Archives pour la catégorie Environnement

Népal : plus de 350 morts, 1 300 disparus dont des centaines d’étrangers après l’effondrement d’un glacier à la frontière du Tibet

Le bilan de la catastrophe qui a frappé le nord du Népal mercredi 26 août ne cesse de s’alourdir. Les autorités népalaises font désormais état de 359 morts et de près de 1 400 personnes portées disparues, après des crues soudaines et des coulées de boue qui ont balayé plusieurs localités proches de la frontière avec le Tibet chinois.

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Parmi les disparus figurent de nombreux étrangers. Le ministère népalais du Tourisme recense 570 touristes portés disparus, dont 517 ressortissants étrangers provenant de 33 pays. Des citoyens indiens, états-uniens, malaisiens, ukrainiens, australiens, britanniques, canadiens et sud-coréens figurent notamment parmi les personnes recherchées.

Une catastrophe partie des hauteurs himalayennes

Les premières heures avaient laissé planer le doute sur l’origine du phénomène. Un signal sismique enregistré dans la région avait d’abord été interprété comme un séisme. L’analyse du United States Geological Survey a depuis conduit à une autre conclusion : le signal provenait de l’effondrement d’une masse glaciaire et rocheuse, suivi d’une coulée de débris.

La masse de glace, de roches et de boue a dévalé les vallées avant de provoquer une montée extrêmement rapide des eaux. La rivière Trishuli, notamment, a connu une hausse spectaculaire de son niveau, tandis que des villages, des routes et des ponts étaient emportés sur plusieurs dizaines de kilomètres.

À Syabrubesi, dans le district de Rasuwa, des secteurs entiers ont été ravagés. Des installations hydroélectriques, des axes routiers et des ponts ont également subi d’importants dégâts, compliquant l’arrivée des secours et l’évacuation des habitants.

Des touristes et des pèlerins toujours recherchés

L’ampleur des disparitions dépasse largement le seul cadre népalais. La zone touchée est fréquentée par des touristes et des pèlerins étrangers, notamment ceux qui se rendent vers les sites himalayens et le mont Kailash.

L’Inde compte le plus grand nombre de ressortissants recherchés, avec 178 personnes, devant les États-Unis d’Amérique avec 65, l’Ukraine avec 53, la Malaisie avec 51, l’Australie avec 35 et le Royaume-Uni avec 33.

Au Tibet, du côté chinois de la frontière, la situation est également très grave. Les autorités ont annoncé trois morts et 558 disparus dans le comté de Gyirong, dont 260 étrangers. Le poste-frontière de Gyirong, un point important pour les échanges et les déplacements entre le Tibet et le Népal, a été durement touché.

Une nouvelle menace en amont

Les opérations de recherche se poursuivent dans des conditions difficiles. L’eau, la boue et les débris ont coupé plusieurs voies d’accès, tandis que les secours doivent encore atteindre certaines zones isolées.

Une autre menace inquiète les autorités chinoises : l’accumulation de débris en amont a formé une retenue d’eau susceptible de céder et de provoquer une nouvelle crue brutale. Des équipes chinoises ont été mobilisées pour surveiller la situation et prévenir les populations exposées.

Pour les secouristes, la priorité reste la même : retrouver les disparus et évacuer les habitants menacés avant une éventuelle nouvelle montée des eaux.

La catastrophe rappelle aussi la fragilité des vallées himalayennes face aux mouvements de glace, de roches et d’eau. Dans cette région où les glaciers reculent et où les masses glaciaires deviennent plus instables, les scientifiques alertent depuis plusieurs années sur le risque de crues soudaines liées aux effondrements glaciaires.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Norvège : Oslo veut maintenir sa production de pétrole et de gaz jusqu’en 2035 et poursuivra les forages en mer de Barents malgré l’Union européenne

La Norvège ne prépare pas sa sortie des hydrocarbures. Elle prépare leur prolongation. Alors que l’Union européenne soutient un moratoire sur les nouveaux forages pétroliers et gaziers dans l’Arctique, Oslo entend continuer à exploiter la mer de Barents et maintenir sa production de pétrole et de gaz à des niveaux proches de ceux d’aujourd’hui jusqu’en 2035 au moins. Le gouvernement norvégien assume désormais une ligne qui place la sécurité énergétique parmi ses priorités, sans renoncer à ses objectifs de transition énergétique.

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Le ministre norvégien de l’Énergie, Terje Aasland, l’a affirmé à Reuters le 24 août, à la veille de l’ouverture de la conférence ONS à Stavanger : la Norvège poursuivra le développement de ses ressources en mer de Barents, quelle que soit la position de l’Union européenne. Pour le gouvernement norvégien, ces gisements ne représentent pas seulement une réserve de pétrole et de gaz. Ils doivent contribuer à maintenir la place de la Norvège parmi les principaux fournisseurs énergétiques de l’Europe au moment où sa production actuelle devrait commencer à décliner après 2030.

L’Europe s’est éloignée du gaz russe, pas de ses besoins énergétiques

La décision norvégienne ne peut pas être comprise sans revenir à 2022.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a bouleversé le marché européen de l’énergie. La réduction des livraisons russes a obligé les pays européens à chercher d’autres fournisseurs. La Norvège s’est retrouvée en première ligne.

Elle fournit désormais environ 30 % de la demande en gaz naturel de l’Union européenne et du Royaume-Uni. Sa production gazière est restée proche de niveaux records en 2025 et sa production pétrolière a atteint son niveau le plus élevé depuis 2009.

Cette position pourrait toutefois devenir plus difficile à tenir. Les prévisions officielles norvégiennes annoncent une baisse sensible de la production après 2030 si de nouvelles ressources ne sont pas découvertes puis développées.

C’est là que la mer de Barents entre dans l’équation.

Pour Terje Aasland, continuer à y développer les ressources pétrolières et gazières répond donc à un intérêt national, mais aussi à celui de l’Europe. Selon lui, dans la situation géopolitique et sécuritaire actuelle, le maintien des activités dans cette région sert les intérêts des deux parties.

Le raisonnement du gouvernement norvégien est simple : si l’Europe veut continuer à disposer d’un approvisionnement énergétique sûr, elle ne peut pas demander simultanément à son principal fournisseur de gaz de renoncer aux ressources susceptibles de prolonger cette offre.

Oslo ne conditionne plus ses projets à l’acceptation européenne

Le désaccord avec l’Union européenne est pourtant réel.

L’Union européenne soutient actuellement un moratoire sur les nouveaux forages pétroliers et gaziers dans l’Arctique au nom de la protection de l’environnement. La Norvège considère pour sa part que les zones de la mer de Barents actuellement ouvertes à l’exploitation sont différentes des secteurs arctiques les plus exposés aux conditions extrêmes.

Le gouvernement norvégien avance notamment que ces zones sont libres de glace, comme certaines parties de la mer du Nord, et que leur exploitation contribue à maintenir l’activité économique et l’emploi dans le nord du pays, à proximité de la frontière russe.

Mais l’argument le plus important est ailleurs : la Norvège considère que la décision d’exploiter ses ressources relève de sa souveraineté.

