L’Azerbaïdjan a continué d’accuser l’Arménie, mercredi 11 octobre, d’occuper « huit villages azerbaïdjanais », suscitant des craintes croissantes à Erevan qu’il puisse lancer une nouvelle offensive militaire après avoir repris le contrôle du Nagorny-Karabakh.
Le président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, a exigé la « désoccupation » de de huit villages qu’il a affirmé comme était azerbaidjanais, lors d’un appel téléphonique avec le président du Conseil européen, Charles Michel, au cours du week-end. Cet appel faisait suite à la réunion conjointe de Michel avec le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemande Olaf Scholz et le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan, tenue en Espagne.
Aliyev a annulé à la dernière minute sa participation à ces pourparlers qui devaient se concentrer sur un accord de paix arméno-azerbaïdjanais. Aliyev a fait référence à plusieurs petites enclaves situées à l’intérieur de l’Arménie, qui étaient sous contrôle de l’Azerbaïdjan à l’époque soviétique et occupées par l’armée arménienne au début des années 1990. De son côté, le camp azerbaïdjanais avait, à l’époque, saisi une enclave arménienne plus importante comprenant le village d’Artsvashen et les terres agricoles environnantes. Pashinyan a répondu aux demandes d’Aliyev lors d’une interview diffusée tard le mardi à la télévision publique arménienne. Il a mentionné l’enclave d’Artsvashen et a déclaré que les forces azerbaïdjanaises contrôlaient également de vastes étendues de terres agricoles appartenant à plusieurs autres villages frontaliers arméniens. Pashinyan a déclaré que l’avenir de ces terres contestées devrait être décidé lors d’une délimitation de la frontière arméno-azerbaïdjanaise. Il a laissé entendre qu’Erevan était ouvert à l’idée d’envisager des échanges territoriaux dans le cadre de ce processus.
Le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a rejeté les commentaires de Pashinyan mercredi, affirmant que l’Azerbaïdjan n’avait jamais occupé de territoire arménien. Il a donc déclaré que l »Arménie cherchait à « justifier l’occupation de huit villages azerbaïdjanais ». Le ministère a également clairement indiqué que Bakou continue de rejeter l’idée d’utiliser une carte militaire soviétique de 1975 pour la délimitation de la frontière, comme le propose Erevan.
Michel, Macron et Scholz ont efficacement soutenu l’idée dans une déclaration commune avec Pashinyan publiée après leurs pourparlers du 5 octobre. La déclaration citait « le besoin urgent de travailler à la délimitation de la frontière basée sur les cartes de l’état-major général de l’URSS les plus récentes qui ont été fournies aux parties ». Les dirigeants européens ont également exprimé un ferme soutien à « l’inviolabilité des frontières de l’Arménie » et ont appelé à « une stricte adhésion au principe de non-recours à la force et de menace de recours à la force ». Ils semblaient faire allusion aux craintes qu’après la reprise du Haut-Karabakh le mois dernier à la suite de l’offensive militaire, l’Azerbaïdjan puisse attaquer l’Arménie.
Un diplomate arménien de haut rang a affirmé, le week-end dernier, que les troupes azerbaïdjanaises pourraient tenter, dans les prochaines semaines, d’ouvrir un corridor terrestre extraterritorial vers l’enclave azerbaïdjanaise de Nakhitchevan à travers la province arménienne de Syunik au Sud-Est. Il a déclaré que l’Occident devrait imposer des sanctions à Bakou pour empêcher une telle attaque.
Le ministre des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan a semblé soulever ces préoccupations avec le diplomate états-unien régional Louis Bono, lors de sa visite, mercredi. Selon le service de presse de Mirzoyan, il a insisté sur la « nécessité de dissuader les empiètements sur l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Arménie ».
Didier Maréchal