Archives pour la catégorie Afrique

Madagascar : 66 ans après l’indépendance, la Haute Cour constitutionnelle valide le transfert de plein droit à l’État des terrains encore détenus par des étrangers pour achever la décolonisation foncière

Soixante-six ans après avoir recouvré son indépendance, Madagascar s’attaque à une partie du patrimoine foncier restée juridiquement rattachée à la période coloniale. La Haute Cour constitutionnelle a validé la loi qui prévoit le transfert de plein droit à l’État de certains terrains encore inscrits au nom d’étrangers. Une décision à forte portée historique, mais dont l’efficacité se mesurera moins dans les archives que sur le terrain.

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Adoptée par l’Assemblée nationale le 1er juillet 2026, la loi fixe au 26 juin 1960, date de l’indépendance, le seuil de référence pour les titres fonciers concernés. Le texte vise les terrains immatriculés au nom d’étrangers durant la période coloniale et qui n’ont jamais été transférés à un propriétaire malgache. Les biens des ambassades et consulats, ainsi que ceux de personnes ayant depuis acquis la nationalité malgache, sont exclus du dispositif.

Une survivance juridique de la colonisation

Le texte part d’un constat simple : l’indépendance politique de Madagascar n’a pas fait disparaître toutes les traces juridiques de la période coloniale dans le registre foncier.

Des terrains peuvent encore apparaître dans les documents officiels sous le nom de propriétaires étrangers enregistrés avant le 26 juin 1960. La nouvelle loi veut mettre un terme à cette situation en faisant entrer ces biens dans le patrimoine de l’État.

Pour les autorités malgaches, l’enjeu est d’abord celui de la souveraineté. Le législateur estime que des terres vacantes ou inexploitées, dont les titres remontent à la période coloniale, peuvent empêcher des projets d’intérêt public ou de développement.

La mesure ne revient donc pas à une simple révision administrative de vieux titres. Elle touche à une question particulièrement sensible à Madagascar : qui possède la terre, qui peut l’exploiter et au nom de quelle légitimité ?

Le 26 juin 1960 comme ligne de partage

La date choisie par le législateur n’est pas anodine.

Le 26 juin 1960 marque la fin de la domination française et l’accession de Madagascar à l’indépendance. En faisant de cette date le point de référence du dispositif, la loi cherche à séparer les situations foncières héritées de la colonisation de celles qui ont été régularisées après l’indépendance.

L’Assemblée nationale a présenté le texte comme un moyen de permettre le transfert immédiat à l’État malgache des terrains concernés. Elle a également insisté sur le cas des terrains vacants et non exploités.

Mais l’ancienneté d’un titre ne suffit pas à raconter l’histoire d’une terre.

Entre le propriétaire inscrit dans les archives et la réalité du terrain, plusieurs décennies ont pu passer. Une parcelle peut avoir changé d’occupant, être cultivée par une famille, être abandonnée ou faire l’objet d’un conflit. Le transfert juridique du titre ne fera donc pas disparaître automatiquement ces situations.

Une loi de souveraineté, mais pas encore une réforme agricole

C’est ici que la portée de la mesure doit être examinée avec prudence.

Le pouvoir présente cette réforme comme l’achèvement d’un processus de décolonisation foncière. L’expression a une force politique évidente : elle renvoie à une indépendance qui, dans le domaine de la propriété des terres, aurait laissé subsister des situations héritées de la domination coloniale.

Mais la question est de savoir ce que cette reconquête changera pour les Malgaches.

La principale difficulté foncière du pays ne se limite pas aux terrains encore enregistrés au nom d’étrangers depuis la colonisation. Elle concerne aussi la sécurisation des terres agricoles, l’accès des exploitants à la propriété, l’absence de titres pour de nombreux occupants et les conflits qui opposent régulièrement propriétaires, occupants et exploitants.

L’historien Solofo Randrianja, cité dans le dossier, invite précisément à ne pas surestimer la portée économique de la réforme. Selon lui, ces terrains ne représentent pas la majorité des terres utilisées par la population et la mesure ne touche pas le cœur des difficultés du secteur agricole.

Cette réserve est essentielle. Une réforme peut être historiquement symbolique sans être économiquement décisive.