Terje Aasland ne cache pas que l’Union européenne pourrait décider de ne pas acheter les hydrocarbures produits dans l’Arctique. Mais cette éventualité ne conduirait pas nécessairement la Norvège à fermer les gisements.

Le pétrole pourrait être vendu sur les marchés internationaux. Le gaz pourrait être transformé en gaz naturel liquéfié à l’usine de Melkøya, près de Hammerfest, puis expédié vers d’autres marchés.

La Norvège ne veut donc pas que son industrie pétrolière et gazière soit dépendante d’une seule décision européenne.

Le directeur général d’Equinor, Anders Opedal, tient le même raisonnement. Si l’Union européenne refusait le pétrole et le gaz de la mer de Barents, les ressources pourraient trouver d’autres débouchés. Selon lui, la conséquence première d’une telle décision serait surtout de réduire la sécurité énergétique européenne.

La Norvège abandonne aussi l’image de « batterie verte » de l’Europe

Le changement de ton ne concerne pas uniquement les hydrocarbures.

Pendant des années, la Norvège a été présentée comme une pièce maîtresse de la transition énergétique européenne. Grâce à son abondante production hydroélectrique, elle exporte de l’électricité vers plusieurs pays européens et s’est progressivement retrouvée intégrée au système électrique continental.

L’expression de « batterie verte de l’Europe » résumait cette ambition.

Terje Aasland ne veut plus de cette formule.

À ses yeux, elle donne à la Norvège un rôle qu’elle ne peut pas assumer seule : celui de régulateur du marché électrique européen. Les interconnexions avec plusieurs pays européens et avec le Royaume-Uni ont aussi exposé les consommateurs norvégiens aux mouvements des prix européens, alimentant les critiques dans le pays.

La Norvège ne prévoit donc pas de nouvelles interconnexions électriques, tout en maintenant sa coopération avec les pays européens.

Le ministre norvégien estime surtout que les États européens doivent renforcer leurs propres capacités de production stables. La fermeture de centrales au charbon et au nucléaire, combinée à des investissements jugés insuffisants dans certaines capacités, a selon lui fragilisé le système.

La Norvège accepte de rester intégrée au marché européen. Elle ne veut plus être présentée comme celle qui doit, à elle seule, en assurer l’équilibre.

Le gouvernement norvégien doit aussi défendre ses champs devant la justice

La bataille énergétique du gouvernement norvégien ne se joue pas seulement avec l’Union européenne. Elle se déroule également devant les tribunaux norvégiens.

Le gouvernement demandera à la Cour suprême d’annuler une décision de juridictions inférieures ayant invalidé les autorisations de développement de trois champs pétroliers : Breidablikk, exploité par Equinor, ainsi que Tyrving et Yggdrasil, exploités par Aker BP.

L’affaire oppose l’État et les compagnies pétrolières à des organisations environnementales, qui contestent notamment la prise en compte des conséquences climatiques de ces exploitations.

Le point de désaccord porte sur les émissions dites de « Scope 3 », celles qui interviennent lorsque le pétrole et le gaz extraits sont finalement consommés.

Pour les défenseurs de l’environnement, une autorisation d’exploitation ne peut pas ignorer les émissions générées en aval par les hydrocarbures produits. Le gouvernement norvégien conteste cette remise en cause de sa politique énergétique.

L’audience devant la Cour suprême doit durer quatre jours. La décision est attendue plus tard cette année.

Le jugement sera donc particulièrement observé. Il pourrait confirmer la stratégie actuelle du gouvernement norvégien ou imposer de nouvelles contraintes à l’exploitation des ressources pétrolières et gazières du pays.

Le paradoxe norvégien devient un problème européen

La Norvège se retrouve aujourd’hui dans une position singulière.

Elle est l’un des pays européens les plus avancés dans les énergies renouvelables, dispose d’une électricité largement issue de l’hydroélectricité et revendique une politique climatique ambitieuse. Dans le même temps, son économie énergétique repose encore largement sur l’exploitation et l’exportation des hydrocarbures.

L’Union européenne se trouve dans une situation tout aussi inconfortable.

Elle veut réduire sa dépendance aux énergies fossiles, mais elle a besoin du gaz norvégien pour compenser en partie la disparition du gaz russe. Elle souhaite limiter les nouveaux projets arctiques, mais ne peut ignorer le poids de la Norvège dans son approvisionnement énergétique.

La décision du gouvernement norvégien met donc face à face deux impératifs qui ne coïncident pas toujours : accélérer la transition énergétique et garantir suffisamment d’énergie pour faire fonctionner les économies européennes.

La Norvège, elle, a choisi de ne pas attendre que cette contradiction soit résolue au niveau de l’Union européenne.

Elle entend continuer à forer en mer de Barents, maintenir ses niveaux de production jusqu’en 2035 au moins et conserver la liberté de vendre ses hydrocarbures au marché européen ou ailleurs.

Le débat ne porte donc plus seulement sur quelques gisements situés au nord de l’Europe. Il porte sur la place que les hydrocarbures occuperont encore dans le système énergétique européen au cours de la prochaine décennie.

Et sur une question à laquelle les institutions de l’Union européenne devront répondre : peut-on demander à la Norvège de contribuer davantage à la sécurité énergétique de l’Europe tout en lui demandant de réduire les ressources qui permettent précisément de l’assurer ?

Celine Dou

Nouvelle-Zélande : Ikea porte son domaine forestier à 43 000 hectares, au cœur d’un conflit sur les terres agricoles

En Nouvelle-Zélande, le groupe suédois Ikea est devenu en quelques années un important propriétaire forestier. Son bras d’investissement, Ingka Investments, détient désormais environ 43 000 hectares de terres forestières dans le pays. Près de 24 000 hectares étaient auparavant des terres agricoles. Une expansion qui nourrit depuis plusieurs années les inquiétudes du monde rural sur la disparition des exploitations, l’emploi et l’avenir des territoires concernés.

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L’affaire avait été révélée en 2024 par une enquête de Disclose, qui faisait état de plus de 23 000 hectares acquis depuis 2021. Depuis, le portefeuille d’Ingka s’est encore agrandi. L’entreprise affirme investir avant tout dans la production de bois et non dans la seule compensation carbone. Mais son implantation intervient dans un pays où la conversion des pâturages en plantations de pins est devenue un sujet politique majeur. Depuis octobre 2025, les autorités néo-zélandaises ont d’ailleurs renforcé les restrictions visant la transformation de terres agricoles productives en forêts exotiques.

De 23 000 à 43 000 hectares

Le chiffre de 23 100 hectares, largement repris depuis l’enquête de Disclose publiée en février 2024, ne décrit plus la situation actuelle.

À cette date, Ingka avait acheté en Nouvelle-Zélande plus de 23 000 hectares de prairies et de terres agricoles depuis 2021. Dans la seule région de Gisborne, au nord-est du pays, son portefeuille atteignait environ 6 000 hectares. L’enquête avait notamment documenté les projets de transformation de propriétés agricoles à Huiarua et Matanui en plantations de pins radiata.

