Des dirigeants de la Jamaïque et du Belize, pays du Commonwealth dont Charles III est roi, ont affiché, ce jeudi 4 mai, leur volonté de devenir des républiques, dans des entretiens publiés à 48 heures du couronnement du souverain britannique. (Avec AFP).
Certains États du Commonwealth disent espérer s’inscrire dans les pas de la Barbade, devenue une république en 2021, notamment depuis la mort de la reine Elizabeth II. «Le moment est venu. La Jamaïque aux mains des Jamaïcains», a affirmé la ministre jamaïcaine chargée des questions constitutionnelles, Marlene Malahoo Forte, sur la chaîne de télévision Sky News. Elle a indiqué que Kingston réfléchissait à la tenue d’un référendum sur cette question dès l’année prochaine.
Dans un entretien au journal The Guardian, le premier ministre du Belize, Johnny Briceño, a affirmé qu’il était fort probable que son pays soit le prochain pays à devenir une république, fustigeant notamment l’attitude de Londres vis-à-vis de son passé esclavagiste.
L’annonce tombe mal pour Charles III – roi de Jamaïque et du Belize comme de 13 autres royaumes à travers le monde – à deux jours de son couronnement en grande pompe à Londres.
Le gouvernement du Belize a voté l’an dernier une loi visant à créer une commission constitutionnelle qui doit étudier, d’ici l’an prochain, plusieurs pistes de réformes, dont la transformation du pays en république.
«Beaucoup de Jamaïcains avaient une affection chaleureuse pour la reine Élisabeth II. Mais ils ne s’identifient pas au roi Charles. Il est tout ce qu’il y a de plus étranger pour nous.»
Évoquant la relation complexe entre les deux pays, Mme Malahoo Forte a estimé que devenir une république revenait à dire au revoir à une forme de gouvernement qui est liée à un douloureux passé de colonisation et de commerce d’esclaves.
Lors d’un voyage du prince William dans les Caraïbes, début 2022, le premier ministre jamaïcain, Andrew Holness, avait déjà jugé inévitable la transition de son pays vers un régime républicain.
Le passé esclavagiste
La tournée de William et de son épouse Kate avait donné lieu à une confrontation difficile, marquée par des manifestations, et le couple avait été appelé à s’excuser pour le passé esclavagiste du Royaume-Uni.
C’est aussi la mémoire de l’esclavage que met en avant le premier ministre du Belize, critiquant vigoureusement le refus de son homologue britannique Rishi Sunak de présenter des excuses pour le rôle du Royaume-Uni dans le commerce triangulaire. «Je pense qu’il a une responsabilité morale d’être capable d’offrir, au moins, des excuses,» a-t-il affirmé, estimant «qu’il devrait avoir une meilleure appréciation (du sujet) du fait de sa généalogie.» (le premier ministre britannique étant de familles d’anciennes colonies britanniques – principalement indienne, mais aussi kenyane – ndlr).
La famille royale n’a jamais formellement prononcé des excuses, Charles se limitant à qualifier l’esclavage de terrible atrocité, tandis que William avait exprimé sa profonde tristesse.
Interrogé la semaine dernière au Parlement, Rishi Sunak, d’origine indienne, a indiqué qu’il ne s’excuserait pas au nom du Royaume-Uni. «Je pense que nous devrions nous concentrer, bien sûr sur la compréhension de notre histoire dans toutes ses composantes, et ne pas s’en détourner, mais nous assurer que nous avons aujourd’hui une société inclusive et tolérante pour les gens de toutes origines.».
Les velléités républicaines sont de plus en plus fortes dans certains royaumes du Commonwealth qui veulent pour certains suivre l’exemple de la Barbade, devenue une république en 2021.
Après la mort de la reine Élisabeth II, le premier ministre d’Antigua-et-Barbuda avait lui aussi affiché son intention d’organiser un référendum sur le sujet dans les trois prochaines années.
Dans une manifestation, d’une autre façon, de la volonté de vouloir que leur pays deviennent des républiques plutôt que de rester des royaumes de la couronne britannique, il y a eu, également, la chanteuse australienne Kylie Minogue, qui a refusé de chanter durant les cérémonies du couronnement de Charles III, ce week end des 6 et 7 mai.
Didier Maréchal