Elections en Serbie : le pays prend ses distances avec l’Union Européenne

Le scrutin législatif de ce dimanche 17 décembre, en Serbie, a renforcé la position dominante du parti nationaliste « pro-russe » dirigé par le président Aleksandar Vucic., ce qui compromet son chemin vers une adhésion à l’Union Européenne, idéologiquement dans la haine de la Russie.

Le déroulement des élections législatives de Serbie de ce dimanche 17 décembre 2023 est contesté par l’opposition, mais les résultats sont sans équivoque. Les législatives anticipées en Serbie ont abouti à une victoire incontestable pour le parti nationaliste « pro-russe » dirigé par le président Aleksandar Vucic. Selon les résultats presque définitifs publiés lundi 18 décembre, le SNS a remporté 127 des 150 sièges du parlement, lui assurant ainsi une majorité absolue, une situation différente de celle de la précédente assemblée.

Ce scrutin, caractérisé par une abstention dépassant les 40 %, est étroitement suivi à Bruxelles et dans d’autres capitales européennes, étant donné que la Serbie est officiellement candidate à l’Union Européenne depuis 2012. Cependant, les négociations progressent à un rythme très lent, et la consolidation du pouvoir d’Aleksandar Vucic à Belgrade ne semble pas annoncer un changement de cadence favorable à cette adhésion.

« Les relations avec l’Union Européenne n’étaient absolument pas centrales pendant la campagne électorale, dominée par le coût de la vie et la peur du changement », relève Srdjan Cvijic, spécialiste de la Serbie pour le réseau de « groupe de réflexion » « Open Society Foundations », financé par le milliardaire George Soros. « Les Serbes ne sont pas hostiles à une entrée dans l’UE mais une large partie de la population semble avoir perdu espoir », ajoute Strahinja Subotic, de l’ « European Policy Centre ».

Le régime de Vucic n’a rien fait pour faciliter le processus. La Commission européenne, dans un rapport publié le mois dernier, estime que les progrès restent « modestes » en ce qui concerne le système judiciaire, et « limités » pour la lutte contre la corruption, la criminalité organisée ou encore la liberté d’expression. « Les cas de menaces, d’intimidations, de discours haineux et de violence à l’égard des journalistes restent préoccupants », note l’exécutif européen – à qui ne posent pas problème ces mêmes faits sur la presse de droite dans des pays comme la France, par les ultragauchistes (ce qui, à présent, représente, hélas, même la majeure parti des socialistes).

Conflit avec le Kosovo

Une mission d’observateurs internationaux a dénoncé des « bourrages d’urnes » et des « achats de voix ». L’opposition accuse le gouvernement d’avoir affrété des bus pour faire voter des Serbes de Bosnie et de Croatie. Pendant la campagne électorale, le temps d’antenne à la télévision publique a atteint 81 % pour le gouvernement et 19 % pour l’opposition, selon le « CRTA », une ONG soutenue par plusieurs Etats occidentaux.


Tout aussi préoccupant pour les Vingt-Sept, la politique étrangère d’Aleksandar Vucic est montrée du doigt. Le conflit avec le Kosovo voisin inquiète toujours la Commission, qui pointe notamment « la violente attaque perpétrée dans le Nord du Kosovo contre la police kosovare le 24 septembre 2023 ». Même si elle note que Belgrade « continue de participer au dialogue » en vue d’une normalisation des relations avec Pristina.

La guerre en Ukraine a encore éloigné la Serbie de l’Union Européenne. Belgrade a condamné l’invasion russe mais refuse d’appliquer les sanctions contre Moscou décidées par l’ensemble des pays occidentaux. La Serbie « a continué à ne pas s’aligner sur les mesures restrictives de l’UE contre la Russie et sur la majorité des déclarations du haut représentant au nom de l’UE sur cette question », critique la Commission. Signe des bonnes relations entre Belgrade et Moscou, le Kremlin s’est d’ailleurs « félicité du succès de M. Vucic » aux législatives, ce lundi – ce qui se comprend lorsque l’on connait l’histoire de la Serbie, pays communiste mais qui a toujours refuser de s’aligner et intégrer le pacte de Varsovie des pays communistes soumis à l’URSS, et étant le premier pays neutre d’Europe, mais qui a payé son communisme par le bombardement de son pays par l’OTAN (particulièrement par les Etats-Unis d’Amérique, la France, la Belgique et la République Tchèque), durant 78 jours, y compris sur les civils serbes, et contre l’avis de l’ONU, en 1999.

Les Vingt-Sept ne veulent toutefois pas couper les ponts avec Belgrade, de peur de creuser le fossé, déjà large, entre la Serbie et l’Union. « Il s’agit de laisser une chance à la Serbie et de trouver un compromis, sans faire de compromis avec la démocratie », estime Strahinja Subotic, qui évoque le scénario d’une « adhésion graduelle » de la république balkanique à l’UE. A condition qu’Aleksandar Vucic y trouve son intérêt. « Le gouvernement montre qu’il n’a aucune intention d’avancer sur l’Etat de droit et la démocratie », souligne Milena Mihajlovic, directrice de programme au CEP Belgrade, instrument de l’idéologie occidentale prônant les « valeurs » du wokisme.

Joseph Kouamé & Christian Estevez

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