Que fera l’État des terres récupérées ?

C’est probablement la question la plus importante après la décision de la Haute Cour.

Le transfert à l’État n’est qu’une première étape. Il faudra ensuite identifier les terrains concernés, vérifier les titres, déterminer leur situation réelle, traiter les éventuels occupants et décider de leur affectation.

Le choix sera politique.

Ces terres seront-elles attribuées à des agriculteurs malgaches ? Serviront-elles à des projets publics ? Seront-elles conservées dans le domaine de l’État ? Feront-elles l’objet de nouvelles concessions ?

Une mauvaise gestion pourrait transformer une mesure présentée comme une récupération du patrimoine national en une nouvelle source de contestations. À l’inverse, une redistribution transparente, accompagnée de titres sécurisés pour les bénéficiaires, pourrait donner à la réforme une portée bien plus large que celle annoncée aujourd’hui.

C’est à ce moment-là que la différence entre souveraineté foncière et politique foncière apparaîtra clairement.

La Haute Cour encadre le passage à l’État

Le texte ne prévoit pas un transfert sans distinction.

Les terrains appartenant à des représentations diplomatiques ou consulaires étrangères sont exclus. Il en va de même pour ceux qui ont déjà été transférés au nom de ressortissants malgaches et pour les biens de personnes étrangères ayant ensuite acquis la nationalité malgache, selon les conditions prévues par le texte.

La procédure doit également tenir compte des situations individuelles et des éventuels litiges. Le contrôle constitutionnel constitue donc une étape importante : il ne donne pas carte blanche à une opération indistincte sur l’ensemble du patrimoine foncier ancien.

La décision de la Haute Cour intervient dans le cadre du contrôle préalable auquel sont soumises les lois avant leur promulgation à Madagascar. La Constitution confie à la juridiction constitutionnelle le soin de vérifier leur conformité à la Loi fondamentale.

Le passé colonial revient par les registres fonciers

La portée politique de cette affaire tient aussi à ce qu’elle rappelle une réalité souvent oubliée : la fin d’une domination coloniale ne signifie pas nécessairement la disparition immédiate de toutes les structures juridiques qu’elle a laissées derrière elle.

À Madagascar, une partie de cette histoire demeure inscrite dans les titres fonciers.

Soixante-six ans après l’indépendance, l’État veut désormais reprendre la main sur ces biens. Le geste est fort. Mais la véritable décolonisation foncière ne se mesurera pas au nombre de titres changés dans les registres.

Elle se mesurera à ce qui arrivera aux hommes et aux femmes qui vivent sur ces terres.

Si les parcelles récupérées restent simplement dans les mains de l’administration, la réforme aura surtout produit un changement de propriétaire juridique. Si elles permettent à des agriculteurs d’obtenir des droits sécurisés, à des terres abandonnées de retrouver une utilité et à des conflits anciens de trouver une issue, alors le texte aura changé davantage que des noms sur des documents.

Une victoire juridique, un test politique

La Haute Cour a donné son feu vert. Le pouvoir malgache dispose désormais de l’outil juridique qu’il réclamait pour traiter les titres fonciers hérités de la période coloniale.

Mais cette victoire juridique ouvre un chantier autrement plus difficile : faire de la récupération des terres une politique utile à la population.

Le recensement des parcelles, la vérification des titres, la protection des occupants de bonne foi, le règlement des contentieux et l’affectation des terrains seront les véritables épreuves de la réforme.

Madagascar peut donc parler de décolonisation foncière. Il lui reste à démontrer que cette décolonisation ne s’arrêtera pas aux registres.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Soudan : derrière l’échec des négociations sur une trêve humanitaire, la bataille pour le Soudan de l’après-guerre

Officiellement, les discussions portent sur une trêve humanitaire de quatre-vingt-dix jours. Officieusement, elles engagent déjà l’avenir politique et militaire du Soudan. Sous médiation des États Unis d’Amérique, les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide ne s’opposent pas seulement sur les modalités d’un cessez-le-feu. Elles cherchent à imposer leur vision du pays qui émergera lorsque les armes se tairont. C’est ce qui explique, bien davantage que les divergences de procédure, pourquoi les négociations peinent à avancer.

