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Papouasie-Nouvelle-Guinée : six ans après le vote de 97,7 % pour l’indépendance, le Parlement doit décider jeudi de l’avenir de Bougainville

En 2019, les habitants de Bougainville avaient répondu sans ambiguïté : 97,7 % avaient choisi l’indépendance plutôt qu’une autonomie renforcée. Six ans plus tard, leur choix arrive enfin devant le Parlement national de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les députés doivent commencer à en débattre jeudi 27 août. Pour qu’une ratification soit adoptée, il faudra au moins 89 voix sur 118.

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Le vote de 2019 n’avait toutefois pas suffi à faire de Bougainville un État indépendant. Le référendum avait été prévu par l’accord de paix signé en 2001 pour mettre fin au conflit qui avait opposé pendant des années les indépendantistes de Bougainville aux forces gouvernementales. Son résultat devait ensuite être soumis à des consultations entre le gouvernement national et le gouvernement autonome de Bougainville, avant une décision du Parlement.

Ces consultations ont finalement pris fin le 6 août. Le Premier ministre James Marape et le président de Bougainville, Ishmael Toroama, ont alors approuvé le rapport commun et le cadre destiné à encadrer la suite du processus. Le résultat du référendum peut désormais être présenté officiellement aux députés.

Un vote qui remonte aux années de guerre

La question de l’indépendance de Bougainville ne date pas de 2019.

Le conflit avait éclaté en 1988, notamment autour des tensions provoquées par l’exploitation de la mine de Panguna, les revendications sur les terres et la répartition des revenus miniers. La guerre a fait des milliers de morts et profondément détruit les infrastructures et les moyens de subsistance de Bougainville.

L’accord de paix de 2001 a permis de sortir de cette confrontation. Il prévoyait notamment une autonomie plus large pour Bougainville, le désarmement des combattants et un référendum sur son futur statut politique.

Dix-huit ans plus tard, le scrutin a livré une réponse écrasante. Sur 181 067 bulletins comptabilisés, 176 928 électeurs ont choisi l’indépendance, contre 3 043 pour une autonomie renforcée.

Mais le résultat était consultatif. La décision finale appartenait au Parlement national.

89 députés doivent dire oui

C’est maintenant que commence la partie la plus incertaine.

Le Parlement a fixé à trois quarts de ses 118 membres la majorité nécessaire pour ratifier le résultat. Il faudra donc 89 voix favorables.

Le gouvernement de James Marape affirme avoir rempli les obligations qui lui incombaient dans le cadre de l’accord de paix et de la Constitution. Le Premier ministre demande désormais aux députés de se prononcer librement, en évitant les menaces et les tensions entre les différentes régions du pays.

Cette prudence tient à la nature de la décision. Une ratification ouvrirait la voie à la séparation de Bougainville de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Un refus laisserait en revanche le territoire dans le cadre actuel et obligerait les deux parties à déterminer comment poursuivre le processus politique.

Le président Ishmael Toroama défend, lui, une position beaucoup plus directe : le choix exprimé en 2019 doit être respecté. Les autorités de Bougainville ont fixé au 1er septembre 2030 leur objectif pour l’indépendance. Elles prévoient auparavant une nouvelle étape vers un gouvernement pleinement autonome.

L’indépendance ne se décidera donc pas en un seul jour

Même si les 89 voix sont réunies jeudi, Bougainville ne deviendra pas immédiatement un nouvel État.

Il faudra organiser la transition, préciser les compétences transférées, régler les questions financières et préparer les institutions appelées à fonctionner après la séparation.

Les deux gouvernements travaillent déjà sur ce volet. Ils ont notamment convenu d’accélérer le transfert de pouvoirs et de progresser vers le transfert à Bougainville de l’intégralité des recettes générées localement par plusieurs secteurs, dont les mines, la pêche, la forêt et certaines taxes, d’ici la fin de 2026.

Pour Bougainville, le prochain rendez-vous est donc capital. Pour la Papouasie-Nouvelle-Guinée, il s’agit de prendre une décision qui touche directement à son territoire et à son organisation politique.

Jeudi 27 août, six ans après que 97,7 % des électeurs de Bougainville ont choisi l’indépendance, 118 députés auront entre leurs mains la suite d’un processus de paix engagé il y a vingt-cinq ans.

