Le prochain sommet européen, programmé pour les 14 et 15 décembre, pourrait être tendu. Viktor Orban exerce une pression sur les dirigeants européens. Dans une lettre adressée à Charles Michel, responsable de l’organisation du sommet, le Premier ministre hongrois demande de retirer deux décisions cruciales de l’ordre du jour concernant l’Ukraine.
Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban pourrait perturber le prochain Sommet européen des 14 et 15 décembre prochains, en envisageant de poser un veto non seulement à l’enveloppe de 50 milliards d’euros réclamée pour Kiev par la Commission, mais également à l’initiation de négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’Union Européenne.
En Europe comme aux États-Unis d’Amérique, le soutien financier à l’Ukraine est aujourd’hui remis en question. L’enveloppe de 50 milliards d’euros sur quatre ans réclamée en juin dernier par la Commission européenne pour soutenir Kiev, largement considérée comme prioritaire par la majorité des capitales de l’Union, n’est pas assurée d’être approuvée lors du Conseil européen des 14 et 15 décembre prochains.
Cette proposition, faisant partie d’un budget global comprenant des financements pour les migrations, les charges d’intérêts et des projets technologiques, nécessite l’unanimité des Vingt-Sept. Cependant, le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, dont les propos hostiles envers l’Ukraine se sont intensifiés ces derniers jours, menace clairement de ne pas la soutenir.
Dans une lettre en date du lundi 4 décembre, il requiert auprès du président du Conseil européen, Charles Michel, le retrait de l’ordre du jour du prochain sommet européen du soutien financier à Kiev et de la discussion sur le lancement de pourparlers d’adhésion à l’Union Européenne avec l’Ukraine.
« Il est clair que la proposition de la Commission européenne sur l’ouverture de négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’UE n’est pas fondée et mal préparée », écrivait-il sur « X » le 3 décembre. Dès le lendemain, il estimait sur le même réseau social qu’« il n’y aura pas de solution à la guerre entre la Russie et l’Ukraine sur le champ de bataille. Au lieu de financer la guerre, nous devrions enfin consacrer les ressources de l’Europe à faire la paix ».
Pendant longtemps, les diplomates ont supposé que le théoricien de l’illibéralisme cherchait principalement à obtenir le déblocage des fonds européens pour Budapest, gelés par la Commission européenne en raison de « graves violations de l’État de droit en Hongrie », en échange de son approbation budgétaire. Pour les mêmes raisons, le plan de relance hongrois issu du fonds NGEU est également suspendu, à l’exception d’une portion de financement préliminaire.
Il est probable que, compte tenu des réformes adoptées ces derniers mois, notamment pour restaurer l’indépendance du système judiciaire, la Commission débloque dans les jours à venir une partie des fonds européens gelés, potentiellement jusqu’à hauteur de 10 milliards d’euros (sur les 21,7 milliards de fonds gelés). « Ce ne sera pas une décision populaire au Parlement européen, mais la Commission estime que si elle ne prend pas cette mesure et que la Hongrie l’attaque devant la Cour de justice, elle pourrait perdre », relate un diplomate européen. Sur le papier, les réformes adoptées à Budapest répondent effectivement à une partie des problèmes soulevés par Bruxelles, et même si elle ne peut être sûre de leur mise en oeuvre, la Commission ne peut les ignorer.
Cependant, il est envisageable que même le déblocage de ces fonds ne suffise pas à apaiser les intentions d’obstruction de Viktor Orban. Dans ce scénario, ses homologues pourraient décider de soutenir l’Ukraine à 26 pays membres plutôt qu’à 27, en proposant des garanties publiques nationales. Toutefois, une telle fissure dans le front européen de soutien à Kiev serait un signal désastreux pour le reste du monde. Bien que l’Ukraine ne semble pas être au bord du défaut de paiement, un veto hongrois la plongerait indubitablement dans une incertitude très préoccupante.
Cette division au sein de l’unité européenne s’est également manifestée le 27 novembre dernier lorsque le président du Conseil européen, Charles Michel, a tenté d’apaiser le dirigeant hongrois lors de sa visite à Budapest, mais apparemment sans grand succès. Jeudi 7 décembre, Emmanuel Macron prendra le relais pour essayer de résoudre cette nouvelle impasse en recevant le leader hongrois à dîner à l’Elysée. De son côté, Charles Michel devrait écourter sa participation au sommet UE-Chine des 7 et 8 décembre pour se concentrer sur la préparation du sommet de la semaine suivante qui s’annonce conflictuel.
Cette crise budgétaire vient obscurcir la politique européenne de soutien à Kiev alors que d’autres initiatives sont également en difficulté. La proposition de Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne, visant à établir un fonds de près de 20 milliards d’euros pour soutenir l’aide militaire à l’Ukraine, semble peu probable. De plus, le douzième train de sanctions de l’UE contre Moscou, qui devrait inclure des restrictions sur le commerce des diamants russes, n’a toujours pas été adopté après des semaines de discussions entre les États membres.
Joseph Kouamé