Le Kényan Kelvin Kiptum, inconnu il y a un an, a détrôné le roi du marathon Eliud Kipchoge, 38 ans. Mais cette performance sans précédent pose beaucoup de questions.
Le 8 octobre dernier, le Kényan Kelvin Kiptum, âgé de 23 ans, a créé la surprise en remportant le marathon de Chicago en 2 heures et 35 secondes, battant ainsi le record de la légende Eliud Kipchoge, âgé de 38 ans, qui avait réalisé 2 heures, 1 minute et 9 secondes en 2022. Cette performance impressionnante a été réalisée par un athlète encore méconnu il y a un an, laissant la communauté de l’athlétisme dans l’étonnement.
Une grande performance qui arrive quinze jours après celle de l’Éthiopienne Tigist Assefa à Berlin (2 h 11’53’’). « L’athlétisme est un sport touché par le dopage. La crédibilité est entachée par les affaires. Il y a une cinquantaine de Kényans suspendus à l’heure actuelle, et tu ajoutes un mec qui met des branlées à tout le monde ! C’est trop impressionnant… », regrette Yohan Durand, record en 2 h 09’21’’.
« Les bras m’en tombent. C’est un chrono hallucinant, lance Jean-Claude Vollmer, référence de la discipline en France et entraîneur de Morhad Amdouni, le recordman de France (2 h 05’22’’). C’est comme si battre un record du monde était devenu une routine… Soit c’est l’exploit du siècle, soit c’est une escroquerie phénoménale. »
« Ce record, on s’y attendait plus ou moins. Au vu de ce qu’il avait fait sur ses deux premiers marathons, le chrono n’est pas déconnant », contextualise Nicolas Navarro (2 h 06’45’’). Pour sa première sur la distance, Kiptum avait couru en 2 h 01’53’’ à Valence en décembre 2022. Pour sa deuxième, il signait alors le deuxième meilleur chrono de l’histoire (2 h 01’25’’), à Londres en avril 2023. La suite semblait écrite. «Je savais qu’il allait battre ce record du monde. Je suis impressionné mais pas étonné, partage Navarro. Ça reste une surprise car il y a un an, on ne le connaissait pas, et Eliud, lui, a mis une dizaine d’années à avoir ce niveau-là sur marathon… »
Les temps de passage du Kényan, pour qui la course commence visiblement au 30e kilomètre, interrogent. Après avoir bouclé son premier semi en 1 h 00’48’’, Kiptum a parcouru la deuxième moitié du parcours en 59’47’’… « Sa capacité à finir vite, seul et sans un rictus de fatigue, c’est fou !, souligne Yohan Durand. Les lièvres le freinent plus qu’ils ne l’aident ! Dimanche 1er octobre, il y avait les Mondiaux de semi-marathon. En 59’47’’, il aurait fini 6e… Il est sur une autre planète. Lui, s’il continue comme ça, il est parti pour être le premier homme en moins de deux heures sur un véritable marathon (Eliud Kipchoge avait couru en 1 h 59’40’’ en 2019 à Vienne, un chrono non homologué). »
On a du mal à s’en réjouir. « Tant qu’il n’a pas été déclaré positif, on ne peut rien dire mais ce ne sont pas des chronos qui me font rêver, assure Durand. Un 59’46’’ de Jimmy Gressier (5e aux Mondiaux de semi), ça me fait rêver, car j’ai une totale confiance en lui. Mais des chronos comme ça… Je me pose beaucoup de questions. »
Jean-Claude Vollmer aussi. « Kipchoge, c’était un immense coureur sur piste, avec des références dingues, il a mis plusieurs années à passer sur le marathon. Là, un gamin arrive, on ne sait rien de lui. Dans les bilans de World Athletics (où il apparaît en 2018, avec un semi en 1 h 02’01’’ à Eldoret), on a une trace d’un 10 000 m en 2021 en 28’27’’, ce qui n’a rien d’extraordinaire. »
Autre fait qui laisse place à la suspicion, Kelvin Kiptum est suivi par le sulfureux entraîneur italien Claudio Berardelli, impliqué par le passé dans des affaires de dopage. « Il n’a pas de palmarès, n’a pas fait de grands championnats. On verra aux Jeux l’an prochain si c’est un grand ou si c’est une météorite chronométrique », poursuit Vollmer, qui a vu des images de la fin de course : « Techniquement, il n’y a rien à dire, c’est beau, c’est fluide, ça a l’air facile. »
Kevin Negalo