Deux ans plus tard, l’échelle n’est plus la même. Ingka indique aujourd’hui posséder 43 000 hectares de terres forestières en Nouvelle-Zélande. L’entreprise y a planté près de 6,9 millions de plants au cours de son exercice 2025 et affirme que 22 % de sa superficie forestière est intégrée à des dispositifs de conservation, notamment au titre de zones à haute valeur écologique. Elle dit également employer directement ou indirectement environ 800 personnes dans le pays.

Selon les données communiquées en juillet 2026, environ 23 838 hectares de terres agricoles ont été convertis en forêt depuis le début de l’opération, tandis que 17 175 hectares étaient déjà boisés au moment de leur acquisition. Environ 31 500 hectares du portefeuille sont aujourd’hui consacrés à la production forestière, le reste étant notamment constitué de zones de conservation, de végétation indigène et d’infrastructures forestières.

Le changement est donc considérable : Ikea n’est plus seulement un investisseur étranger ayant acheté quelques exploitations. Ingka est désormais devenu un acteur important du secteur forestier néo-zélandais.

À Gisborne, l’inquiétude avait pris un visage concret

C’est dans la région de Gisborne que l’enquête de Disclose avait donné une dimension humaine à cette expansion.

À Huiarua, une importante exploitation avait été vendue à Ingka pour environ 88 millions de dollars néo-zélandais, soit près du double du prix moyen alors observé pour les terres agricoles traditionnelles dans le pays, selon l’enquête.

Pour les exploitants voisins, le problème n’était pas seulement celui d’une transaction foncière.

La disparition d’une ferme signifie aussi celle des activités qui gravitent autour d’elle : bergers, conducteurs d’engins, salariés agricoles, entretien des pâturages et services locaux. Kerry Worsnop, une éleveuse voisine de Huiarua, expliquait à Disclose qu’une école de bergers et plusieurs emplois dépendaient de cette activité agricole. Elle craignait de voir progressivement disparaître une communauté rurale entière.

C’est cette dimension qui rend le dossier plus sensible qu’une simple opération immobilière. Une terre agricole n’est pas seulement une valeur inscrite dans un registre foncier. Dans certaines régions, elle constitue aussi le support d’un tissu économique et social.

Ikea répond : il s’agit d’abord de produire du bois

Ingka conteste toutefois l’idée selon laquelle son implantation néo-zélandaise serait principalement destinée à fabriquer une image « verte » ou à accumuler des crédits carbone.

Le groupe affirme aujourd’hui que son objectif premier est la production de bois. Il achète des forêts existantes mais également des terres anciennement déboisées ou utilisées pour l’élevage, sur lesquelles il développe des plantations.

La société explique privilégier des terrains moins adaptés aux cultures et à l’horticulture et affirme ne pas planter sur les terres agricoles les plus productives. Elle indique également conserver des zones de végétation indigène et aménager des bandes de protection autour des cours d’eau.

Cette mise au point est importante. L’enquête de Disclose de 2024 présentait les plantations néo-zélandaises notamment comme un moyen pour Ikea de développer ses réserves de carbone. Depuis, Ingka insiste davantage sur la vocation industrielle de son portefeuille.

Le groupe affirme que les arbres sont destinés à être récoltés, transformés et vendus. Une partie du bois produit en Nouvelle-Zélande est destinée au marché intérieur, tandis qu’environ 60 % est exportée, notamment vers la Chine, l’Inde et la Corée du Sud.

Le débat ne disparaît pas pour autant.

Le pin plutôt que la ferme

Le choix du modèle forestier reste au centre des critiques.

Le pin radiata, essence dominante des plantations néo-zélandaises, pousse rapidement et possède une forte valeur commerciale. Pour un investisseur institutionnel, il offre donc un actif susceptible de produire du bois sur plusieurs décennies.

Mais remplacer une exploitation d’élevage par une plantation signifie aussi modifier durablement l’usage du territoire.

C’est précisément ce que dénoncent des organisations agricoles. Le débat porte moins sur l’existence de la forêt que sur la vitesse et l’ampleur des conversions.

Les organisations représentant les éleveurs estiment que plus de 300 000 hectares de terres consacrées à l’élevage ovin et bovin ont été convertis en forêts depuis 2017. Elles redoutent que la disparition de ces exploitations entraîne mécaniquement une diminution du nombre d’animaux, mais aussi des emplois, du transport, de l’activité des abattoirs et des services dont dépendent les petites villes rurales.

Ingka affirme, de son côté, que son activité crée elle aussi des emplois. L’entreprise indique employer environ 250 personnes de manière permanente et mobiliser jusqu’à 800 travailleurs pendant les périodes de plantation.

Les deux visions ne s’excluent d’ailleurs pas totalement : une plantation peut créer de l’activité tout en faisant disparaître une partie de l’économie agricole qui existait auparavant. C’est précisément ce qui rend la transformation difficile à mesurer uniquement en hectares ou en emplois.

La Nouvelle-Zélande a fini par intervenir

L’ampleur prise par les conversions agricoles a contraint le gouvernement néo-zélandais à revoir les règles.

Depuis le 31 octobre 2025, les nouvelles plantations de forêts exotiques sur certaines terres agricoles productives ne peuvent plus être enregistrées librement dans le système national d’échange de quotas d’émission. Les terres classées dans les catégories 1 à 6 de l’échelle néo-zélandaise de capacité d’utilisation sont concernées, avec plusieurs exceptions et des mécanismes transitoires.

Cette réforme ne signifie pas que toute conversion d’une ferme en forêt est désormais interdite. Elle vise surtout à empêcher que des terres agricoles productives soient massivement converties en plantations exotiques pour bénéficier du régime climatique.

Le changement est révélateur : Wellington considère désormais que la lutte contre le changement climatique ne peut pas être pensée indépendamment de la sécurité alimentaire et de l’organisation des territoires ruraux.

Et les populations māories ?

À cette question agricole s’ajoute une autre dimension, liée aux populations māories et à leur rapport à la terre.

L’enquête de Disclose avait recueilli le témoignage de membres de la communauté Ngāti Porou, dans la région de Gisborne. Renee Raroa dénonçait ce qu’elle décrivait comme une nouvelle forme de dépossession des territoires à travers les décisions prises par de grandes entreprises sur les terres de la région. Elle avait parlé d’une « forme de colonisation » des forêts.

Ingka affirme aujourd’hui chercher à travailler avec les iwi et les hapū, les tribus et sous-groupes māoris, notamment dans des programmes de plantation d’espèces indigènes et de restauration des écosystèmes. L’entreprise cite des collaborations avec Hokonui Rūnanga et Ngāti Awa et reconnaît explicitement le statut des Māori comme tangata whenua, le peuple autochtone de Nouvelle-Zélande.

Il existe donc un contraste entre deux réalités : celle d’une entreprise qui présente ses investissements comme une gestion forestière à long terme et celle de communautés qui s’interrogent sur la concentration du foncier et la transformation de paysages auxquels elles sont historiquement liées.

