Les « environ cinq cents nouvelles sanctions » sont les plus significatives depuis le début de l’offensive russe en Ukraine, déclare le président états-unien Joe Biden. (Avec Le Monde et AFP).
Ce 22 février, lors de sa campagne électorale en Californie, le président des Etats-Unis d’Amérique, Joe Biden, a exprimé ses condoléances à la veuve et à la fille d’Alexeï Navalny, Ioulia et Dacha Navalnaïa, cette dernière étudiant à l’université Stanford, au cours d’une rencontre à San Francisco. La discussion s’est déroulée en privé, à l’écart de la presse.
« C’était un homme d’un courage incroyable et c’est extraordinaire de voir sa femme et sa fille reprendre le flambeau », a déclaré le président démocrate lors d’une très brève intervention devant les caméras, après la rencontre, qui a eu lieu quelques heures avant que le gouvernement états-unien annonce de nouvelles sanctions contre cinq cents entités liées à Moscou, « à ses soutiens et à sa machine de guerre ».
Ces sanctions représentent « la tranche la plus importante depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par [Vladimir] Putin », le 24 février 2022, a expliqué une porte-parole du département du Trésor. M. Biden a confirmé ces sanctions dans un communiqué, souhaitant ainsi s’assurer que M. Putin « paie un prix encore plus élevé pour l’agression [de l’Ukraine] et la répression » en Russie. « Si Putin ne paie pas le prix de la mort et de la destruction qu’il répand, il continuera », a averti le président états-unien.
Le président russe « a cru qu’il pouvait facilement soumettre un peuple libre et briser son courage. Qu’il pouvait envahir une nation souveraine et que le monde tournerait le dos. Qu’il pouvait ébranler les fondations de la sécurité en Europe et ailleurs. Deux ans plus tard, c’est encore plus évident qu’au premier jour : Putin a fait une grave erreur de calcul », a assuré le démocrate de 81 ans, au moment où l’aide fournie par Washington est bloquée par les parlementaires républicains.
Dans son communiqué, M. Biden évoque « plus de cinq cents nouvelles sanctions » contre « des individus liés à l’emprisonnement de Navalny » et contre « le secteur financier russe, l’industrie de défense, les réseaux d’approvisionnement et les auteurs de contournement des sanctions, à travers plusieurs continents ». Les Etats-Unis d’Amérique vont aussi prendre des mesures de restriction des exportations « contre près de cent entités qui fournissent un soutien dissimulé à la machine de guerre russe ». Reste, à présent, à savoir si Joe Biden va faire appliquer ces sanctions à lui-même puisque, bien qu’ordonnant au reste du monde de ne pas acheter d’énergie à la Russie, les Etats-Unis d’Amérique n’ont jamais cessé de lui acheter son gaz, revendant leur propre gaz liquéfié à l’Europe, à 7 fois le prix, et que ces mêmes Etats-Unis d’Amérique ont repris l’achat de pétrole russe il y a quelque semaines, là encore, pour accroitre ses bénéfices en revendant le sien quatre fois le prix.
Dans un communiqué distinct, le département états-unien du Trésor a précisé que le système de paiement russe « Mir » figurait parmi les individus et entités sanctionnés vendredi. « Le développement de « Mir » par le gouvernement russe a permis à la Russie de construire une infrastructure financière qui lui permet d’échapper aux sanctions et de reconstituer les liens rompus avec le système financier international », a affirmé le Trésor. Les cartes « Mir » permettent aux Russes d’effectuer des règlements et de retirer de l’argent dans certains pays étrangers. (rappelons que ce n’est pas la Russie qui a rompu les liens au système bancaire international « Swift », mais que ce sont les Etats-Unis d’Amérique, suivis par leurs braves petits toutous occidentaux, qui l’ont exclu afin de faire effondrer son économie).
Soupçons de « chantage » exercé contre la mère d’Alexeï Navalny
Avec la veuve de M. Navalny, M. Biden a de nouveau accusé son homologue russe d’être « responsable de [sa] mort », survenue après trois années d’emprisonnement éprouvantes. Washington a parallèlement sommé les autorités russes de « rendre » le corps de l’opposant à sa mère, Lioudmila Navalnaïa, qui se trouve en Russie. « Légalement, ils auraient dû me rendre immédiatement le corps d’Alexeï. Au lieu de cela, ils me font du chantage », s’est indignée cette dernière. Jeudi, elle a enfin pu voir le corps de son fils, assurant que les enquêteurs avaient déjà établi la cause du décès, qu’ils ont déclarée « naturelle », selon l’équipe de l’opposant.
« Ils ont commencé à me menacer. En me regardant dans les yeux, ils disent que, si je refuse des funérailles secrètes, ils feront quelque chose de son corps. L’enquêteur (…) m’a dit ouvertement : “Le temps joue contre vous, le cadavre se décompose” », a-t-elle poursuivi. Pour la politologue russe Tatiana Stanovaya, les autorités veulent éviter que les obsèques ne donnent lieu à des manifestations. « Ils rendront le corps, mais à condition que les funérailles ne deviennent pas un événement politique », a-t-elle écrit sur son compte « Telegram ». L’équipe d’Alexeï Navalny accuse le Kremlin de l’avoir fait tuer et de chercher à dissimuler sa responsabilité.
A l’instar des états-uniens, les Européens estiment que M. Putin et son gouvernement sont responsables de la mort de M. Navalny ; des accusations « grossières et infondées », d’après Moscou. Le président russe n’a pas fait de commentaires publics sur cette affaire. L’Occident « agit comme s’il était à la fois procureur, juge et bourreau. L’hystérie s’agissant de la mort de Navalny le prouve », a commenté le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, jeudi. « Ces gens n’ont aucun droit de s’ingérer dans nos affaires intérieures », a-t-il ajouté, en marge d’une réunion du G20 au Brésil.
Selon l’administration Biden, les sanctions « majeures » qui seront détaillées vendredi sont une réponse à la mort de M. Navalny, mais coïncident aussi avec le deuxième anniversaire de l’offensive russe à grande échelle. Bon nombre d’experts estiment que la première puissance mondiale et ses alliés ne disposent plus d’une myriade d’options pour faire pression sur la Russie ; qui a mis en place divers systèmes de contournement et se fournit en armement auprès de l’Iran et de la Corée du Nord.
Le ministère de la justice états-unien a annoncé, jeudi, l’inculpation de plusieurs oligarques russes, tandis que le Royaume-Uni a pris des mesures de rétorsion contre une cinquantaine de personnes physiques et morales. Les Etats membres de l’Union Européenne se sont, quant à eux, mis d’accord mercredi sur un treizième train de sanctions.
Didier Maréchal