Instaurées à la suite du coup d’État du 26 juillet dernier, les sanctions ont fortement impacté le budget et l’économie de du Niger. Néanmoins, ce pays, affichant l’un des indices de développement humain les plus bas, démontre une résilience supérieure aux attentes. (Avec RFI).
Les comptes de l’État gelés à la BCEAO, l’incapacité de lever des fonds sur les marchés régionaux, la suspension des financements extérieurs représentant plus de 7 % du PIB : telles sont les sanctions imposées au Niger depuis le coup d’État en juillet 2023. Malgré cela, l’État nigérien a démontré une résilience qualifiée de « remarquable » par un économiste d’une grande institution, selon des informations recueillies par RFI.
Privé de l’accès à ses comptes à la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCÉAO), l’État a instauré la collecte des taxes et impôts en espèces. La coupure de 70 % de l’électricité provenant du Nigeria a incité le Niger à réagir rapidement en développant des alternatives, notamment par l’expansion de centrales thermiques, avec une mise à profit notable de la nouvelle centrale solaire Gorou Banda. Les résultats des prochaines récoltes devraient fournir des indications importantes sur la santé du secteur agricole et les impacts économiques du pays.
Les préoccupations actuelles se concentrent principalement sur le secteur financier. Bien que les banques privées aient encore un accès partiel au marché régional pour maintenir un niveau minimal de liquidité, elles détiennent 14 % de la dette du Niger. Cependant, l’État accumule des retards de paiement, comme le souligne l’agence de notation « Moody’s », qui a déjà déclassé la note du Niger en août dernier. Des retards de paiement envers les banques jusqu’à ceux envers les bailleurs internationaux, le total des impayés est estimé à 458 millions de dollars.
Une partie de cette dette arrive à échéance le 31 janvier. Si jamais le Niger n’était pas en mesure de rembourser ces obligations, qui pourraient être requalifiées en « prêts non performants », ce qui aurait des impacts sur la solvabilité de l’État. Mais aussi sur ses voisins qui pourraient par contagion voir leurs conditions d’emprunts également se dégrader.
Le Premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, a été accueilli à Téhéran par le vice-président iranien Mohammad Mokhber. Les deux nations ont convenu d’ouvrir des ambassades et de renforcer leur coopération, comme l’a rapporté notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi. Le vice-président iranien a condamné les sanctions contre le Niger, annonçant que l’Iran aiderait le pays à les contourner. Il est à noter que Téhéran est lui-même soumis à d’importantes sanctions états-uniennes et européennes en raison de ses programmes nucléaire et balistique. Mohammad Mokhber a également salué la constitution d’un «gouvernement indépendant» après le coup d’État au Niger
Des accords de partenariat ont été signés entre les deux pays dans les domaines de l’énergie, de la santé et des finances. Ces derniers mois, l’Iran a affirmé son soutien aux nouveaux dirigeants qui ont pris le pouvoir au Mali, au Burkina Faso et au Niger après des coups d’État. En septembre dernier, en recevant le ministre nigérien des Affaires étrangères, le président iranien Ebrahim Raïssi, avait « fait l’éloge de la résistance de ces pays africains » face aux « politiques hégémoniques européennes ».
Aucune information n’a été donnée sur une éventuelle coopération militaire entre Téhéran et Niamey mais l’Iran cherche à renforcer sa présence en Afrique, notamment en vendant des armes classiques mais aussi des drones aux différents pays du continent.
Avant Téhéran, le Premier ministre nigérien s’était rendu en Russie et en Turquie.
Joseph Kouamé