Bien que le parti « Move Forward » ait remporté les élections législatives de mai 2023, il est exclu du pouvoir et se voit retirer sa principale proposition programmatique, faisant face à la menace de dissolution, pour avoir osé prévoir de faire disparaître le « crime de lèse-majesté ».
Le mercredi 31 janvier dernier, la Cour constitutionnelle a interdit au parti « Move Forward » de poursuivre ses efforts en faveur de la réforme de l’article 112 du Code pénal, sanctionnant toute atteinte à la famille royale. Cette décision est perçue comme une victoire pour l’establishment et un revers majeur pour le mouvement réformateur, selon l’analyse de la presse.
Le parti « Move Forward » était largement arrivé en tête des élections de mai 2023 en faisant campagne sur une réforme de la loi sur le crime de lèse-majesté, une des plus sévères au monde. Mercredi 31 janvier, les neuf juges de la Cour constitutionnelle lui ont ordonné, à l’unanimité, de cesser toute référence à cette loi, rapporte le « Bangkok Post ». Les sages, poursuit le quotidien anglophone, “estiment que faire campagne sur ce thème est considéré comme une tentative de renversement de la monarchie constitutionnelle”.
Dans sa décision, la Cour constitutionnelle n’a pas explicitement appelé à la dissolution du parti, comme le souligne « Thai PBS World ». Cependant, le parti reste exposé à une éventuelle décision en ce sens. Selon « Nikkei Asia », une dissolution éventuelle de « Move Forward » pourrait entraîner une interdiction d’exercer une activité politique pendant plusieurs années pour son comité exécutif. Dans le scénario le plus grave, l’association de défense des droits Humains, « Human Rights Watch », citée par le » Bangkok Post », exprime sa crainte que les 44 députés de « Move Forward », signataires de la proposition d’amendement de l’article 112 sur le crime de lèse-majesté, soient potentiellement bannis à vie de la vie politique.
Le mouvement, qui incarne les espoirs de la jeunesse thaïlandaise, avait proposé d’esquisser une réforme de l’article 112 du code pénal qui punit de « trois à quinze ans de prison » quiconque « diffame, insulte ou menace » le roi, mais aussi la reine, le prince héritier, le régent, ainsi que, dans certains cas, les précédents monarques, voire les animaux domestiques appartenant à des membres de la famille royale.
La Cour constitutionnelle thaïlandaise, réputée pour ses vues conservatrices, a estimé à l’unanimité que la proposition phare de « Move Forward », consistant à réformer la législation sur le crime de lèse-majesté, présentait le risque de « séparer la monarchie de la nation thaïlandaise, ce qui est très dangereux pour la sécurité de l’Etat ». Le jeune parti est donc sommé d’« abandonner immédiatement » sa proposition.
En 2020, rappelle « Nikkei Asia », « Future Forward », dont « Move Forward » est officieusement issu, avait été dissous, et trois de ses dirigeants avaient été bannis pour dix ans de la vie politique. La décision avait fait descendre des milliers de personnes dans les rues.
Joseph Kouamé
Une réflexion sur « Thaïlande : la Cour constitutionnelle proscrit toute discussion sur le crime de lèse-majesté, suscitant la désapprobation des réformateurs. »