Le carbone ne peut pas tout justifier

C’est peut-être là que le dossier Ikea dépasse le seul cas néo-zélandais.

Planter des arbres permet de stocker du carbone. Mais une plantation commerciale n’est pas nécessairement l’équivalent d’un écosystème naturel. Elle répond à un objectif de production, avec des essences choisies, une période de croissance et, à terme, une récolte.

La question devient alors celle de la place accordée à la compensation dans les politiques climatiques des grandes entreprises.

Ikea a annoncé depuis plusieurs années vouloir réduire son empreinte climatique. Ingka affirme aujourd’hui que ses plantations néo-zélandaises sont avant tout destinées au bois et qu’aucun arbre n’a été planté uniquement pour générer des crédits carbone. L’entreprise n’exclut toutefois pas de recourir à l’avenir à une forme de compensation.

La nuance compte. Il serait donc excessif de présenter aujourd’hui l’ensemble du portefeuille néo-zélandais d’Ingka comme une immense réserve destinée à compenser les émissions d’Ikea.

Mais il serait tout aussi réducteur d’ignorer la dimension climatique qui a contribué à rendre les plantations forestières financièrement attractives en Nouvelle-Zélande.

Une puissance foncière qui change de nature

Le plus intéressant dans cette affaire n’est finalement pas le seul chiffre de 23 000 hectares révélé en 2024. C’est ce qu’il est devenu.

En un peu moins de cinq ans, Ingka est passé de l’achat de premières propriétés agricoles à la constitution d’un portefeuille forestier d’environ 43 000 hectares. L’entreprise indique désormais vouloir poursuivre son développement en Nouvelle-Zélande et évoque un objectif pouvant atteindre 100 000 hectares à terme.

Dans le même temps, le gouvernement a commencé à fermer certaines portes aux conversions agricoles les plus productives.

Le paradoxe est là : l’État accepte les investissements étrangers et reconnaît la valeur économique de la sylviculture, tout en cherchant désormais à empêcher que la forêt commerciale ne gagne trop rapidement du terrain sur l’agriculture.

Ikea n’est donc pas en train de « prendre » illégalement 43 000 hectares à la Nouvelle-Zélande. Ses acquisitions sont passées par les procédures prévues par le droit néo-zélandais, et plusieurs autorisations récentes ont encore été accordées à Ingka. En mai 2026, par exemple, une acquisition d’environ 774 hectares a été approuvée par l’autorité chargée du contrôle des investissements étrangers.

Mais la question que pose cette expansion est plus profonde.

À partir de quel moment l’accumulation légale de terres par de grands investisseurs finit-elle par transformer la structure même d’un territoire ?

En Nouvelle-Zélande, le débat est désormais ouvert. Il porte sur les forêts, mais aussi sur l’agriculture, les emplois ruraux, la biodiversité, les intérêts māoris et la place du capital international dans l’utilisation des terres.

Ikea n’est ici que l’un des visages d’une transformation beaucoup plus vaste.

Celine Dou, pou la Boussole-Infos

Grèce : la mort de trois pompiers transforme la première grande vague d’incendies de l’été en drame national

Le vent a tourné plus vite que les hommes n’ont pu reculer.

En Crète, les flammes ont changé de direction en quelques instants, franchissant les lignes que les pompiers tentaient de défendre. Lorsque l’incendie s’est enfin calmé, trois d’entre eux manquaient à l’appel. La Grèce venait d’entrer dans son été des incendies par ce que redoutent le plus les services de secours : perdre ceux qui sont chargés de sauver les autres.

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La première grande vague d’incendies de l’été a pris une dimension nationale en Grèce avec la mort de trois pompiers engagés sur plusieurs fronts. Alors que des milliers d’habitants et de touristes ont été évacués en Crète, ce drame dépasse le simple bilan d’une catastrophe naturelle. Il révèle un phénomène plus profond : les incendies méditerranéens changent d’échelle, au point de mettre en péril les femmes et les hommes qui les combattent.

Pendant des heures, les images venues de Crète se sont succédé sans véritable répit. Des collines transformées en brasiers, des colonnes de fumée visibles à plusieurs kilomètres, des routes envahies par les véhicules de secours, des habitants quittant leurs maisons avec quelques effets personnels et des touristes embarqués en urgence vers des zones plus sûres. Au milieu de ce chaos, une nouvelle a bouleversé le pays : trois pompiers sont morts en intervention.

Leur disparition a immédiatement éclipsé les chiffres, pourtant considérables. Des milliers de personnes ont été évacuées, des centaines de pompiers mobilisés, des moyens aériens déployés, des exploitations agricoles détruites et des habitations touchées. Mais en Grèce, où les incendies rythment chaque été depuis des décennies, la mort de pompiers en service reste un choc d’une tout autre nature. Parce qu’elle rappelle une évidence : lorsque les secours tombent à leur tour, c’est que le feu a franchi un seuil.

Les autorités grecques ont concentré leurs efforts sur la Crète, où les vents violents continuent d’alimenter plusieurs foyers. Dans certaines zones, les flammes ont progressé avec une rapidité qui a surpris jusqu’aux équipes les plus expérimentées. Les changements brusques de direction, provoqués par les rafales, ont réduit les délais de réaction et compliqué les opérations d’évacuation comme les tentatives de confinement.

Les incendies de forêt ont toujours fait partie du paysage méditerranéen. La Grèce en porte la mémoire douloureuse. Les feux du Péloponnèse en 2007 avaient fait plus de quatre-vingts morts. En 2018, la station balnéaire de Mati était devenue le théâtre de l’une des pires tragédies qu’ait connues l’Europe moderne, avec plus d’une centaine de victimes. Ces drames avaient conduit Athènes à renforcer ses moyens de lutte, moderniser ses dispositifs d’alerte et développer la coopération avec ses partenaires européens.

Pourtant, les incendies d’aujourd’hui ne ressemblent plus tout à fait à ceux d’hier.

Les spécialistes parlent désormais de feux extrêmes. Leur intensité, leur vitesse de propagation et leur comportement rendent certaines situations particulièrement difficiles à anticiper. Une rafale suffit parfois à projeter des braises plusieurs centaines de mètres plus loin, déclenchant de nouveaux foyers et encerclant des équipes pourtant entraînées à gérer les scénarios les plus complexes. Dans ces conditions, chaque intervention devient une course contre une menace qui évolue en permanence.

Ce constat dépasse largement les frontières grecques. Ces dernières années, l’Espagne, le Portugal, la France, l’Italie et la Turquie ont, eux aussi, été confrontés à des incendies d’une ampleur exceptionnelle. À mesure que les saisons chaudes s’allongent, les périodes de sécheresse se multiplient et la végétation s’assèche davantage, les services de secours européens affrontent des crises qui surviennent parfois au même moment. Les avions bombardiers d’eau circulent d’un pays à l’autre, les équipes spécialisées sont mobilisées au-delà de leurs frontières, mais les ressources ne sont pas infinies lorsque plusieurs États brûlent simultanément.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien d’hectares partiront en fumée chaque été. Elle est devenue politique, économique et sociale. Comment protéger les populations lorsque les incendies gagnent en intensité ? Comment préserver un modèle touristique qui repose sur des étés toujours plus exposés aux catastrophes ? Comment garantir la sécurité de celles et ceux qui, chaque jour, avancent vers les flammes pendant que les autres prennent la fuite ?