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À première vue, le désaccord paraît limité. Les Forces armées soudanaises exigent que les Forces de soutien rapide quittent les villes qu’elles contrôlent avant toute entrée en vigueur d’une trêve. La milice paramilitaire refuse cette condition, estimant qu’elle reviendrait à reconnaître sa défaite avant même le début d’un dialogue politique.

Mais réduire l’impasse à cette seule question reviendrait à passer à côté de l’essentiel.

Depuis le début de la guerre en avril 2023, le contrôle des villes est devenu bien plus qu’un enjeu militaire. Il conditionne l’accès aux administrations, aux axes routiers, aux ressources économiques et, surtout, à la légitimité politique. Celui qui contrôle un territoire au moment où s’ouvrira une véritable négociation sur l’avenir du pays disposera d’un poids considérable dans la définition des nouvelles institutions.

L’armée soudanaise en est pleinement consciente. En exigeant le retrait préalable des Forces de soutien rapide, elle cherche à empêcher que la milice transforme ses conquêtes militaires en acquis politiques. Accepter un cessez-le-feu sans modification des lignes de front reviendrait, à ses yeux, à reconnaître un rapport de force qu’elle juge inacceptable.

Les Forces de soutien rapide font exactement le raisonnement inverse. Elles savent que les territoires qu’elles occupent constituent leur principal levier de négociation. Les abandonner avant toute discussion sur la transition politique reviendrait à renoncer au seul moyen de peser sur l’organisation du Soudan de demain.

Autrement dit, les deux camps discutent d’une trêve, mais pensent déjà à l’après-guerre.

Cette logique explique aussi l’évolution récente des combats.

Dans la région du Kordofan, les Forces armées soudanaises ont repris plusieurs positions stratégiques et consolidé leur contrôle de l’axe reliant El Obeid à Khartoum. Cette progression ne représente pas seulement un succès militaire. Elle renforce la conviction de l’état-major qu’il peut encore améliorer sa position avant d’accepter un compromis.

Les Forces de soutien rapide, malgré ces revers, poursuivent leurs attaques, notamment à l’aide de drones. Elles estiment manifestement qu’elles conservent une capacité suffisante pour empêcher l’armée d’imposer seule les conditions d’un règlement politique.

Chaque camp continue donc de croire que le temps peut jouer en sa faveur.

C’est précisément ce calcul qui fragilise les efforts de médiation conduits par Massad Boulos, conseiller principal des États Unis d’Amérique pour l’Afrique. Washington ne cherche pas uniquement à obtenir une pause dans les combats. La trêve proposée doit permettre l’ouverture de couloirs humanitaires, le retour d’une partie des populations déplacées et la création d’un climat suffisamment apaisé pour engager des discussions sur les questions les plus sensibles : la transition politique, la réforme des forces de sécurité et la réunification des institutions.

Cette stratégie repose toutefois sur une condition essentielle : que les deux belligérants acceptent de suspendre, au moins provisoirement, leur logique militaire. Or rien n’indique, à ce stade, qu’ils y soient disposés.

Les analystes observent d’ailleurs que les récents affrontements ont produit l’effet inverse. Les succès de l’armée confortent son refus de toute concession immédiate, tandis que les Forces de soutien rapide considèrent qu’un retrait sans contrepartie politique consacrerait leur marginalisation.

L’urgence humanitaire, pourtant considérable, ne suffit pas à modifier ces calculs.

Selon les Nations unies, 33,7 millions de personnes auront besoin d’une aide humanitaire au Soudan cette année. Des millions d’habitants ont été déplacés depuis le début du conflit et des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie. Malgré cette catastrophe, les considérations militaires continuent de l’emporter sur les impératifs humanitaires.

