Vérif’Infos : Non, Vladimir Putin n’a pas signé un décret déclarant la vente « illégale » de l’Alaska aux Etats-Unis d’Amérique

Vladimir Putin aurait signé un décret pour vendre l’Alaska aux États-Unis d’Amérique. La rumeur s’est propagée rapidement sur TikTok et « X », au point que le ministère des Affaires étrangères états-unien a été interrogé à ce sujet. (Avec 20 minutes).

Une fausse rumeur s’est répandue rapidement sur « X » et TikTok, affirmant que le président russe aurait signé un décret déclarant illégale la vente de l’Alaska en 1867.Mais cette information est fausse.

En guise de preuve, de nombreux internautes ressortent un décret signé par le chef de l’État russe, disponible sur un site officiel. Cependant, ce décret ne fait aucune mention de l’Alaska ni ne qualifie aucune vente de manière « illégale ».

Faisons le point :

Daté du 18 janvier 2024, ce texte vise à désigner une entreprise publique, baptisée « l’entreprise de gestion des biens immobiliers à l’étranger », comme bénéficiaire de subventions destinées à couvrir financièrement les « coûts associés à la recherche de biens immobiliers de la Fédération de Russie, de l’ancien Empire russe et de l’ancienne URSS ». En outre, le texte charge cette entreprise de prendre en charge les dépenses liées à « l’enregistrement correct des droits de la Fédération de Russie sur les biens immobiliers fédéraux existants de la Fédération de Russie ».

A aucun moment, le texte ne parle d’une « vente illégale » de l’Alaska en 1867. « La Russie allouera des fonds à un effort visant à trouver, enregistrer et assurer la protection juridique des biens russes à l’étranger, y compris les biens de l’Union Soviétique et de l’Empire russe», résume l’agence de presse russe Tass, dans une dépêche publiée en anglais au lendemain de la parution du décret. L’agence se montre plus précise en russe : elle ajoute que depuis 2015 deux organismes étaient déjà en charge de la « recherche, l’enregistrement et la protection des biens immobiliers étrangers dans la Fédération de Russie ».

Faut-il toutefois voir dans ce texte, qui mentionne un effort de recherche des biens immobiliers de l’ancien Empire russe, une allusion à l’Alaska ? «C’est une guerre d’information, explique à « 20 Minutes » Galia Ackerman, écrivaine spécialiste de la Russie. On comprend ce que l’on veut. L’ancien empire russe, ça peut aussi dire la Pologne, la Finlande… »

Le texte pourrait aussi être une réponse aux Finlandais et aux Lettons. L’année dernière, les autorités finlandaises ont saisi un centre russe, rappelle l’édition russe du magazine « Forbes », tandis que le parlement letton a voté un projet de loi prévoyant de saisir et vendre un autre centre russe.

En Russie, des voix s’élèvent ponctuellement pour réclamer le retour de l’Alaska au sein de la « mère patrie ». « Il y a une chanson pour enfants qui dit que l’Alaska et les Kouriles [des îles disputées entre la Russie et le Japon] sont à nous », souligne Galia Ackerman. La chanson, popularisée par une députée du parti de Vladimir Putin en 2017 et dédiée à « oncle Vova » [Vladimir Putin], avait reçu un accueil mitigé.

Les Etats-Unis d’Amérique ont eux aussi leur opinion sur la question. « Je pense pouvoir parler au nom de tous les membres du gouvernement américain en disant qu’il [Vladimir Putin] ne le récupérera pas », a rétorqué, ce lundi 22 janvier, le porte-parole du département d’Etat, fermant la porte à toute velléité russe, supposée ou réelle, sur l’Alaska.

Un fait, concernant l’Alaska et son changement de propriétaire reste, lui, invariable : ce sont deux empires – l’empire Russie tsariste et l’empire des Etats-Unis d’Amérique – qui ont réalisé cette tractation financière qu’aucune réelle Démocratie ne se permettrait de faire, car à chaque terre est lié une population, un peuple, et que vendre et/ou acheter une terre, c’est aussi faire de sa population un simple « accessoire », une pure marchandise, qui n’a même pas le droit de décider de quel pays elle se sent faire partie.

Joseph Kouamé & Christian Estevez

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