personnes dormir dans la rue, elle a décidé d’agir. Cette initiative souligne une contradiction européenne majeure : dans un continent technologiquement avancé et doté de ressources importantes, certains citoyens restent exposés à des conditions extrêmes.

La couverture de Rebecca n’est pas seulement un objet technique : elle symbolise la capacité de la jeunesse à pallier les insuffisances des systèmes sociaux. Alors que la société adulte peine à réagir à la croissance du nombre de sans-abri, l’ingéniosité enfantine prend le relais, révélant une carence institutionnelle.

Le constat social derrière l’invention

Au Royaume-Uni, on estime que près de 280 000 personnes vivent sans logement stable. Glasgow, où Rebecca a grandi, n’échappe pas à cette réalité. Les associations locales dénoncent régulièrement le manque de coordination entre les politiques publiques et les besoins réels des populations fragiles.

Dans ce contexte, l’invention de la jeune Écossaise n’est pas anecdotique : elle incarne la réponse directe d’un citoyen à une urgence sociale. Elle interroge aussi le rôle de l’éducation et des programmes scientifiques : quand l’école et les concours stimulent la créativité au service du collectif, la jeunesse devient un vecteur de transformation sociale.

Une reconnaissance internationale symptomatique

Être élue “Fille de l’année” par Time n’est pas qu’un honneur personnel : c’est un signal médiatique qui souligne la pertinence sociale de l’innovation. Cependant, cette distinction pose une question : pourquoi faut-il qu’une enfant attire l’attention mondiale pour qu’une solution à un problème social devienne visible ?

Rebecca Young devient ainsi le symbole d’une Europe où les initiatives privées ou individuelles compensent les manques des politiques publiques. Sa médiatisation internationale, y compris à travers une figurine réalisée par Lego à son effigie, illustre la fascination occidentale pour l’ingéniosité enfantine, parfois au détriment d’une réflexion sur les causes structurelles de la pauvreté.

Analyse et mise en perspective

L’histoire de Rebecca Young interroge le rapport entre technologie, solidarité et responsabilité sociale. Elle démontre que :

  • La jeunesse européenne peut anticiper et agir là où les institutions échouent.
  • Les problèmes structurels (logement, pauvreté, exclusion sociale) restent partiellement ignorés malgré les ressources disponibles.
  • La médiatisation de l’initiative souligne l’écart entre reconnaissance symbolique et action politique concrète.

Cette dynamique n’est pas propre à l’Europe : elle trouve des échos dans de nombreux pays où la société civile tente de combler les défaillances étatiques. Pour l’Afrique, cet exemple peut inspirer des programmes éducatifs et technologiques orientés vers des solutions sociales locales.

Rebecca Young, en inventant une couverture chauffante pour les sans-abri, ne se contente pas de réaliser un exploit technique : elle met en lumière une Europe en tension entre richesse matérielle et responsabilité sociale. Sa distinction par Time est symbolique, mais elle révèle surtout la capacité de la jeunesse à devenir un acteur critique et créatif face aux manquements des politiques publiques.

Cette histoire invite les sociétés à réfléchir : si une enfant peut inventer des solutions là où l’État échoue, la question du progrès social et de la solidarité devient inévitable.

Celine Dou, pour la boussole-infos

12 juin 2025 – Travail des enfants : l’indifférence tue plus sûrement que la misère

Ce 12 juin 2025 marque la Journée mondiale contre le travail des enfants, instituée en 2002 par l’Organisation internationale du Travail (OIT). Vingt-trois ans plus tard, la situation mondiale demeure alarmante. Selon les données les plus récentes des Nations unies, 138 millions d’enfants dans le monde sont contraints de travailler, dont 54 millions dans des conditions qualifiées de dangereuses : exposition à des produits toxiques, manipulations de machines, travail de nuit, ou encore situations proches de l’esclavage moderne.

Malgré les engagements répétés de la communauté internationale, les progrès sont lents, inégaux et fragiles. En 2025, le mot d’ordre lancé par l’OIT est explicite : « Accélérer les efforts ». Mais de quels efforts parle-t-on réellement, et quelles résistances entravent encore la mise en œuvre de l’objectif 8.7 de l’Agenda 2030, qui vise à éliminer toutes les formes de travail des enfants ?

