Allemagne : en période de crise économique, la production industrielle subit un effondrement

Selon » Destatis », l’Office de statistique allemand, l’indice de la production industrielle en Allemagne a diminué de 1,6% entre novembre et décembre, avec une contraction de 1,5% sur l’ensemble de l’année. Ces chiffres soulignent les difficultés économiques persistantes en Allemagne, exacerbées par la crise de l’énergie. (Source : AFP).

L’Allemagne fait face à une nouvelle déconvenue, avec une contraction de 1,6% de sa production industrielle en données corrigées des variations saisonnières et calendaires sur un mois. Cette baisse succède à un repli de 0,2% en novembre, chiffre révisé par l’Office de statistique allemand « Destatis ». C’est le septième mois consécutif de contraction pour ce secteur vital de la première économie européenne, dépassant les prévisions des analystes sondés par « Factset » qui tablaient sur un recul moins marqué de 0,35%. De manière plus significative, sur l’ensemble de l’année écoulée, l’industrie allemande, contribuant à hauteur de 20% à la richesse nationale, a enregistré une contraction de 1,5%, restant en deçà des niveaux d’avant la pandémie de Covid-19, selon « Destatis ».

En décembre, la production industrielle (industrie manufacturière hors énergie et construction) a diminué de 1,5% sur un mois, et en son sein les entreprises gourmandes en énergies ont produit 5,8% de moins. Le recul est de 5,2% pour les biens intermédiaires et de 0,9% pour les biens de consommation. Le secteur de l’énergie a en revanche enregistré une hausse significative (+4,1%), tout comme l’automobile (+4,0%).

Sur l’ensemble de l’année, les chiffres sont encore plus inquiétants. Les industries énergivores ont notamment baissé en 2023 (-10,2% sur un an), la chimie voyant en particulier sa production annuelle retomber à «son plus bas niveau depuis 1995 », note l’office. Depuis mai 2023, la production du secteur manufacturier « diminue ou stagne », relève Jens-Oliver Niklasch, économiste chez « LBBW », l’activité étant handicapée par les taux d’intérêt élevés et la chute de la demande globale.

Et ces chiffres de production ne font que corroborer d’autres données témoignant des difficultés de l’Allemagne. L’économie outre-Rhin est notamment entrée en récession en 2023, avec une chute de 0,3% du produit intérieur brut (PIB), a indiqué mi-janvier « Destatis ». Ce recul attendu du PIB de la première économie européenne succède à une croissance de 1,8% en 2022, selon des données corrigées des variables de prix.

Le pays fait nettement moins bien que la moyenne de l’UE, qui a atteint 0,5% en 2023, avec des hausses marquées pour la France, l’Espagne ou l’Italie. La troisième économie mondiale est également à la traîne des autres grands pays industriels, comme les Etats-Unis d’Amérique ou le Royaume-Uni.. « L’évolution économique globale a marqué le pas dans un environnement toujours marqué par les crises, notamment la crise énergétique et les tensions géopolitiques », avait commenté, en janvier dernier, Ruth Brand, la présidente de l’institut « Destatis ». L’industrie allemande a été d’abord plombée tout au long de l’année par une demande intérieure atone, en raison de l’inflation et des hausses de taux d’intérêt de la Banque centrale européenne (BCE).

Sur l’ensemble de l’année 2023, l’inflation a progressé de 5,9% en Allemagne, après 6,9% en 2022, qui était la valeur la plus élevée depuis le choc pétrolier de 1973. De leur côté, les taux directeurs sont passés de 0% début 2022 à 4-4,75% aujourd’hui, renchérissant le coût de l’endettement. L’industrie a aussi été pénalisée par des exportations moins dynamiques, sur fond de tensions géopolitiques et de plus faibles demandes en produits allemands en Chine et aux Etats-Unis d’Amérique.

Mais surtout, les prix de l’énergie restent relativement élevés pour l’industrie face à ses concurrents internationaux. Certaines activités les plus énergivores, comme la chimie, peinent à retrouver leur niveau de production d’avant la guerre en Ukraine. « L’année 2023 a été turbulente, avec une économie en mode crise permanente », résume Carsten Brzeski, analyste pour la banque ING.


Un gouvernement qui peine à réagir

Les conséquences de la récession commencent déjà à s’entrevoir. En difficultés, les entreprises recrutent moins, le chômage remonte en Allemagne et se rapproche désormais des 6%, en stagnant néanmoins depuis novembre autour de 5,8%.

Le gouvernement apparaît donc comme ayant un rôle central pour maintenir son économie à flot, sauf que les crises se succèdent. Pour rappel, la Cour constitutionnelle allemande a annulé, mi-novembre 2023, le transfert de 60 milliards d’euros de crédits inutilisés provenant de la pandémie, dans une enveloppe dédiée à des investissements verts et un soutien à l’industrie. Elle avait en effet estimé que le gouvernement d’Olaf Scholz avait enfreint les strictes règles budgétaires, en effectuant cette réaffectation des dépenses. Résultat, les budgets 2023 et 2024 devaient être revus. Cette décision a provoqué la zizanie entre les trois partis de la coalition du gouvernement allemand : les formations de gauche (sociaux-démocrates et écologistes), favorables à des dépenses publiques accrues, et le Parti libéral (FDP), partisan de la rigueur.

Vers une reprise en 2024?

De meilleurs jours pourraient cependant venir dans quelques mois pour la production allemande. La forte augmentation des nouvelles commandes au mois de décembre, tel que communiqué, ce mardi 6 février, laisse espérer un renversement de tendance au cours de la nouvelle année. Une reprise de la production portée par une reprise domestique « ne devrait commencer que plus tard dans l’année », conclut le ministère de l’Economie dans un communiqué séparé.

Mais rien n’est certain, si le gouvernement allemand prévoit une reprise de la croissance à +1,3% l’an prochain quand le Fonds monétaire international (FMI) présage un rebond de 0,5%, l’Institut économique « IW » table, lui, sur une baisse du produit intérieur brut (PIB) de 0,5% en 2024

Si reprise il y a, donc, elle serait favorisée par un recul progressif de l’inflation – attendue à 2,6% en 2024, puis 2% en 2025, contre 6,1% en moyenne cette année – et un marché du travail robuste.

Didier Maréchal

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