En Grèce, cette réflexion prend aujourd’hui un visage. Celui de trois pompiers dont les noms s’ajoutent à une liste que personne ne souhaitait voir s’allonger. Leur disparition rappelle que derrière chaque canadair qui survole une montagne, derrière chaque image spectaculaire diffusée sur les chaînes d’information, il existe une réalité plus discrète : des équipes qui travaillent au plus près du danger, souvent dans des conditions où quelques secondes peuvent décider de l’issue d’une intervention.

Le changement climatique n’allume pas les incendies. Mais il crée des conditions dans lesquelles ils deviennent plus fréquents, plus étendus et plus difficiles à maîtriser. Les climatologues le répètent depuis plusieurs années : des températures plus élevées, des épisodes de sécheresse prolongés et des vents favorables à la propagation des flammes composent un environnement où le moindre départ de feu peut rapidement se transformer en catastrophe.

La Grèce ouvre ainsi sa saison estivale sur une tragédie qui dépasse son territoire. Car ce qui s’est joué en Crète ne concerne pas uniquement une île touristique de la Méditerranée. C’est toute l’Europe méridionale qui observe, été après été, les mêmes signaux d’alerte se multiplier.

Les trois pompiers morts en intervention ne sont pas seulement les premières victimes d’une saison des incendies qui s’annonce difficile. Ils incarnent une évolution plus profonde : celle d’incendies qui défient désormais les stratégies élaborées au fil des décennies. En Grèce, le feu continue de consumer des forêts, des cultures et des habitations. Mais il consume aussi une certitude longtemps admise : celle que l’expérience et les moyens suffiraient toujours à garder l’avantage. Cet été, la première grande bataille contre les flammes rappelle au contraire que, sur le front des incendies méditerranéens, chaque victoire est devenue plus fragile.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : un incendie ravage 800 hectares dans la forêt de Fontainebleau, la piste criminelle à l’étude

L’un des plus importants incendies jamais enregistrés en Île-de-France continue de mobiliser d’importants moyens de secours. Alors que près de 800 hectares ont déjà été ravagés dans la forêt de Fontainebleau, les autorités françaises s’orientent désormais vers l’hypothèse d’un acte volontaire.

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Déclenché dimanche après-midi près de Noisy-sur-École, en Seine-et-Marne, le sinistre a rapidement pris une ampleur inhabituelle, favorisé par des températures élevées, une végétation desséchée et des vents favorables à la propagation des flammes. Plus de 400 sapeurs-pompiers, épaulés par des renforts venus de plusieurs départements ainsi que par des avions bombardiers d’eau, restent mobilisés pour empêcher le feu d’atteindre de nouvelles zones habitées.

Le spectacle est inédit pour cette région habituellement peu confrontée à des incendies de cette intensité. Un immense panache de fumée est resté visible à plusieurs dizaines de kilomètres, tandis que plusieurs communes ont vécu une nuit sous haute surveillance. Une quinzaine d’habitations ont été évacuées au Vaudoué et les secours ont dû protéger plusieurs autres secteurs menacés par la progression du brasier. Les perturbations ont également touché les transports, avec des coupures temporaires sur l’autoroute A6 et d’importants retards ferroviaires, avant un retour progressif à la normale sur la ligne à grande vitesse Paris-Lyon.

En déplacement sur place lundi matin, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a indiqué que les premiers éléments recueillis orientaient les enquêteurs vers une possible origine criminelle. Selon lui, une dizaine de départs de feu ont été recensés sur un périmètre d’environ un kilomètre, une configuration qui « pourrait » traduire un incendie volontaire. Les investigations devront toutefois confirmer ou infirmer cette hypothèse avant toute conclusion définitive.

Face à la violence du sinistre, les autorités ont pris une décision exceptionnelle : l’engagement de deux Canadair en Île-de-France, une première dans cette région. Ces appareils, habituellement mobilisés dans le sud du pays durant la saison estivale, illustrent la gravité de la situation. Les opérations devraient encore se poursuivre plusieurs jours afin de traiter les nombreux points chauds et d’éviter toute reprise du feu.

Au-delà de l’urgence, cet incendie relance le débat sur la vulnérabilité croissante des massifs forestiers français. Longtemps relativement épargnée par les grands feux estivaux, l’Île-de-France connaît désormais des épisodes qui étaient jusqu’ici davantage associés au pourtour méditerranéen. Les épisodes répétés de chaleur et de sécheresse allongent la période de risque et rendent combustibles des espaces autrefois moins exposés.

Les autorités rappellent également que l’activité humaine demeure la première cause des incendies de forêt en France. Négligence, imprudence ou actes malveillants sont à l’origine de la grande majorité des départs de feu. Dans ce contexte, l’hypothèse d’un incendie volontaire à Fontainebleau, si elle était confirmée, constituerait un facteur aggravant dans une saison déjà marquée par une multiplication des sinistres. Le ministre de l’Intérieur a d’ailleurs indiqué que près de 25 000 hectares avaient déjà brûlé en France depuis le début de l’année, soit environ deux fois plus qu’à la même période en 2025.

Symbole du patrimoine naturel français, la forêt de Fontainebleau attire chaque année des millions de visiteurs pour ses paysages, sa biodiversité et ses célèbres chaos rocheux. L’ampleur des dégâts écologiques ne pourra être évaluée qu’une fois le feu totalement maîtrisé, mais les conséquences sur la faune, la flore et les activités touristiques s’annoncent déjà importantes.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos

Vagues de chaleur en Europe : vers une perte économique cumulée majeure d’ici 2030 et une fragilisation différenciée des grandes économies

Les vagues de chaleur qui traversent désormais l’Europe ne peuvent plus être considérées comme de simples épisodes climatiques isolés. Leur répétition et leur intensification s’imposent progressivement comme un facteur économique structurant, susceptible d’influencer la croissance, la productivité et l’équilibre budgétaire des principales économies du continent.

Une étude d’Allianz Trade publiée en 2026 estime que la récurrence des vagues de chaleur observées au cours de la dernière décennie pourrait engendrer des pertes économiques cumulées importantes en Europe d’ici 2030. La France y apparaît parmi les économies les plus exposées, devant l’Allemagne et l’Espagne selon certains scénarios. Ces projections ne doivent pas être lues comme des prévisions fermes, mais comme des hypothèses destinées à mesurer l’ampleur potentielle d’un phénomène devenu structurel.

Une perte économique à l’échelle du continent

Les travaux récents convergent vers une même idée : la chaleur extrême n’affecte plus uniquement des secteurs isolés, mais l’ensemble de l’appareil productif européen. Dans le scénario étudié par Allianz Trade, la répétition des épisodes de forte chaleur entre 2026 et 2030 entraînerait des pertes cumulées se chiffrant en centaines de milliards de dollars pour l’ensemble des économies européennes.

