La République centrafricaine (RCA) cherche à élargir sa palette de partenariats stratégiques. Depuis 2018, elle est associée au groupe de mercenaires russe « Wagner ». Cependant, Bangui entame des pourparlers avec la société de mercenaires privée « Bancroft ».
Wagner va-t-il être remplacé en Centrafrique ?
Si le service de communication de « Bancroft » a démenti auprès de l’AFP que le groupe soit déjà déployé à Bangui, il a admis des contacts avec le régime du président Faustin Archange Touadéra. « À partir de juillet, Bancroft a accepté un cadre pour discuter de possibles activités futures avec le gouvernement de la République centrafricaine. C’est tout », a indiqué le groupe de mercenaires privé dans un courriel.
Le 23 décembre, « Radio Ndeke Luka » avait diffusé un enregistrement dans lequel le porte-parole de la présidence, Albert Yaloké Mokpème, expliquait que la République centrafricaine (RCA) effectuait « un travail de diversification de ses relations » en matière de sécurité. « Dans le cadre de la reconstruction de l’armée nationale (…), nous avons fait appel à des partenaires parmi lesquels la Fédération de Russie, l’Angola, le Maroc, la Guinée (…) qui nous aident à former nos soldats », avait-il ajouté. « Les États-Unis proposent à la République centrafricaine, elle aussi, de former ses soldats, aussi bien sur le sol centrafricain que sur le sol américain ».
Interrogé mardi par l’AFP sur la présence déjà effective de « Bancroft », Albert Yaloké Mokpème ne l’a pas confirmée. « La formation de notre armée reste notre priorité », a-t-il indiqué. Mais « le fond du dossier, je ne suis pas en mesure d’en parler ».
Des centaines de mercenaires du groupe paramilitaire russe « Wagner » sont arrivés en Centrafrique dès 2018, officiellement pour entraîner l’armée, selon Moscou. Fin 2020, le dispositif avait été renforcé pour juguler une offensive rebelle sur Bangui. La montée en puissance russe en RCA s’est accompagnée de la disgrâce de la France, ex-puissance coloniale, sur fond de sentiment antifrançais croissant. « Wagner », accusé par les Occidentaux d’exactions et de pillage des ressources locales, s’est imposé comme l’un des principaux partenaires sécuritaires du gouvernement et les derniers militaires français ont quitté le pays en décembre 2022.
Un accord de sécurité entre Washington et Bangui ?
Le sulfureux groupe russe est cependant aujourd’hui entré dans une phase de recomposition depuis la mort de son fondateur, Evguéni Prigojine, en août dernier.
Selon le quotidien français « Le Monde », Washington a proposé à la RCA, fin 2022, un accord de sécurité au président Touadéra en échange d’une prise de distance avec Wagner. Ni Washington, ni Bangui n’ont confirmé.
Dans sa communication avec l’AFP, « Bancroft » s’est pour sa part dissocié des autorités états-uniennes : « Il y a des articles qui confondent Bancroft et les politiques du gouvernement des États-Unis en RCA. Ils sont (…) erronés ». Sur son site, le groupe précise pour autant que « le plus important contributeur des activités de Bancroft est le Département d’État américain ».
Joseph Kouamé