La Chine demande aux États-Unis d’Amérique d’arrêter de fournir des armes à Taïwan, affirmant que la réunification est inévitable

Le président états-unien et son homologue chinois se sont rencontrés le mercredi 15 novembre, discutant en particulier de leurs désaccords concernant Taïwan. Les deux nations ont convenu de reprendre les discussions militaires de haut niveau, après une suspension d’un an. (Avec AFP).

Le 15 novembre, Joe Biden et Xi Jinping ont relancé un dialogue inactif depuis un an, mais ont également exposé ouvertement leurs désaccords, notamment concernant Taïwan. À la fin d’une conférence de presse célébrant les résultats du sommet, le président états-unien a réaffirmé son opinion en qualifiant son homologue chinois de « dictateur », une expression qui avait précédemment irrité Pékin. Malgré cela, les deux superpuissances ont annoncé une reprise des communications militaires de haut niveau, suspendues depuis plus d’un an.

Le sommet de quatre heures, tenu dans une résidence luxueuse à environ quarante kilomètres de San Francisco, a été décrit par Joe Biden comme « constructif et productif ». Le président démocrate de 80 ans a souligné la possibilité d’une communication « directe et immédiate » entre les deux hommes en cas de crise. Bien que la réunion ait cherché à présenter une atmosphère apaisée – illustrée par une brève sortie de Joe Biden et Xi Jinping pour une séance photo dans un charmant jardin – elle n’a en réalité pas résolu les désaccords profonds entre les deux dirigeants.

Le président Xi Jinping a effectivement consenti, selon les déclarations états-uniennes, à prendre « un certain nombre de mesures significatives visant à considérablement réduire les approvisionnements » en composants de fentanyl. Ce puissant opiacé synthétique, fabriqué à partir de produits chimiques souvent en provenance de Chine, est responsable de dizaines de milliers de décès par overdose chaque année aux États-Unis d’Amérique. Cette annonce est accueillie favorablement par Joe Biden, qui est en campagne pour un second mandat présidentiel. De plus, Washington et Pékin ont convenu de former un groupe d’experts pour discuter des risques associés à l’intelligence artificielle.

Xi Jinping, confronté à une situation économique et sociale dégradée en Chine, ne veut surtout pas paraître affaibli, en particulier à propos de Taïwan. Le statut de l’île, dont Pékin rappelle qu’elle est toujours officiellement reconnue comme étant une partie de son territoire national, et où se déroulera bientôt une élection présidentielle, reste un sujet de friction central. Mercredi, Joe Biden a demandé à Xi de «respecter le processus électoral» et confirmé la ligne volontairement ambiguë des Etats-Unis d’Amérique : pas de soutien à l’indépendance, mais refus d’une prise de contrôle par la force. Le président chinois a de son côté exhorté son homologue à «cesser d’armer Taïwan», puisque la réunification est selon lui «inévitable», a indiqué une source de la diplomatie chinoise.

Washington attend aussi de la Chine, proche partenaire de l’Iran et de la Russie, qu’elle n’envenime pas les grandes crises internationales: le conflit entre Israël et le Hamas ainsi que la guerre en Ukraine. Les deux hommes ont eu une réunion avec leurs délégations respectives, puis un déjeuner de travail en petit comité – poulet à l’estragon et gâteau aux amandes au menu – et enfin cette promenade en tête-à-tête, clairement organisée pour les photographes et les caméras.

Un sommet réglé au millimètre, après des semaines de tractations, dans un domaine niché au sein des collines californiennes, qui a servi, pour l’anecdote, de décor aux vénéneuses intrigues du feuilleton roi des années 1980, «Dynasty». Le président états-unien avait appelé, au début de la réunion, à gérer la rivalité de manière «responsable», pour «s’assurer qu’elle ne dégénère pas en conflit».

«La Chine ne recherche pas de sphères d’influence, et ne livrera ni guerre chaude ni guerre froide à quelque pays que ce soit» a pour sa part assuré Xi Jinping plus tard, alors que Washington et Pékin se livrent une concurrence féroce, qu’elle soit économique, technologique, stratégique ou militaire. Il a cependant aussi fait savoir à Joe Biden que les sanctions économiques américaines nuisent «aux intérêts légitimes» de la Chine, selon un média d’Etat.

Xi Jinping et Joe Biden s’étaient parlé pour la dernière fois en novembre 2022, en marge du sommet du G20 de Bali. La relation bilatérale n’avait ensuite cessé de se crisper, menaçant même de dérailler franchement avec le survol du territoire des Etats-Unis d’Amérique par un ballon chinois en début d’année. Washington avait dénoncé une opération d’espionnage, ce que la Chine avait démenti. En mars, le président chinois avait dénoncé une stratégie états-unienne d’«encerclement», alors que les Etats-Unis d’Amérique musclent leurs alliances en Asie-Pacifique et empilent les sanctions économiques sur la Chine.

Ce que Joe Biden a continué à faire dès mercredi soir, lors d’une réception pour les dirigeants de l’Apec (Coopération économique pour l’Asie-Pacifique), réunis en sommet à San Francisco, pour, selon lui, «créer de nouveaux contacts et lancer de nouveaux partenariats». Le ton s’est toutefois suffisamment radouci à l’été pour permettre l’organisation du face-à-face californien entre les deux dirigeants.

Didier Maréchal

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