Ces pertes ne résultent pas d’un seul facteur, mais d’un enchaînement de mécanismes économiques. La baisse de la productivité du travail lors des périodes de forte chaleur constitue l’un des premiers canaux identifiés. Elle s’accompagne d’une hausse des coûts énergétiques liée à la climatisation et à la tension sur les réseaux électriques, ainsi que de perturbations dans les chaînes logistiques et les infrastructures de transport. À cela s’ajoute un effet indirect sur l’investissement et sur la confiance économique, qui tend à ralentir certaines décisions productives.

La France face à une exposition économique marquée

Dans ce cadre général, la France figure parmi les économies les plus exposées, avec une estimation d’environ 240 milliards de dollars de pertes cumulées sur la période 2026–2030 dans le scénario étudié. Cette vulnérabilité s’explique par la structure même de son économie, fortement dépendante de la continuité des activités de services, de la stabilité des chaînes logistiques et d’un tissu industriel sensible aux variations de productivité.

Les effets de ces vagues de chaleur ne se limitent pas à la production elle-même. Ils se répercutent également sur les finances publiques, à travers une baisse potentielle des recettes fiscales liée au ralentissement de l’activité et une augmentation des dépenses, notamment dans le domaine de la santé et de l’adaptation des infrastructures.

L’Allemagne et l’Espagne : deux profils d’exposition distincts

L’Allemagne, avec une estimation proche de 131 milliards de dollars de pertes, se situe également parmi les économies fortement touchées. L’impact y est principalement concentré sur le secteur industriel, particulièrement sensible aux variations de productivité et aux contraintes énergétiques. Toutefois, la capacité d’adaptation technologique et la robustesse des infrastructures pourraient atténuer une partie des effets.

L’Espagne présente un profil différent. Déjà exposée de longue date à des épisodes de chaleur intense, son économie a développé certaines formes d’adaptation, notamment dans les secteurs du tourisme et de l’agriculture. Néanmoins, la multiplication des épisodes extrêmes réduit progressivement cette capacité d’ajustement et accroît la pression sur les équilibres économiques.

L’Italie et les économies du sud de l’Europe

L’Italie apparaît également comme l’une des économies les plus vulnérables, avec des pertes estimées à environ 147 milliards de dollars dans le même scénario. Cette exposition s’inscrit dans un contexte structurel où les contraintes énergétiques, la fragilité de certaines infrastructures et la sensibilité du tissu productif amplifient les effets des vagues de chaleur.

Plus largement, les économies du sud de l’Europe semblent plus directement exposées à l’intensification des épisodes climatiques extrêmes, tandis que les pays du nord, sans être épargnés, conservent une marge de résilience relativement plus importante.

Des mécanismes économiques désormais bien identifiés

Au-delà des différences nationales, les études convergent sur un ensemble de mécanismes communs. La chaleur affecte directement les conditions de travail et entraîne une baisse mesurable de la productivité. Elle provoque également une hausse de la demande énergétique, notamment pour le refroidissement des bâtiments et des infrastructures, ce qui accentue la pression sur les réseaux électriques.

Par ailleurs, les transports et la logistique sont régulièrement perturbés par les effets physiques des fortes températures sur les infrastructures, qu’il s’agisse des rails, des routes ou des installations industrielles. Enfin, les systèmes de santé et les finances publiques sont indirectement sollicités, ce qui contribue à élargir l’impact économique bien au-delà des seuls secteurs immédiatement exposés.

Une lecture européenne des déséquilibres économiques

Ces dynamiques mettent en évidence une évolution plus large à l’échelle du continent. La question ne se limite plus à l’intensité des vagues de chaleur, mais à la capacité différenciée des États européens à y répondre. Les écarts d’adaptation, liés à la qualité des infrastructures, à la structure des économies et à la capacité d’investissement public, deviennent progressivement un facteur de divergence économique interne.

Dans cette perspective, les vagues de chaleur ne constituent pas seulement un risque climatique, mais également un facteur potentiel de recomposition des équilibres économiques au sein de l’union-européenne.

Les estimations économiques associées aux vagues de chaleur doivent être interprétées avec prudence, car elles reposent sur des scénarios et non sur des certitudes. Elles traduisent néanmoins une évolution déjà perceptible : l’intégration progressive du climat dans les paramètres structurels de l’économie.

Au-delà des chiffres, l’enjeu central pour l’Europe réside désormais dans sa capacité à transformer ses modèles de production, ses infrastructures et ses politiques publiques afin de s’adapter à une contrainte climatique appelée à durer.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Taklamakan : la lutte contre la désertification transforme un désert chinois en absorbeur de CO₂

Au nord-ouest de la Chine, le désert du Taklamakan, célèbre pour ses dunes infinies et son climat extrême, connaît une transformation inattendue. Des plantations massives d’arbres et d’arbustes ont commencé à fixer le dioxyde de carbone, faisant de certaines zones de la périphérie du désert un puits de carbone localement significatif.

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Ce succès apparent n’est pas seulement environnemental. Il illustre la manière dont Pékin utilise la gestion du territoire et l’écologie comme outils stratégiques, dans un contexte où le contrôle de l’eau, la lutte contre la désertification et l’image internationale se mêlent étroitement.

Depuis la fin des années 1970, la Chine déploie le programme de la Grande Muraille Verte, une initiative gigantesque destinée à freiner l’avancée des déserts du nord et de l’ouest du pays. Le Taklamakan, vaste de près de 330 000 kilomètres carrés, constituait l’un des défis les plus ardus. Les autorités y ont planté des arbres capables de résister à la sécheresse et au sable mouvant, établissant des ceintures végétales autour des zones les plus vulnérables. Progressivement, la couverture verte s’est étendue, modifiant non seulement l’écologie locale mais aussi le bilan carbone de la région.

Les analyses scientifiques combinant données satellitaires et observations au sol montrent que la photosynthèse des plantations capture désormais davantage de CO₂ qu’elle n’en libère, un phénomène rare dans des régions aussi arides. Les sols stabilisés par les racines limitent l’érosion éolienne, réduisant la fréquence et l’intensité des tempêtes de sable. Pour les chercheurs, ces observations constituent un signe tangible que l’intervention humaine peut, dans des conditions bien choisies, inverser certains effets de la désertification.

Pour autant, le projet ne se limite pas à une dimension écologique. La Chine y voit aussi une opportunité de renforcer sa stratégie climatique et son image internationale. Dans un monde où les engagements de neutralité carbone et la lutte contre le changement climatique sont surveillés de près, ces plantations servent de démonstration de capacité technique et de volonté politique. L’afforestation du Taklamakan s’inscrit donc dans une logique qui dépasse le seul cadre national : elle témoigne de la manière dont la Chine articule politique intérieure, sécurité environnementale et soft power international.

