Bien que les vagues de chaleur frappent chaque année l’Inde et le Pakistan, en ce mois de mai 2022, ce phénomène prend des proportions catastrophiques avec des températures si hautes qu’elles atteignent le seuil fatal pour l’homme, comme pour les oiseaux.
Les canicules en Asie risquent de tuer des millions de personnes, alors que le seuil maximal de chaleur humide que l’homme peut supporter est largement dépassé.
L’Inde et le Pakistan – deux pays de l’Asie du Sud – subissent des vagues de chaleur sans précédent depuis deux mois. D’après les données du Service météorologique indien (IMD), une température record de 46,5°C a été observée le 11 mai 2022 à Barmer (Rajasthan occidental). Des températures extrêmement élevées (43-46°C) ont également été enregistrées dans la majeure partie du Rajasthan, à l’ouest du Madhya Pradesh, et dans le Gujarat, tandis que des températures de 40-42°C ont été relevées dans l’Est du Madhya Pradesh, dans de nombreuses parties du Punjab et dans le sud du Haryana.
Ce seuil, les scientifiques l’évaluent à 35 degrés au “thermomètre humide” (Tw) pour les personnes en bonne santé. Cette valeur prend en compte l’humidité de l’air pour mesurer notre résistance à la chaleur. Plus l’air est humide, plus l’air est saturé d’eau, et plus l’efficacité de notre transpiration diminue. Si l’humidité de l’air était de 100%, notre sueur ne nous refroidirait plus. En clair, le corps humain supporte très mal la chaleur humide. Si l’homme peut supporter 100°C tant que l’air est sec et que le corps peut transpirer, à partir de 25°C dans une zone humide, l’air devient irrespirable. C’est aussi pour ça que vous supportez sans doute plus facilement les températures du sauna, pourtant plus élevées, que celles du hammam.
En six heures, le corps succombe!
Des expériences montrent qu’une température au thermomètre humide bien en dessous de 35 degrés Celsius est déjà fatale. Une étude de l’American Physiological Society parue en janvier 2022, a mesuré la capacité de jeunes adultes en bonne santé à effectuer des tâches simples dans six conditions climatiques extrêmes différentes. L’expérience de quelques heures a révélé qu’aucun participant n’a atteint la limite de 35° Tw. Une limite jugée “haute” par les auteurs, la tolérance à la chaleur aurait été beaucoup moins bonne chez des personnes âgées ou vulnérables.
À moins de 35°C, sans pouvoir se rafraîchir, en environ six heures, le corps succombe. Dans certaines conditions climatiques, la déliquescence est encore plus rapide. Par exemple, en France, lors de la canicule de 2003, la chaleur humide n’a pas excédé les 28° Tw. Pourtant, à l’échelle de l’Europe, avec plus de 70.000 morts, cette vague de chaleur est historiquement la plus mortelle.
En Asie, le seuil mortel a largement été dépassé ces derniers jours. La température humide est de près de 30° Tw, soit supérieure de deux degrés à ce que les scientifiques jugent tolérables pour le corps humain. La ville de Jacobabad, au Pakistan, enregistre même déjà six jours où la température humide a dépassé les 35° Tw cette année.
Des températures mortelles de plus en plus fréquentes
Cette chaleur extrême fait déjà ses premières victimes. Dans l’État indien du Maharashtra, 25 personnes sont mortes depuis mars à cause de la chaleur. Et la mortalité liée aux canicules en Inde, déjà victime de vagues de chaleur meurtrières en 2015 et 2019, a augmenté de plus de 60% depuis 1980, selon le ministre indien des Sciences de la Terre.
L’avenir s’annonce encore plus sombre. Dans une étude publiée en mai 2020 dans la revue « ScienceAdvances », des chercheurs britanniques et américains ont constaté que la fréquence des températures au thermomètre humide atteignant 27 °C, 29 °C, 31 °C et 33 °C dans le monde a doublé entre 1979 et 2017. Ils prédisent que ces valeurs mortelles vont se répandre dans les régions vulnérables du monde, à mesure que le dérèglement climatique s’accentue.
Les points chauds à surveiller de près sont le sud de l’Asie et le Moyen-Orient, ajoutent les auteurs de ces travaux scientifiques. Les pays subtropicaux et côtiers, comme la Californie ou encore le Mexique devront aussi faire face, de plus en plus régulièrement, à ces vagues de chaleur. “Ce que nous voyons maintenant sera normal, voire froid, dans un monde entre +2° et +3°C”, explique Friederike Otto, de l’Imperial College de Londres. Une grande partie de la population du globe n’aura pas le choix de déserter ces lieux aux conditions les plus extrêmes.
Charlotte Rio-Calanda