Fraîchement élu Premier ministre d’Israël, Yaïr Lapid est reçu à l’Élysée (France).

Pour son premier déplacement à l’étranger depuis son accession au poste de Premier ministre d’Israël, le centriste Yaïr Lapid se rend, c » mardi 5 juillet, à Paris pour discuter de l’Iran et le Liban, mais aussi la guerre en Ukraine.

Le nouveau Premier ministre israélien, Yaïr Lapid, s’est rendu à l’Élysée ce mardi pour demander au président français, Emmanuel Macron, « d’intervenir » auprès du Liban pour relancer les pourparlers gaziers entre le Liban et Israël et le presser à adopter une position plus rigide dans les négociations visant à rétablir l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien et aussi sur la guerre en Ukraine, et les conséquences du conflit à l’échelle internationale.

Yaïr Lapid a été nommé vendredi dernier (1er juillet 2022) Premier ministre israélien dans le cadre d’un accord de partage de pouvoir avec Naftali Bennett, prévoyant notamment une rotation au poste de Premier ministre en cas de dissolution de la Knesset [le Parlement israélien].

Selon l’Elysée, lors de cette rencontre, Emmanuel Macron et Yaïr Lapid devraient aborder la question «de la guerre en Ukraine, et des conséquences du conflit à l’échelle internationale, en particulier en termes de sécurité alimentaire et énergétique».

«Les deux chefs d’Etat et de gouvernement pourront également échanger sur les enjeux régionaux, notamment les négociations sur le nucléaire iranien, la mise en œuvre des accords d’Abraham et la question palestinienne. Enfin, l’entretien portera sur l’approfondissement des relations bilatérales entre les deux pays, et la coopération entre la France et Israël en matière de sécurité, notamment», détaille l’Elysée.

Ces dernières semaines, la collation au pouvoir coalition avait perdu sa majorité, entraînant la dissolution du Parlement, la convocation d’élections en novembre, et donc l’accession aux plus hautes marches du pouvoir de Yaïr Lapid, qui doit assurer l’intérim jusqu’à la formation du prochain gouvernement. Dès le lendemain de son arrivée au pouvoir, Israël a été confrontée à trois drones du mouvement chiite libanais Hezbollah, allié de l’Iran et ennemi juré de l’État hébreu. Les drones avaient été abattus alors qu’ils se dirigeaient vers le champ gazier de Karish, dans la zone maritime « israélienne », en Méditerranée orientale.

« Le Hezbollah poursuit sur la voie du terrorisme et sape la capacité du Liban à parvenir à un accord sur la frontière maritime », a commenté, ce week-end, Yaïr Lapid, qui a maintenu la visite en France initialement prévue pour son prédécesseur Naftali Bennett.

Négociations entre Liban et Israël sur leurs frontières maritimes

Cette visite intervient avant celle, la semaine prochaine, en Israël, en Cisjordanie occupée et en Arabie saoudite du président états-unien Joe Biden, dans le cadre de sa première tournée au Moyen-Orient depuis son arrivée à la Maison Blanche.

Le Liban et Israël, deux pays voisins officiellement toujours en état de guerre, avaient entamé en octobre 2020 des négociations inédites sous l’égide de Washington pour délimiter leur frontière maritime, afin de lever les obstacles à la prospection d’hydrocarbures. Mais les pourparlers avaient été suspendus en mai 2021 en raison de différends concernant la surface de la zone contestée, concernant notamment le champ gazier de Karish.

« Nous connaissons l’importance de la position de la France sur les questions liées au Liban et nous allons demander à la France d’intervenir pour maintenir les négociations que nous voulons mener jusqu’au bout sur les questions gazières », a déclaré un haut responsable israélien à un petit groupe de reporters, dont l’AFP, voyageant mardi avec Yaïr Lapid.

Israël a signé, mi-juin, un accord pour livrer du gaz naturel à l’Égypte, qui prévoit de le liquéfier pour l’expédier en Europe.

Le Vieux continent cherche en effet à diversifier ses approvisionnements énergétiques après la décision de la Russie de couper ses livraisons de gaz à des pays européens. Et dans ce contexte, l’État hébreu dit vouloir s’assurer d’une paix gazière en Méditerranée orientale, où la découverte et l’exploitation de gisements gaziers au cours de la dernière décennie a attisé les contentieux frontaliers.

« La question du Liban est essentielle et M. Lapid reviendra sur la position israélienne selon laquelle le Hezbollah est avant tout une menace pour l’avenir du Liban », a ajouté ce haut responsable israélien requérant l’anonymat.

Outre le Hezbollah, l’Iran devrait être au menu des échanges Macron-Lapid, l’État hébreu tentant de convaincre les puissances occidentales de ne pas renouveler l’accord encadrant le programme nucléaire iranien (JCPOA) en échanges de la levée de sanctions.

Les responsables israéliens craignent de voir l’Iran se doter de l’arme nucléaire, ce que Téhéran nie. Ils redoutent aussi que la levée de sanctions ne permettent à la République islamique de regarnir ses coffres pour accroître son aide à ses alliés aux frontières d’Israël comme le Hezbollah libanais ou le Hamas palestinien.

Comme Premier ministre, Naftali Bennett avait prôné la « doctrine de la pieuvre » face à l’Iran, disant vouloir miner directement Téhéran plutôt qu’uniquement ses « tentacules » dans la région. En lui succédant, Yaïr Lapid s’est engagé à « tout faire en son pouvoir » pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire ou de « s’enraciner aux frontières » d’Israël.

Joseph Kouamé

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