La CEDEAO perçoit une menace imminente pour son avenir et cherche à engager des négociations à la suite du retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger

Suite à l’annonce historique du retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’organisation sous-régionale, ayant suspendu ces trois pays, plaide en faveur d’une « solution négociée ». L’analyse suggère que la CEDEAO n’est pas actuellement en position de force.

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) s’est déclarée prête, dimanche 28 janvier, dans un communiqué, à trouver «une solution négociée» après l’annonce de retrait de l’organisation du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Ces trois pays sont «des membres importants de la Communauté» qui «reste engagée à trouver une solution négociée à l’impasse politique» créée par l’annonce de leur retrait dimanche dans un communiqué commun. La Cedeao dit attendre encore «la notification formelle et directe» de cette décision.

Timothy Kabba, ministre des Affaires étrangères de la Sierra Leone, membre de la mission de médiation de la CEDEAO au Niger, considère que le retrait pourrait entraîner une déstabilisation régionale. La Sierra Leone est l’un des quinze pays membres de ce bloc régional.

« C’est une nouvelle assez inquiétante, bien qu’elle soit attendue parce que ces trois pays avaient laissé entendre, l’année dernière, qu’ils allaient former l’Alliance des États du Sahel, ce qui signifie qu’ils allaient se retirer du bloc. Mais la Cédéao saisira l’occasion pour s’assurer que ces membres importants de notre communauté ne se retirent pas et ne sortent pas de la communauté. Cette décision est une menace pour la paix, la sécurité et la stabilité de toute la communauté parce que ces trois pays sont confrontés non seulement à leur instabilité politique, mais aussi aux groupes terroristes comme le mouvement al-Qaïda et Daech et, donc, c’est un peu inquiétant si ces pays font cavalier seul. » a déclaré Timothy Kabba à « RFI ».

« Mais le processus lui-même exige que tout pays désireux de se retirer doit exprimer formellement sa demande auprès de la Cédéao et qui sera ensuite examiné dans un délai d’un an. Mais pendant cette période, cet État doit continuer à se conformer à ses obligations. J’espère donc que la demande de retrait sera retirée, étant donné que notre sécurité collective est cruciale. » a-t-il ajouté.

La décision de retrait de la CEDEAO pourrait avoir des conséquences sur la circulation des personnes et des biens, sur les exonérations commerciales et l’obligation de ces populations de trois pays à payer des titres de séjour au sein de l’espace CEDEAO. Ce retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger ne serait pas non plus sans conséquence pour la CEDEAO parce que l’organisation sous régionale va perdre en superficie 2 781 000 km2 sur ses 5 113 000km2, soit 54,39%. C’est-à-dire plus de la moitié de sa superficie. C’est également quelque 75 millions de consommateurs que la CEDEAO va perdre si jamais ce retrait est acté.

Après cette annonce, le Mali, le Niger et le Burkina Faso devront notifier leur décision de retrait au secrétariat exécutif de la CEDEAO conformément à l’article 91 du traité de retrait. Selon cette disposition de la CEDEAO, si cette notification n’est pas retirée dans un délai d’un an, cet Etat cesse d’être membre de la Communauté. « Au Cours de cette période d’un an visée au paragraphe précèdent, cet Etat membre continue de se conformer aux dispositions du présent Traité et reste tenu à s’acquitter des obligations qui l’incombent en vertu du présent Traité », précise l’article 91 du traité de la CEDEAO.

Il y a 49 ans, précisément en mai 1975, le Mali, le Niger et Burkina Faso créaient, avec douze de leurs pairs, à Lagos (Nigeria), la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). L’objectif des pères fondateurs visaient à réaliser l’intégration entre les Etats de la sous-région qui se sont transformés plus tard par les idéaux de fraternité, de solidarité, d’entraide, de paix et de développement. Aujourd’hui, le Mali, le Niger et le Burkina Faso, menacés dans leur existence par des attaques terroristes, ne s’y se retrouvent plus. En contrepartie, ils ont lancé l’Alliance des Etats du Sahel qui vise pratiquement les mêmes objectifs que la CEDEAO.

Joseph Kouamé

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