L’impasse actuelle ne traduit donc pas seulement l’échec d’une médiation. Elle révèle une réalité plus profonde : les deux principaux acteurs du conflit négocient déjà le Soudan de l’après-guerre sans être prêts à renoncer aux avantages qu’ils espèrent encore obtenir sur le champ de bataille. Tant que cette conviction guidera leurs décisions, chaque avancée militaire pèsera davantage qu’une proposition de paix, et la trêve humanitaire restera une perspective plus qu’une réalité.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Afrique : le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria veulent reprendre le contrôle de la richesse du cacao

Ils produisent l’essentiel du cacao consommé dans le monde, mais restent largement absents des segments les plus rentables de la filière. Le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria veulent désormais changer cette équation en renforçant leur coopération pour transformer davantage leur cacao sur le continent.

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Pendant des décennies, l’Afrique a occupé une place paradoxale dans l’industrie mondiale du chocolat : celle de premier fournisseur de matière première, mais de simple acteur secondaire dans la création de valeur. La nouvelle alliance entre les grands producteurs africains de cacao ambitionne de rompre avec ce modèle en développant la transformation locale, en améliorant les revenus des producteurs et en renforçant le poids du continent dans les négociations internationales.

Le constat est connu, mais il reste l’une des grandes anomalies de l’économie mondiale. L’Afrique produit environ 70 % du cacao mondial, principalement grâce à quatre pays : la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun. Pourtant, la majeure partie de la valeur générée par cette ressource échappe encore au continent.

La fève quitte généralement les plantations africaines sous forme brute ou faiblement transformée avant d’être acheminée vers les grands centres industriels européens, asiatiques ou nord-américains, où elle est transformée en poudre, beurre de cacao, chocolat et produits finis vendus à des prix bien plus élevés.

Cette organisation de la chaîne de valeur prive les pays producteurs d’une part importante des revenus générés par leur propre production. Le prix payé au planteur reste soumis aux fluctuations internationales, tandis que les entreprises positionnées sur la transformation, la distribution et la commercialisation captent l’essentiel des marges.

C’est contre cette dépendance historique que les quatre puissances cacaoyères africaines souhaitent agir. Leur rapprochement vise à créer davantage de synergies entre producteurs, à mutualiser certaines stratégies industrielles et à accélérer la transformation locale.

Pour le Cameroun, quatrième producteur africain, l’enjeu est particulièrement important. Le pays dispose d’un potentiel agricole considérable, mais la transformation demeure encore insuffisante par rapport au volume produit. Une meilleure intégration dans la chaîne industrielle permettrait de créer davantage d’emplois, de développer des compétences locales et d’augmenter les revenus liés à l’exportation.

Mais cette ambition se heurte à plusieurs obstacles. Transformer le cacao nécessite des investissements lourds : infrastructures industrielles, énergie stable, capacités logistiques, accès au financement et maîtrise technologique. Or, de nombreux pays africains continuent de faire face à des contraintes structurelles qui limitent leur capacité à rivaliser avec les grandes industries mondiales du chocolat.

La question du financement reste centrale. Les producteurs africains disposent rarement des mêmes capacités d’investissement que les multinationales qui dominent la transformation et la commercialisation. Sans une politique industrielle coordonnée, le risque est de voir la transformation locale rester limitée à quelques unités isolées sans véritable changement du rapport de force.

La bataille du cacao dépasse aujourd’hui la simple question commerciale. Elle pose celle de la souveraineté économique africaine.

Pendant longtemps, le continent a été enfermé dans un modèle d’exportation de matières premières : pétrole, minerais, café, coton ou cacao. Ce modèle a permis des recettes d’exportation, mais il a aussi maintenu une dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs et des industries étrangères.

Le cacao illustre parfaitement cette contradiction. Une ressource largement produite en Afrique contribue à alimenter une industrie mondiale du chocolat estimée à plusieurs centaines de milliards de dollars, alors que les communautés rurales qui cultivent cette matière première restent parmi les plus vulnérables.

La transformation locale apparaît donc comme un levier stratégique. Elle ne signifie pas seulement fabriquer du chocolat en Afrique, mais construire tout un écosystème : recherche agricole, industrie agroalimentaire, emballage, transport, commerce régional et accès aux marchés internationaux.

Cependant, l’expérience montre que les annonces de coopération économique africaine doivent être suivies d’actions concrètes. Plusieurs initiatives continentales ont déjà affiché l’objectif de transformer localement les ressources africaines, avec des résultats parfois limités en raison d’un manque de coordination entre États.

