Les minorités religieuses inquiètes par les atteintes à la liberté de culte en Algérie

En Algérie, selon un décret, les fidèles se voient dans l’obligation de présenter une “autorisation” pour obtenir un agrément qui leur permettra d’exercer leur culte dans des endroits publics dédiés, rapporte « Middle East Eye ».

Début décembre, les États-Unis ont placé l’Algérie sur la liste des pays à mettre « sous surveillance » pour non-respect des libertés religieuses

En Algérie, les minorités religieuses ne cachent pas leur inquiétude vis-à-vis des atteintes portées à la liberté de culte. « Nous ne savons pas quoi faire pour exercer notre culte ! » Poursuivi en justice par les autorités algériennes qui l’accusent, avec d’autres adeptes, d’exercer en dehors de la loi qui régit « l’exercice des cultes non musulmans », Ahmed*, protestant, a choisi de témoigner à « Middle East Eye » sous le couvert d’anonymat. À l’instar d’autres Algériens ayant choisi une religion différente de l’islam sunnite, religion d’État, il s’inquiète de pressions qualifiées de « plus en plus fortes » de la part des autorités.

Dans une déclaration rendue publique le 30 novembre 2022, le secrétaire d’État des Etats-Unis d’Amérique, Anthony Blinken, faisant écho à un rapport de ses services, publié en novembre, a placé l’Algérie dans la liste des pays à mettre « sous surveillance » pour non-respect des libertés religieuses. Cette liste comprend également la République centrafricaine, les Comores et le Vietnam, pays se trouvant eux aussi sous « surveillance spéciale pour avoir commis ou toléré de graves violations de la liberté religieuse ».

La déclaration du chef de la diplomatie états-unienne fait également suite à la publication, en juin 2022, du rapport annuel du département d’État sur les libertés religieuses dans le monde. Il est écrit que l’Algérie ne respecte pas les libertés religieuses, essentiellement celles des nombreux chrétiens qui y vivent. Parmi ces atteintes, la fermeture, en septembre, d’une trentaine de communautés religieuses protestantes installées un peu partout en Algérie, a appris MEE d’une source proche de l’Église protestante d’Algérie. Il s’agit de lieux de culte, souvent des bâtisses dédiées à la pratique du culte protestant, gérés par des associations religieuses.

Selon un décret de 2016 sur les conditions d’exercice du culte non musulman, les fidèles sont tenus de présenter une « autorisation » afin d’obtenir un agrément leur permettant d’exercer leur culte dans des lieux publics réservés à cet effet. « Or, nous ne savons pas qui délivre ces autorisations ! », ajoute Ahmed en faisant référence à un vide juridique qui ne précise pas quelle autorité est chargée de délivrer le sésame.

Cette situation touche également d’autres communautés chrétiennes, comme les catholiques et les anglicans, qui disposent pourtant de représentations officielles dans le pays, selon plusieurs témoignages recueillis par MEE auprès de ces communautés.

Selon une source de l’Église catholique contactée par MEE, les autorités ont même « empêché » des activités organisées récemment par cette communauté, pourtant représentée officiellement dans le pays depuis son indépendance. L’Église catholique a surtout été affectée, en octobre 2022, par la fermeture de « Caritas », association qui organisait notamment des formations pour les femmes et du soutien aux personnes vulnérables, dont les personnes migrantes. Officiellement, cette décision a été justifiée par l’absence d’agrément (autorisation nécessaire à toute association). « Nous ne sommes pas des hors-la-loi, nous existons officiellement depuis 1974 ! », insiste quant à lui Ahmed.

Les critiques sur le non-respect des libertés religieuses en Algérie ne sont pas uniquement formulées par les États-Unis. Lors de la dernière réunion du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, plusieurs pays ont reproché à Alger d’empêcher les adeptes d’autres religions que l’islam sunnite, comme le christianisme et l’ahmadisme (courant réformiste et minoritaire de l’islam considéré comme hérétique par les deux grandes branches, sunnite et chiite), d’exercer leur culte. « Des citoyens ont été poursuivis et emprisonnés pour avoir exprimé une opinion ou exercé leur culte, beaucoup d’églises ont été fermées pour faute d’autorisation des administrations compétentes, la communauté ahmadie fait toujours l’objet d’une persécution dans plusieurs wilayas [préfectures] du pays », indique à MEE Said Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), qui dénonce « un recul dangereux » de la reconnaissance des libertés religieuses.

Lors de l’adoption de la nouvelle Constitution en octobre 2020, Human Right Watch avait dénoncé la suppression du droit à la liberté de croyance – qui protège le droit de se déclarer musulman laïque, agnostique ou athée, d’observer ou de ne pas observer le jeûne du Ramadan sans craindre des poursuites – dans la Loi fondamentale. « Le nouveau texte préserve le droit de ‘’pratiquer une religion’’. Dans cette vision des choses, les Algériens sont libres d’adhérer aux confessions non musulmanes même si, en droit et en pratique, la minuscule minorité protestante du pays est depuis longtemps victime de discriminations », avait écrit Eric Goldstein, le directeur adjoint Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’ONG.

En juin 2022, Amnesty International a appelé les autorités algériennes à libérer, « immédiatement et sans condition, trois fidèles de la religion ahmadie de la paix et de la lumière, arrêtés [en juin] uniquement pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté de culte, et [à] abandonner toutes les charges retenues contre eux ».

Les critiques sont souvent récusées par les autorités algériennes. Le ministre de la Justice, Abderrachid Tebbi, les a qualifiées d’« allégations infondées », assurant que « la liberté de culte, garantie par la Constitution [différente de la liberté de croyance], est pratiquée dans le cadre de la loi sans discrimination » et que l’État protège cette pratique « de toute influence idéologique ou politique ». Quant aux personnes jugées, elles l’ont été, selon lui, « dans des affaires de droit commun ».

Joseph Kouamé

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