Attentat à Paris : en 2020, un juge avait refusé le droit, à la DGSI, de faire une visite à domicile du terroriste!

Samedi soir, une attaque près du quai de Grenelle, dans le 16e arrondissement de Paris (France), a causé un décès et deux personnes ont été blessées. L’auteur de l’attaque a été appréhendé. Le parquet national antiterroriste a pris en charge l’affaire pendant la nuit. Le suspect, répertorié par la DGSI pour radicalisme islamique et présentant des « troubles psychiatriques sévères », avait été condamné auparavant, en 2016.

Une attaque terroriste islamiste a fait un mort et deux blessés ce samedi 2 décembre au soir au niveau du quai de Grenelle dans le 15e arrondissement de Paris.


Le suspect, présenté sous le prénom d’Armand par la police mais qui se prénomme, en réalité, Imam, avait déjà été condamné en 2016 car il projetait de commettre une action violente à « La Défense » (quartier de Paris très fréquenté pour ses grandes enseignes commerciales, ses nombreux bureaux de grandes sociétés, sa gare ferroviaire et son grand pôle de correspondance de bus pour toute la région parisienne – ndlr). La victime décédée est un touriste allemand. Un Français et un touriste britannique ont été blessés, mais sont « en bonne santé ».

Au lendemain de cette terroriste le ministre de l’Intérieur est intervenu au 20h de la première chaîne nationale de télévision française, TF1, à l’issue d’une réunion à Matignon consacrée à la sécurité., pour faire le point. Le locataire de la place Beauvau a tout d’abord rappelé le profil de l’assaillant : « Il est adhérent à l’islam radical et il est malade psychiatrique. Il avait arrêté les soins à la demande de certains médecins », a-t-il indiqué. Ainsi, pour prévenir ces passages à l’acte et éviter de nouveaux drames, Gérald Darmanin a réclamé à ce que les autorités «puissent demander une injonction de soins » pour une personne radicalisée suivie pour troubles psychiatriques.

« Il faut une réponse pénale extrêmement ferme »

« Ce qu’il faut sans doute changer on l’a vu autour de la Première ministre c’est que le pouvoir public, les préfets, les policiers puissent demander, exiger une injonction de soins, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », a ainsi poursuivi le ministre de l’Intérieur. L’injonction de soin permet de soumettre une personne à des actes médicaux destinés à l’amélioration de sa santé, et ainsi éviter qu’elle ne se mette elle-même, ou d’autres personnes, en danger.

Gérald Darmanin est également revenu sur le rôle des policiers, qui doivent « gérer des personnes aux troubles psychotiques et adhérant à l’islam radical » alors qu’ils ne sont « pas des médecins ». Selon une source policière de franceinfo, Imam. aurait affirmé, lors de sa garde à vue, ne plus prendre le traitement qui lui avait été prescrit depuis mars 2022, en accord avec son médecin. Insistant sur le fait que la France était « durablement sous le coup de la menace islamiste radicale », Gérald Darmanin a réclamé, sur TF1, « une réponse pénale extrêmement ferme».

Arrêté après la mort de Samuel Paty

Après l’assassinat de Samuel Paty, Imam R. a été placé en garde à vue 48 heures après l’attentat du 16 octobre 2020, selon une source proche du dossier informée par franceinfo ce dimanche. L’individu, libéré le 25 mars 2020 sans poursuites après cette garde à vue, s’était volontairement rendu au commissariat après avoir échangé sur les réseaux sociaux avec Abdoullakh Anzorov, le meurtrier de Samuel Paty.

Lors de cette garde à vue, l’agresseur futur du pont de Bir Hakeim a exprimé sa « haine envers les islamistes appelant ou non à la violence ». Il se déclarait alors agnostique, ne croyant plus aux miracles du Coran ni à l’existence de Dieu.

Un médiateur du fait religieux, impliqué dans le processus de réinsertion d’Imam, a également été interrogé. Il le décrivait comme quelqu’un de « fragile, intelligent et observateur », réceptif aux arguments présentés. Ce médiateur a noté une évolution dans les positions religieuses d’Imam, passant d’athée à un discours radical pour finalement critiquer le salafisme.

Bien qu’il ait observé une certaine distanciation du discours radical de la part d’Imam R., le médiateur a souligné que cela était principalement dû aux conséquences émotionnelles et judiciaires, nécessitant un suivi continu pour favoriser cette évolution. Malgré cela, Imam est ressorti libre sans poursuites à la suite de cette garde à vue.

En 2020, la DGSI a sollicité une visite à domicile chez Imam, requête refusée par un juge selon des sources proches du dossier rapportées par franceinfo.

Le suspect échangeait avec plusieurs islamistes radicaux avant 2016

D’après les informations de France Inter, il avait été établi qu’Imam R. entretenait, lors de sa condamnation, des liens avec un membre du groupe islamiste Forsane Alizza, à savoir Maximilien Thibaut, un djihadiste décédé ayant rejoint Daech avec son épouse Mélina Boughedir, actuellement détenue en Irak et condamnée à une peine de 20 ans de prison.

Avant son arrestation en 2016, il avait des échanges sur les réseaux sociaux avec plusieurs islamistes radicaux, comme Abel Kermiche, abattu par la BRI après l’attentat dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray en 2016. Cependant, rien ne confirme une proximité entre le suspect et cet individu. De plus, il était également en contact sur Facebook avec Larossi Abballa, abattu après avoir tué un couple de policiers à Magnanville en 2016.

Il prête allégeance à l’État islamique dans une vidéo

L’assaillant a tourné une vidéo de deux minutes avant l’attaque au couteau près de la Tour Eiffel samedi soir. Cette vidéo de revendication de son acte a été publiée sur les réseaux sociaux, a annoncé dimanche le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard. Imam R. s’y exprime en langue arabe et « se présente comme étant Abu Talha al-Khorasani, ce qui constitue une référence à l’organisation terroriste État islamique agissant actuellement à partir de l’Afghanistan ». Il apporte son soutien aux jihadistes agissant dans différentes zones, notamment en Afrique, en Irak, en Syrie, au Yémen ou encore au Pakistan.

Les autorités ont-elles été trompées par l’assaillant ?

« Une personne qui est radicalisée, avec des problèmes psychiatriques lourds, c’est un cocktail explosif très difficile à détecter et à arrêter pour les services de renseignement », a déploré, ce dimanche 3 décembre, sur franceinfo, Matthieu Valet, porte-parole du Syndicat Indépendant des Commissaires de Police (SICP). Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme, a pointé du doigt ce dimanche « une grande capacité de dissimulation » de l’assaillant. « Il a prétendu aux enquêteurs, en juillet 2016, au moment de son interpellation, qu’il s’était auto déradicalisé » a-t-il expliqué sur franceinfo en ajoutant : « Il a très clairement berné un certain nombre d’autorités, les enquêteurs et surtout les services de renseignement ».

Matthieu Valet a assuré qu’il existe « des mesures » pour suivre ce genre de profils, mais que, « malheureusement, elles n’empêchent pas de passer à l’acte ». Le suspect, après sa sortie de prison en 2020, était « dans un fichier qui permet l’obligation de pointer dans un commissariat, une gendarmerie », et « de montrer qu’il était bien sur le territoire national et qu’il suivait le contrôle auquel il était astreint », a assuré le commissaire.

Joseph Kouamé

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