L’alliance entre les grands producteurs de cacao devra donc dépasser le symbole politique. Elle devra répondre à une question essentielle : comment passer d’une Afrique qui fournit le cacao à une Afrique qui maîtrise la valeur créée par ce cacao ?

Cette réflexion dépasse le seul secteur du chocolat. Elle rejoint un débat plus large sur la place de l’Afrique dans l’économie mondiale. Le continent dispose d’immenses ressources agricoles et minières, mais cherche encore le modèle permettant de transformer ces richesses en développement industriel durable.

Dans un contexte où les pays producteurs veulent davantage peser face aux grandes puissances économiques, la maîtrise des chaînes de valeur devient un enjeu stratégique majeur.

L’alliance annoncée entre le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria ouvre une nouvelle étape dans la recherche d’une plus grande autonomie économique africaine. Mais le véritable défi ne sera pas de produire davantage de cacao. Il sera de faire en sorte que la richesse créée par cette production profite davantage à ceux qui la rendent possible.

Le cacao pourrait ainsi devenir un symbole : celui d’une Afrique qui ne cherche plus seulement à exporter ses ressources, mais à transformer son propre avenir.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos

Zimbabwe : le report des élections à 2030 ouvre une confrontation institutionnelle

Au Zimbabwe, la réforme constitutionnelle portée par le président Emmerson Mnangagwa continue de provoquer une vive contestation. Promulgué le 7 juillet, le texte modifie en profondeur l’organisation des institutions et repousse de deux ans les prochaines élections générales. Alors que le pouvoir présente cette révision comme un gage de stabilité, l’opposition y voit une remise en cause de l’ordre constitutionnel établi en 2013.

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Adoptée par un Parlement largement dominé par la ZANU-PF, la réforme prolonge de cinq à sept ans la durée des mandats du président de la République et des députés. Les élections générales, attendues en 2028, sont désormais prévues pour 2030. Le gouvernement affirme que cet allongement permettra d’assurer une meilleure continuité de l’action publique, de réduire le coût des consultations électorales et d’offrir davantage de visibilité aux politiques de développement.

Ces explications peinent toutefois à convaincre les opposants. Pour eux, le report du scrutin prive les électeurs de leur droit de se prononcer à la date prévue par la Constitution. Plusieurs partis politiques, rejoints par des avocats et des organisations de la société civile, ont saisi la Cour constitutionnelle. Ils soutiennent que des dispositions touchant à la durée des mandats et au fonctionnement des institutions ne pouvaient être modifiées sans consultation populaire.

Le débat dépasse désormais le seul affrontement entre majorité et opposition. Des juristes rappellent que la Constitution de 2013 avait été élaborée à l’issue d’un long processus de négociation destiné à renforcer les contre-pouvoirs après des décennies de concentration de l’autorité présidentielle. À leurs yeux, la réforme rompt avec cet équilibre en modifiant des dispositions considérées comme structurantes pour la vie démocratique du pays.

Le malaise gagne également certains anciens soutiens du chef de l’État. Des vétérans de la guerre de libération, longtemps proches de la ZANU-PF, ont publiquement exprimé leur désaccord. Leur prise de position traduit des fractures inhabituelles au sein du camp présidentiel, où plusieurs voix s’interrogent sur les conséquences politiques d’un nouveau changement des règles institutionnelles.

Cette séquence intervient dans un contexte économique toujours difficile. Malgré une relative stabilisation monétaire, le Zimbabwe reste confronté à une forte pression sur le pouvoir d’achat, à un chômage important et à une faible confiance des investisseurs. Pour de nombreux analystes, ces difficultés alimentent une défiance qui dépasse le seul contenu de la réforme constitutionnelle.

Les partenaires internationaux suivent également l’évolution de la situation. Les organisations de défense des droits humains appellent les autorités à garantir le libre fonctionnement de la justice et à préserver les libertés publiques durant l’examen des recours. Jusqu’à présent, ni la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ni l’Union africaine n’ont pris de position ferme sur le fond de la réforme, privilégiant une observation prudente des développements politiques.