Le projet soulève cependant des défis durables. L’approvisionnement en eau, déjà limité dans cette région, reste la principale contrainte à long terme. Les plantations monoculturales, bien qu’efficaces pour la stabilisation des sols, présentent des risques pour la biodiversité et la résilience écologique. Les spécialistes avertissent que l’entretien et l’adaptation constante à un climat changeant seront déterminants pour que ces puits de carbone perdurent.

L’exemple du Taklamakan invite également à une réflexion plus large. Il illustre que les initiatives locales peuvent avoir un impact mesurable sur le climat, mais qu’elles nécessitent des compromis et une coordination minutieuse avec les dimensions sociales, hydriques et géopolitiques. La transformation du désert montre que la frontière entre écologie et stratégie devient de plus en plus poreuse, et que les projets de ce type sont autant des instruments de gestion du territoire que des leviers de positionnement international.

Le Taklamakan est devenu plus qu’un désert : il est un laboratoire de la relation entre nature, technologie et pouvoir. Les plantations massives y démontrent que l’intervention humaine peut infléchir le bilan écologique d’une région extrême, tout en posant des questions sur les limites et la durabilité de telles stratégies. Pour la Chine, ce succès apparent consolide une image de leadership environnemental, mais il rappelle aussi que chaque arbre planté dans ces sables mouvants s’inscrit dans un équilibre fragile entre climat, ressources et ambitions géopolitiques.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Collecte de vêtements en France : l’épuisement silencieux d’un modèle bâti sur la surproduction

Pendant longtemps, la collecte textile a servi de soupape à une industrie européenne du vêtement en expansion continue. Aujourd’hui, cette soupape cède. En France, les acteurs de la filière alertent : le système est saturé, économiquement fragilisé et matériellement dépassé.

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La crise actuelle de la collecte de vêtements ne relève ni d’un défaut de civisme ni d’un accident conjoncturel. Elle révèle l’usure profonde d’un modèle fondé sur la surproduction textile, la délocalisation des coûts et l’illusion d’un recyclage capable d’absorber des volumes toujours croissants.

En France, plusieurs opérateurs de collecte et de tri textile font état de difficultés croissantes : entrepôts saturés, coûts logistiques en hausse, débouchés de plus en plus étroits pour les vêtements usagés. Le phénomène touche aussi bien les associations que les structures privées chargées de la valorisation des textiles.

Le mécanisme est désormais bien identifié. Chaque année, des centaines de milliers de tonnes de vêtements sont mises sur le marché français. Une partie seulement est collectée, et parmi ces volumes, une fraction limitée peut être réutilisée localement ou recyclée de manière industrielle. Le reste s’accumule, faute de solutions économiquement viables.

La promesse initiale de la filière transformer les vêtements usagés en ressources se heurte à une réalité matérielle : la majorité des textiles produits aujourd’hui sont de qualité médiocre, composés de fibres mélangées, peu durables et difficilement recyclables. Le tri ne fait que différer l’échéance.

La crise de la collecte textile n’est pas une défaillance technique. Elle est la conséquence directe d’un déséquilibre structurel entre production et capacité d’absorption.

Depuis deux décennies, l’industrie du vêtement s’est organisée autour d’un modèle intensif : renouvellement rapide des collections, baisse continue des prix, incitation permanente à l’achat. La collecte a été pensée comme un correctif, non comme une remise en cause. Elle a permis de maintenir l’idée selon laquelle consommer davantage pouvait rester acceptable, dès lors que les vêtements étaient donnés ou recyclés.

Or cette logique atteint aujourd’hui ses limites physiques. Aucun système de tri, même perfectionné, ne peut compenser une production de masse de textiles conçus pour être portés peu et jetés vite. La saturation actuelle agit comme un révélateur : ce qui était présenté comme une économie circulaire fonctionnait en réalité comme un circuit de délestage.

Un autre élément, longtemps tenu à distance du débat public européen, mérite attention : l’exportation des vêtements usagés vers les pays du Sud. Une part significative des textiles collectés en France est destinée à des marchés africains ou asiatiques. Ces flux ont permis, pendant des années, d’écouler les surplus européens. Mais là aussi, les limites apparaissent. Les marchés sont saturés, les vêtements souvent invendables, et les infrastructures locales insuffisantes pour gérer les déchets textiles non valorisables.

La crise française n’est donc pas strictement nationale. Elle s’inscrit dans une chaîne mondiale où les coûts environnementaux et sociaux ont été progressivement déplacés, sans être résolus.

Face à cet épuisement, les réponses institutionnelles restent prudentes. Les débats portent sur l’amélioration du tri, l’innovation technologique ou l’ajustement des filières de responsabilité élargie des producteurs. Ces pistes peuvent atténuer les tensions, mais elles n’interrogent pas le cœur du système : le volume et la nature des vêtements mis sur le marché.

La question n’est plus seulement de savoir comment recycler davantage, mais combien produire, et selon quels critères de durabilité réelle.

La collecte de vêtements en France n’est pas victime d’un manque d’organisation, mais d’un excès de production devenu impossible à dissimuler. En révélant l’usure du modèle textile européen, la crise actuelle oblige à un choix clair : continuer à gérer les conséquences d’une surproduction structurelle, ou accepter d’en traiter la cause.

Pour l’instant, l’industrie comme les pouvoirs publics semblent hésiter à franchir ce seuil. Pourtant, les entrepôts pleins et les filières à bout de souffle rappellent une évidence rarement formulée : aucun système de collecte ne peut durablement compenser une économie fondée sur l’abondance jetable.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Intelligence artificielle : le coût environnemental d’un progrès présenté comme immatériel

L’intelligence artificielle, souvent perçue comme une innovation abstraite, repose sur une infrastructure matérielle considérable. Derrière les algorithmes et les serveurs se cache une réalité tangible : l’épuisement de territoires et de ressources, principalement dans les régions périphériques du monde, tandis que les centres de décision technologique demeurent concentrés dans le Nord global.

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Afrique, Asie du Sud-Est et Amérique latine portent aujourd’hui le poids environnemental et social d’une révolution présentée comme immatérielle. Extraction minière, centres de données énergivores et surexploitation des ressources hydriques révèlent les fractures structurelles d’un modèle de développement technologique profondément asymétrique.

Une infrastructure matérielle invisible mais exigeante

Contrairement à l’image d’un progrès dématérialisé, l’intelligence artificielle repose sur des infrastructures physiques extrêmement lourdes. Chaque modèle d’IA, chaque serveur, chaque centre de données exige des métaux rares, de l’électricité et de l’eau en volumes considérables. Cette dépendance matérialise une géographie de l’épuisement, concentrée sur les zones qui fournissent ces ressources.

Les flux matériels révèlent une asymétrie systémique : l’Afrique fournit cobalt, cuivre et manganèse ; l’Asie du Sud-Est livre terres rares et lithium ; l’Amérique latine extrait lithium et cuivre. Les bénéfices économiques et décisionnels se concentrent dans les sièges des entreprises technologiques situés aux États-Unis d’Amérique, en Europe occidentale et dans certaines puissances asiatiques.