Celine Dou

Japon-Russie : après la première visite de Vladimir Putin à Iturup, les États-Unis d’Amérique reconnaissent la souveraineté japonaise sur les quatre îles disputées

Jeudi 13 août, Vladimir Putin s’est rendu à Iturup, l’une des quatre îles des Kouriles méridionales que la Russie contrôle et que le Japon revendique. Le lendemain, George Glass, ambassadeur des États-Unis d’Amérique à Tokyo, a déclaré que son pays reconnaissait la souveraineté du Japon sur les « Territoires du Nord », le nom utilisé par les autorités japonaises pour désigner ces quatre îles. Entre Moscou et Tokyo, les protestations ont immédiatement suivi.

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La visite de Vladimir Putin à Iturup est une première pour un président russe. Tokyo y voit une provocation et a convoqué l’ambassadeur russe. Moscou affirme de son côté que sa souveraineté sur les quatre îles ne peut être contestée. La déclaration de George Glass, rendue publique le 14 août, ajoute les États-Unis d’Amérique à une dispute territoriale vieille de plusieurs décennies.

Vladimir Putin est arrivé à Iturup jeudi 13 août. Il a visité une usine de transformation de produits de la mer, un hôpital et une école. Pour le président russe, le déplacement est aussi une manière d’affirmer la présence de la Russie sur une terre que le Japon considère comme sienne.

Les quatre îles concernées sont Iturup, Kunashir, Shikotan et les îlots Habomai. Elles sont administrées par la Russie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tokyo les appelle les « Territoires du Nord » et demande leur restitution. La question empêche toujours la Russie et le Japon de signer un traité de paix définitif depuis 1945.

La réaction japonaise n’a pas tardé. La Première ministre Sanae Takaichi a qualifié la visite de « absolument inacceptable ». Le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a convoqué l’ambassadeur russe à Tokyo pour lui transmettre une protestation officielle.

Moscou a rejeté cette protestation. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a jugé les critiques japonaises infondées et réaffirmé que la Russie exerçait sa souveraineté et sa juridiction sur ces îles. Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité, a lui aussi assuré que les territoires resteraient russes.

Vendredi 14 août, George Glass a pris position à son tour. L’ambassadeur des États-Unis d’Amérique au Japon a écrit sur X que son pays maintenait son soutien au Japon, « son plus important allié », et reconnaissait la souveraineté japonaise sur les « Territoires du Nord ». Il a aussi déclaré que les deux pays s’opposaient à toute action susceptible de menacer la paix et la stabilité dans l’Indo-Pacifique.

Il ne s’agit pas d’une nouvelle revendication territoriale étatsunienne. Les États-Unis d’Amérique avaient déjà exprimé leur position sur ces îles. La déclaration de George Glass intervient toutefois quelques heures après la protestation japonaise contre la visite de Vladimir Putin. Elle donne donc un écho supplémentaire au différend.

La Russie et le Japon se disputent ces quatre îles depuis 1945. L’Union soviétique en avait pris le contrôle dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. Le Japon affirme qu’elles lui appartiennent et continue d’en réclamer la restitution. La Russie refuse cette demande et considère les îles comme une partie de son territoire.

Cette querelle a empêché les deux pays de conclure un traité de paix après la guerre. Des négociations ont pourtant connu des périodes de rapprochement, notamment sous Shinzo Abe. L’ancien Premier ministre japonais avait développé une relation personnelle avec Vladimir Putin et tenté de trouver un compromis sur les îles.

La guerre en Ukraine a changé les rapports entre les deux pays. Tokyo a adopté des sanctions contre Moscou et renforcé son alliance militaire avec les États-Unis d’Amérique. La Russie a, de son côté, suspendu les négociations sur le traité de paix et renforcé sa présence militaire dans les Kouriles.

Iturup occupe une position stratégique. L’île se trouve au nord-est de Hokkaido et contrôle un passage entre la mer d’Okhotsk et le Pacifique. La Russie y maintient des installations militaires et des moyens de défense côtière. Pour le Japon, la présence militaire russe dans les quatre îles est devenue un sujet de sécurité, au même titre que l’évolution militaire de la Chine et les programmes nucléaires et balistiques de la Corée du Nord.