Le Zimbabwe rejoint ainsi la liste des pays africains où les règles constitutionnelles relatives à l’exercice du pouvoir font l’objet de profondes modifications. Ces révisions nourrissent un débat récurrent entre les partisans d’une stabilité institutionnelle accrue et ceux qui considèrent que la régularité des élections demeure le principal garant de l’alternance démocratique.

La décision de la Cour constitutionnelle sera déterminante. Si la réforme est validée, le calendrier politique du Zimbabwe sera durablement redessiné jusqu’en 2030. Dans le cas contraire, le pays pourrait s’engager dans une nouvelle phase d’incertitude institutionnelle, avec des répercussions qui dépasseront largement ses frontières.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Zimbabwe : le Parlement ouvre la voie à une prolongation du mandat d’Emmerson Mnangagwa jusqu’en 2030

Le Parlement zimbabwéen a franchi une étape décisive dans l’adoption d’une réforme constitutionnelle aux conséquences politiques majeures. Après l’Assemblée nationale, le Sénat a approuvé plusieurs amendements qui pourraient permettre au président Emmerson Mnangagwa de rester au pouvoir jusqu’en 2030. Le texte prévoit également une profonde évolution du mode de désignation du chef de l’État.

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Le Sénat a adopté mercredi le projet de réforme par 75 voix contre 4, quelques jours après son approbation par l’Assemblée nationale. Il ne reste désormais plus que la promulgation par le président pour que ces dispositions entrent en vigueur.

Parmi les mesures les plus significatives figure l’allongement de la durée des mandats présidentiels et parlementaires, qui passerait de cinq à sept ans. Réélu en 2023 pour un second mandat, Emmerson Mnangagwa pourrait ainsi demeurer à la tête du Zimbabwe jusqu’en 2030.

La réforme ne se limite toutefois pas à une extension des mandats. Elle prévoit également de confier au Parlement la désignation du président de la République, mettant fin à l’élection du chef de l’État au suffrage universel direct, en vigueur depuis 1987. Ce changement modifierait profondément l’équilibre institutionnel du pays.

Le projet a été porté par la ZANU-PF, qui dispose d’une confortable majorité dans les deux chambres du Parlement. Cette domination a facilité son adoption malgré les critiques de l’opposition et de plusieurs organisations de la société civile, qui dénoncent une concentration accrue du pouvoir et un recul des garanties démocratiques.

Ces derniers mois, plusieurs recours judiciaires et des campagnes de mobilisation ont été engagés pour tenter de freiner la réforme, sans succès. Human Rights Watch a également fait état d’allégations d’intimidations et de violences visant certains opposants au projet.

Arrivé au pouvoir en novembre 2017 après la chute de Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa, aujourd’hui âgé de 83 ans, avait été élu une première fois en 2018 avant d’être reconduit en 2023. Jusqu’à présent, la Constitution limitait le président à deux mandats de cinq ans.

Le gouvernement défend cette réforme au nom de la stabilité politique et de la continuité de l’action publique. Pour ses détracteurs, elle traduit au contraire une volonté de renforcer durablement l’emprise du parti au pouvoir sur les institutions. Si les amendements sont promulgués, le Zimbabwe s’engagera dans une transformation majeure de son système politique, dont les effets dépasseront largement la seule question de la durée du mandat présidentiel.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Au Cameroun, le pape Léon XIV évoque la corruption devant les autorités : la portée politique d’une parole religieuse

La scène se déroule au palais présidentiel de Yaoundé. Devant les responsables politiques camerounais, le pape Pape Léon XIV prononce une formule brève mais lourde de sens : il appelle à « briser les chaînes de la corruption ». Quelques mots seulement, mais choisis pour être entendus bien au-delà de la cérémonie officielle.

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Le déplacement du souverain pontife au Cameroun a pris une dimension particulière lorsque son discours s’est adressé aux institutions. Cette prise de parole éclaire le rôle croissant du Saint-Siège dans les débats sur la gouvernance, la responsabilité publique et la confiance entre citoyens et dirigeants.

Le protocole d’une visite pontificale obéit à des codes précis. Les rencontres avec les fidèles relèvent du registre spirituel ; celles avec les autorités appartiennent à la diplomatie. Le discours prononcé à Yaoundé se situe clairement dans ce second registre. Le pape a évoqué la transparence, la solidité des institutions et la responsabilité des dirigeants, des thèmes rarement présents dans une homélie mais familiers des tribunes internationales.