Le travail des enfants ne se limite pas à une seule région du monde, même si les pays du Sud concentrent la majorité des cas : l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud, l’Amérique latine. Il prend des formes variées : travail domestique, agriculture, confection textile, exploitation minière, pêche, informel urbain…

Mais il ne s’agit pas d’une question périphérique. En réalité, le travail des enfants est au cœur du système économique globalisé. Certains produits consommés quotidiennement dans les pays industrialisés (cacao, coton, coltan, vêtements, appareils électroniques…) sont issus de chaînes de valeur où le travail infantile est toléré, voire intégré.

Et la situation s’aggrave : les crises successives pandémie de Covid-19, guerres, inflation, changement climatique ont précipité des millions d’enfants dans le travail précoce, souvent pour compenser la perte de revenus familiaux. L’école est alors abandonnée, la santé compromise, l’avenir hypothéqué.

Les conventions internationales existent. La Convention n°138 de l’OIT fixe l’âge minimal pour travailler à 15 ans (ou 14 dans certains pays en développement). La Convention n°182, adoptée en 1999, interdit les pires formes de travail des enfants. Ces textes ont été ratifiés par presque tous les États membres de l’ONU. En théorie, le consensus est établi.

Mais les moyens alloués à l’application de ces textes sont largement insuffisants. De nombreux États, surtout les plus pauvres, manquent de capacités de contrôle, de systèmes éducatifs fonctionnels, de couverture sociale. Dans d’autres cas, les gouvernements tolèrent ou dissimulent le travail des enfants pour ne pas fragiliser leur compétitivité à l’exportation.

L’ONU, par la voix du directeur général de l’OIT, Gilbert F. Houngbo, appelle en 2025 à un « sursaut moral ». Il souligne que le respect des droits de l’enfant n’est pas un luxe pour pays riches, mais une condition essentielle d’un développement équitable et durable.

Dans ce contexte, il est difficile d’ignorer les contradictions de nombreux pays dits « donateurs ». Alors même que des voix s’élèvent à Nice, lors de la Conférence sur les océans, pour appeler à des financements massifs en faveur de la protection des biens communs, le financement de la protection de l’enfance demeure sous-doté.

Parallèlement, la réduction drastique de l’aide publique au développement, engagée ces dernières années par les États-Unis d’Amérique, le Royaume-Uni et l’Australie, fragilise les efforts des pays du Sud dans la lutte contre l’exploitation infantile.

À cela s’ajoute une certaine hypocrisie structurelle : les multinationales, souvent domiciliées dans des pays riches, externalisent leur production vers des zones à faible régulation, tout en s’affichant en surface avec des politiques de « responsabilité sociale ».

Quelques pays montrent pourtant la voie. En Uruguay, au Népal ou au Rwanda, des programmes intégrés combinant éducation gratuite, filets sociaux, et coopération entre autorités locales et internationales ont permis de réduire significativement le travail des enfants. La condition : un engagement politique fort, soutenu par des ressources durables.

Des initiatives citoyennes émergent aussi : campagnes de sensibilisation, boycotts de marques non éthiques, certifications équitables, partenariats éducatifs. Mais leur portée reste limitée sans une volonté politique claire au niveau global.

À chaque Journée mondiale, le risque est grand de voir le sujet relégué à une date symbolique, sans suite. Pourtant, le travail des enfants n’est pas une fatalité. Il est le symptôme d’un ordre économique qui tolère l’inacceptable pour préserver ses marges.

Refuser de détourner le regard, exiger la transparence des chaînes de production, soutenir les systèmes éducatifs universels : voilà ce que signifie « accélérer les efforts ». Car chaque jour sans action concrète est un jour volé à l’enfance d’un être humain.

Encadré – Chiffres clés :

  • 138 millions d’enfants travailleurs dans le monde
  • 54 millions dans des activités dangereuses
  • 70 % dans l’agriculture
  • 72 millions en Afrique, soit plus de la moitié du total mondial
  • Objectif ONU : éradication d’ici 2025 (objectif compromis)