La visite de Vladimir Putin donne aussi à la dispute une forte portée symbolique. Il s’est rendu à Iturup quelques jours avant les cérémonies japonaises marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tokyo y voit un geste hostile. Moscou assume, au contraire, l’administration russe de l’île et refuse de considérer la question comme ouverte.

La réaction de George Glass montre surtout que Tokyo peut compter sur son principal allié dans ce différend. Les États-Unis d’Amérique reconnaissent la souveraineté japonaise sur les quatre îles, tandis que la Russie affirme qu’elles sont russes. Entre les deux positions, aucune solution diplomatique n’a encore été trouvée.

Le différend des Kouriles n’a donc pas changé de nature en quelques jours. Mais la visite de Vladimir Putin à Iturup, suivie le lendemain de la déclaration publique de l’ambassadeur des États-Unis d’Amérique, rappelle que cette vieille querelle territoriale reste un sujet sensible pour les trois puissances.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos

Thaïlande : à Nonthaburi, un ancien député abat un responsable local, trois jours après une fusillade dans un lycée

Lundi matin, Chalong Riewrang s’est présenté dans les locaux de l’administration provinciale de Nonthaburi avec une arme. Quelques minutes plus tard, le président de cette institution gisait à terre, mortellement touché. Trois jours plus tôt, à quelques kilomètres de là, un adolescent de 14 ans avait tué neuf personnes dans un lycée et à son domicile. Deux affaires sans lien établi, mais qui placent une nouvelle fois la circulation des armes sous les projecteurs en Thaïlande.

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Ancien député de Nonthaburi, Chalong Riewrang a reconnu avoir tiré sur Thongchai Yenprasert, président de l’administration provinciale, ainsi que sur son chauffeur. Le responsable local est mort à l’hôpital ; son chauffeur a été blessé. Le suspect affirme avoir voulu récupérer 11 millions de bahts qu’il dit avoir prêtés à la victime. La police examine cette version et dispose d’images de vidéosurveillance qui ne corroborent pas certains éléments avancés par l’ancien parlementaire.

À 11 heures, lundi 10 août, les bureaux de l’administration provinciale de Nonthaburi étaient loin de ressembler à une scène de fusillade. Chalong Riewrang était venu rencontrer Thongchai Yenprasert, un ancien colonel de police devenu président de l’administration provinciale.

La discussion a dégénéré.

Des coups de feu ont été tirés. Thongchai Yenprasert a été grièvement atteint. Son chauffeur a également été touché. Le président de l’administration provinciale a été transporté à l’hôpital Phranangklao, où il est mort des suites de ses blessures.

L’ancien député ne s’est pas enfui bien loin. Après les tirs, il a pris un taxi-moto pour se rendre à la police. Il avait auparavant téléphoné à une présentatrice de télévision alors qu’elle était en direct, lui annonçant qu’il venait de tirer sur Thongchai. La journaliste lui a demandé de déposer son arme et d’attendre la police.

Devant les enquêteurs, Chalong Riewrang a donné sa propre explication. Il affirme que Thongchai Yenprasert lui devait 11 millions de bahts, une somme qu’il aurait prêtée au responsable local en 2008 pour financer une campagne électorale. Il dit avoir longtemps renoncé à réclamer son argent avant de changer de position, notamment en raison de dépenses médicales importantes et d’une baisse de ses revenus.

L’ancien député soutient qu’il voulait simplement obtenir le remboursement de cette somme. Selon son récit, une dispute aurait éclaté dans les bureaux de l’administration provinciale. Thongchai aurait quitté la pièce et rejoint son véhicule. Chalong affirme l’avoir suivi pour poursuivre la discussion.

C’est à ce moment que sa version devient contestée.

Le suspect affirme que le chauffeur de Thongchai aurait sorti une arme, ce qui l’aurait conduit à tirer pour se défendre. La police dit ne pas avoir trouvé, dans les images de vidéosurveillance examinées, la preuve d’un tir du chauffeur. Les enquêteurs étudient néanmoins l’arme retrouvée dans le véhicule et interrogent les témoins afin de reconstituer précisément la scène.

La dette de 11 millions de bahts n’a pas non plus été établie par les enquêteurs comme mobile du meurtre. Pour l’heure, elle reste donc au rang des déclarations de Chalong Riewrang.