Ce choix n’a rien d’exceptionnel dans la pratique du Vatican. Depuis plusieurs années, la parole pontificale se déploie sur des sujets liés à la vie publique : pauvreté, migrations, environnement, inégalités. La question de la corruption s’insère dans cette continuité. Elle renvoie à la manière dont les ressources sont gérées, à la confiance des citoyens et à la capacité des institutions à produire de la stabilité.

L’Afrique occupe une place centrale dans ces déplacements. Le continent connaît une croissance démographique rapide et une forte vitalité religieuse. L’Église catholique y demeure un acteur social important, présent dans l’éducation, la santé et l’action humanitaire. Cette présence donne à la parole pontificale une résonance particulière lorsqu’elle aborde des sujets liés à la vie publique.

Le Vatican ne dispose ni d’armée ni de puissance économique. Son influence passe par la parole et par la continuité de sa présence diplomatique. La retenue du vocabulaire n’est pas une précaution de circonstance mais une méthode éprouvée. Aucun responsable n’est nommé, aucune accusation n’est formulée. Le message reste général, ce qui permet de l’entendre dans d’autres capitales sans provoquer de rupture diplomatique.

Cette manière de procéder répond à une réalité plus large. Dans de nombreuses régions du monde, la confiance envers les institutions politiques s’est fragilisée. Les attentes sociales demeurent fortes tandis que les capacités des États sont souvent contestées. Dans cet espace, la parole religieuse peut apparaître comme une voix extérieure au jeu politique, capable de rappeler des principes sans entrer dans la confrontation.

La déclaration prononcée à Yaoundé dépasse ainsi la situation nationale. Elle rejoint un débat global sur la qualité des institutions, la responsabilité des dirigeants et la relation entre pouvoir et citoyens.

Le rôle des acteurs religieux dans les affaires publiques évolue. Leur influence repose moins sur la pratique religieuse que sur leur capacité à intervenir dans les questions sociales et politiques qui traversent les sociétés contemporaines. Cette évolution redéfinit la place du Vatican dans les relations internationales.

En appelant à « briser les chaînes de la corruption », le pape a livré un message bref, mais destiné à durer. Sa portée dépasse la visite officielle et rappelle que la gouvernance demeure aussi une affaire de confiance et de responsabilité. Une parole religieuse, prononcée dans un cadre diplomatique, dont l’écho dépasse les frontières camerounaises.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Taza : le rappeur Souhaib Qabli condamné à 8 mois de prison pour ses chansons

Le rappeur Souhaib Qabli a été condamné en première instance à huit mois de prison ainsi qu’à une amende de 1 000 dirhams, jeudi soir à Taza. Le tribunal l’a reconnu coupable de « violation du devoir de respect envers une institution constitutionnelle par un moyen électronique remplissant les conditions de la publicité » ainsi que d’« outrage à une personne morale ».

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Burkina Faso : au moins 12 morts dans une nouvelle attaque attribuée à des groupes djihadistes

Au moins douze personnes ont été tuées lors d’une attaque attribuée à des groupes djihadistes dans le centre-est du Burkina Faso, selon des sources locales et sécuritaires. Parmi les victimes figurent neuf membres des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), une force civile engagée aux côtés de l’armée.

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Afrique du Sud : le nouvel ambassadeur américain convoqué pour des « propos non-diplomatiques »

Le ministre sud-africain des Affaires étrangères Ronald Lamola a convoqué mercredi le nouvel ambassadeur des Etats-Unis en Afrique du Sud Brent Bozell, pour qu’il s’explique sur des propos jugés « non-diplomatiques », moins d’un mois après avoir pris ses fonctions à Pretoria.(Source : AFP).

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Sénégal : la candidature de Macky Sall pour le poste de secrétaire général de l’ONU divise la classe politique

L’ancien président sénégalais Macky Sall est officiellement candidat au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU). Il fait partie des trois prétendants appelés à succéder à Antonio Guterres en janvier prochain.

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