L’Inde lance la mise en œuvre d’une loi sur la citoyenneté qui exclut les musulmans

Le gouvernement du premier ministre indien Narendra Modi a annoncé, ce lundi 11 mars, des règles pour mettre en œuvre une loi de 2019 sur la citoyenneté qui exclut les musulmans, quelques semaines avant que le dirigeant nationaliste hindou ne brigue un troisième mandat.

À l’approche des élections générales, le Premier ministre indien, Narendra Modi, cherche à diviser le pays avec une réforme qui introduit, pour la première fois, un critère religieux dans le processus d’obtention de la nationalité.

À l’approche des élections nationales prévues au printemps, le calendrier semble dicté par des considérations politiques. Ce lundi 11 mars, le gouvernement indien a annoncé la mise en œuvre d’une loi considérée comme stigmatisante à l’égard des musulmans, en leur refusant des droits accordés aux autres religions. Cette réforme sur la citoyenneté, adoptée par le Parlement en décembre 2019 mais jamais mise en application, avait déclenché une vaste mobilisation à travers le pays, avec trois mois de manifestations qui s’étaient conclues dans la violence, marquées par des pogroms antimusulmans déclenchés par des extrémistes hindous dans le Nord de Delhi, causant la mort de cinquante-trois personnes.

Ce lundi 11 mars, le ministre de l’Intérieur, Amit Shah, a annoncé, via le réseau social « X », qu’il notifiait les règles d’application de la loi. Ce texte vise à régulariser les réfugiés appartenant aux minorités religieuses persécutées dans les pays voisins à majorité musulmane – le Pakistan, le Bangladesh et l’Afghanistan et étant entrés légalement ou illégalement en Inde avant fin 2014. Il liste ainsi les religions éligibles à la naturalisation, telles que les hindous, les parsis, les sikhs, les bouddhistes, les jaïns et les chrétiens, mais exclut les musulmans. Pourtant, ces derniers sont également victimes de persécutions dans les régions avoisinantes, comme les Rohingyas en Birmanie ou les Hazaras au Pakistan (lui-même Etat musulman). Le principal parti d’opposition du Congrès indien a remis en question cette annonce, affirmant que « le moment choisi juste avant les élections est évidemment conçu pour polariser les élections ».

L’organisme de surveillance des droits de la personne, « Amnesty Inde », a qualifié, dans un communiqué, la loi de « discriminatoire » et a déclaré qu’elle « va à l’encontre des valeurs constitutionnelles d’égalité et des lois internationales sur les droits de la personne ». Il a déclaré que la loi «légitime la discrimination fondée sur la religion » et est « exclusive dans sa structure et son intention ».

L’Inde abrite 200 millions de musulmans, qui constituent un groupe minoritaire important dans un pays de plus de 1,4 milliard d’habitants. Ils sont dispersés dans presque toutes les régions de l’Inde et ont été la cible d’une série d’attaques qui ont eu lieu lors de la première prise de pouvoir de Narendra Modi en 2014. Les critiques affirment que le silence flagrant du premier ministre Modi sur la violence antimusulmane a enhardi certains de ses partisans les plus extrémistes et a permis davantage de discours de haine contre les musulmans.

M. Modi mélange de plus en plus la religion et la politique dans une formule qui a profondément trouvé un écho auprès de la population majoritairement hindoue de l’Inde. En janvier, il a ouvert un temple hindou sur le site d’une mosquée démolie dans le Nord de la ville d’Ayodhya, dans l’État de l’Uttar Pradesh (voir l’article en cliquant ici), honorant ainsi l’engagement nationaliste hindou de son parti.

La plupart des sondages suggèrent que M. Modi remportera la majorité lors des élections générales, qui devraient avoir lieu d’ici mai.

Joseph Kouamé

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