L’Afrique : premier foyer de l’extractivisme numérique

L’Afrique centrale, notamment la République démocratique du Congo, constitue le principal réservoir mondial de cobalt, un composant indispensable des batteries et des serveurs. Le lithium du Zimbabwe et le cuivre du Zambia complètent cette dépendance. Or, l’exploitation intensive de ces ressources entraîne une dégradation sévère des écosystèmes : pollution des nappes phréatiques, contamination des sols et déforestation accélérée.

À ces coûts matériels s’ajoutent des tensions sociales : les communautés locales subissent les effets de l’extraction sans bénéficier d’un transfert technologique ou d’une valeur ajoutée locale significative. Les centres de données qui commencent à s’implanter sur le continent, bien qu’attirés par des coûts énergétiques relativement faibles, aggravent le stress sur l’eau et l’électricité, accentuant la fragilité des infrastructures locales.

Asie du Sud-Est : relocalisation et externalisation de la pollution

En Asie du Sud-Est, des zones comme le Myanmar, le Laos et certaines provinces indonésiennes subissent la pression de l’extraction de terres rares. La déforestation massive et la pollution des cours d’eau y sont documentées, souvent dans des contextes de gouvernance fragile. Ces activités montrent que la logique de l’externalisation des coûts environnementaux s’étend au-delà de l’Afrique, confirmant une structuration globale de la dépendance technologique.

Amérique latine : dualité extraction-infrastructure

L’Amérique latine illustre une combinaison d’impacts matériels et infrastructurels. Les bassins de lithium et de cuivre du Chili, du Pérou et de Bolivie alimentent les chaînes de valeur de l’IA, tandis que les centres de données au Brésil et au Mexique consomment d’importantes quantités d’électricité et d’eau dans des zones souvent affectées par la sécheresse. Cette double pression extraction minière et consommation énergétique accentue les tensions sur les ressources locales et fragilise les populations rurales dépendantes de l’agriculture et de l’eau potable.

Une fracture systémique Nord-Sud

L’intelligence artificielle illustre une fracture persistante : les pays producteurs de ressources paient l’addition écologique et sociale, tandis que les pays consommateurs concentrent les bénéfices économiques et le contrôle technologique. L’Afrique et certaines parties de l’Asie et de l’Amérique latine demeurent les périphéries d’un système dont les centres de décision restent éloignés.

Cette asymétrie soulève des questions de souveraineté et de responsabilité : la gouvernance mondiale de l’IA ne peut ignorer les zones qui en subissent le poids. La soutenabilité de cette technologie dépend de la capacité des États et des institutions internationales à réguler, redistribuer et intégrer les populations concernées dans la chaîne de décision.

Vers une gouvernance équitable et durable

L’intelligence artificielle ne peut être dissociée des territoires qui la rendent possible. Une gouvernance responsable implique :

  • la transparence sur l’empreinte environnementale ;
  • le respect des droits des communautés locales ;
  • l’intégration des pays producteurs dans les processus de décision technologique.

Sans ces mesures, la révolution numérique risque de reproduire les schémas historiques d’exploitation et de marginalisation, cette fois à l’échelle mondiale.

L’essor de l’intelligence artificielle n’est pas neutre : il concentre ses coûts sur des zones spécifiques du globe, particulièrement en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. Si la promesse d’un progrès universel doit être crédible, elle ne peut se construire sur l’épuisement silencieux des territoires producteurs. Décrire cette réalité est un impératif pour repenser la technologie comme un outil véritablement inclusif et durable.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Au Brésil, des peuples indigènes replantent leur forêt détruite : une renaissance écologique née d’un abandon politique

La scène pourrait être lue comme un récit d’espoir écologique : au cœur du Brésil, un peuple indigène entreprend de replanter une forêt méthodiquement détruite au fil des décennies. Les arbres repoussent, l’ombre revient, et avec elle la promesse du retour de la faune. Pourtant, derrière cette image de renaissance se cache une réalité plus grave, plus politique, et profondément révélatrice des impasses contemporaines de la gouvernance environnementale mondiale.

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Ce que ces communautés entreprennent aujourd’hui n’est pas un projet écologique volontaire, encore moins un geste symbolique. Il s’agit d’une réponse directe à un effondrement : celui d’un territoire confisqué, ravagé par l’agro-industrie, l’exploitation illégale du bois et l’indifférence prolongée des autorités publiques. La reforestation devient alors un acte de survie, presque une réparation imposée à ceux-là mêmes qui n’ont jamais été responsables de la destruction initiale.

Depuis des générations, ces peuples vivaient en interaction étroite avec leur environnement forestier, non par idéalisme écologique, mais parce que leur existence matérielle, sociale et spirituelle en dépendait. La disparition progressive de la forêt a signifié bien plus qu’une perte paysagère : elle a entraîné la raréfaction du gibier, la dégradation des sols, l’effondrement des équilibres hydriques et, plus largement, la fragilisation de leur autonomie. Replanter les arbres revient donc à reconstruire un monde rendu inhabitable par des logiques économiques extérieures.

Cette initiative met en lumière un paradoxe désormais central dans les politiques environnementales contemporaines. Les peuples indigènes sont aujourd’hui célébrés comme des acteurs clés de la préservation écologique, parfois même érigés en modèles universels. Pourtant, cette reconnaissance demeure largement symbolique. Les mêmes structures étatiques et économiques qui ont permis la destruction des forêts continuent d’exister, souvent intactes, pendant que la charge de la réparation repose sur les communautés les plus marginalisées.

L’exemple brésilien révèle ainsi une écologie profondément asymétrique. Les décisions se prennent loin des territoires, dans des sphères politiques et économiques déconnectées des réalités locales, tandis que les conséquences sont assumées sur le terrain par ceux dont la voix reste marginale dans les instances de pouvoir. La reforestation indigène apparaît alors moins comme un succès de la transition écologique que comme le symptôme d’un abandon politique prolongé.

Ce déséquilibre interroge la sincérité des engagements environnementaux globaux. Peut-on réellement parler de transition lorsque la réparation écologique n’est pas accompagnée d’une restitution pleine et entière des droits territoriaux ? Peut-on célébrer la résilience sans interroger les causes structurelles qui la rendent nécessaire ? En valorisant ces initiatives sans remettre en cause le modèle extractiviste qui a rendu leur action indispensable, le risque est grand de transformer les peuples indigènes en simples instruments d’une écologie de façade.

Au-delà du Brésil, ce cas résonne avec de nombreuses situations observées en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Partout, les populations locales se retrouvent à réparer les dégâts d’un système économique globalisé dont elles n’ont ni conçu les règles ni tiré les principaux bénéfices. La forêt qui repousse devient alors un avertissement silencieux : la nature peut se régénérer, mais elle ne pourra durablement le faire dans un cadre politique qui perpétue la dépossession et l’injustice.

Loin d’être un simple récit environnemental, cette reforestation indigène pose une question fondamentale à l’échelle mondiale : qui doit réparer, et au nom de quel modèle de développement ? Tant que cette interrogation restera sans réponse structurelle, les arbres pourront repousser, les animaux revenir, mais les causes profondes de la destruction, elles, demeureront intactes.

Celine Dou, pour La Boussole-infos