Le statut du suspect a rapidement attiré l’attention. Chalong Riewrang a été député de Nonthaburi à plusieurs reprises. Il a appartenu à plusieurs formations politiques et s’était présenté aux élections de 2023 sous les couleurs du Bhumjaithai, le parti auquel appartient le Premier ministre Anutin Charnvirakul, sans toutefois être élu.

Anutin a demandé que la procédure soit menée sans tenir compte du passé politique de l’accusé. Le chef du gouvernement a déclaré que son ancien statut ne pouvait lui accorder aucun traitement particulier. Chalong ne détient aujourd’hui aucune fonction au sein du Bhumjaithai, a précisé le Premier ministre.

La police retient notamment l’usage d’une arme à feu et examine les circonstances exactes des tirs. Les enquêteurs doivent confronter le récit du suspect aux images de vidéosurveillance, aux constatations balistiques et aux déclarations du chauffeur blessé.

L’affaire aurait pu rester celle d’un conflit entre deux hommes. Sa proximité avec une autre fusillade meurtrière lui donne toutefois un écho particulier.

Vendredi 7 août, un élève de 14 ans avait tué ses grands-parents à leur domicile avant de prendre un bus pour rejoindre le lycée Debsirin Nonthaburi. Il y avait ouvert le feu avec une arme de poing.

Trois enseignants et deux responsables de l’établissement ont été tués dans le lycée. Le bilan est ensuite monté à neuf morts après le décès d’une jeune fille de 12 ans. Vingt-trois personnes ont également été blessées. Le tireur est mort après avoir retourné l’arme contre lui.

Les deux affaires sont géographiquement proches. Elles se sont produites dans la même province, à quelques kilomètres l’une de l’autre. Aucun élément communiqué par les autorités ne permet cependant de les relier.

La différence entre les deux auteurs est aussi frappante que la proximité des lieux. Dans le premier cas, un adolescent s’est emparé de l’arme de son grand-père. Dans le second, un ancien parlementaire a utilisé une arme dans le cadre d’un conflit personnel allégué. Deux parcours, deux histoires, mais la même question de l’accès aux armes.

Après la tuerie du lycée, le gouvernement thaïlandais avait promis de renforcer la surveillance des armes. Mardi 11 août, Anutin Charnvirakul est passé aux premières mesures.

La délivrance de nouveaux permis d’achat d’armes a été suspendue. Les autorisations existantes doivent être réexaminées. Les autorités veulent également accélérer l’adoption d’une nouvelle législation, avec des contrôles plus stricts et des sanctions plus lourdes.

Le gouvernement entend aussi s’attaquer aux armes détenues illégalement. Une procédure permettant leur remise aux autorités est à l’étude. Les autorités rappellent par ailleurs que les armes enregistrées doivent rester au domicile de leur propriétaire et ne peuvent pas être portées librement dans l’espace public.

Le problème est de taille. Selon une estimation du Small Arms Survey datant de 2017, les civils thaïlandais détenaient alors environ 10,3 millions d’armes à feu, soit près de 15 armes pour 100 habitants. Il s’agit d’une estimation ancienne, mais elle demeure l’une des principales références disponibles sur le sujet.

La difficulté pour Bangkok n’est donc pas seulement d’écrire de nouvelles règles. Il faudra savoir ce que deviennent les armes déjà présentes dans les foyers, vérifier les autorisations délivrées et empêcher le port illégal d’armes dans l’espace public.

L’affaire Chalong Riewrang ajoute une autre difficulté au dossier. L’homme soupçonné d’avoir tué le président de l’administration provinciale n’est ni un inconnu des autorités ni un jeune sans antécédent politique. Il a été parlementaire et a évolué dans plusieurs formations politiques.

Pour Anutin Charnvirakul, le choix est désormais simple : laisser l’affaire suivre son cours judiciaire, sans intervention politique, tout en démontrant que les nouvelles mesures annoncées après la tuerie du lycée ne resteront pas au stade des déclarations.

À Nonthaburi, les enquêteurs cherchent encore à établir ce qui s’est réellement passé entre les deux hommes et pourquoi une dette alléguée de plusieurs millions de bahts a fini par se régler à coups de feu.

La justice devra trancher cette question. Le gouvernement, lui, doit répondre à une autre : comment empêcher que des armes déjà présentes dans la société thaïlandaise ne transforment d’autres conflits en drames mortels ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

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