L’Arménie, pays d’Asie Centrale, fait un premier pas vers une demande d’adhésion à l’Union Européenne

Est-ce que l’Union européenne pourrait bientôt avoir un nouveau candidat à l’adhésion? Pour la première fois, un membre du gouvernement arménien a exprimé publiquement le souhait d’intégrer l’Union européenne. (Avec : Le Figaro).

Pour la première fois, le ministre arménien des Affaires étrangères a évoqué publiquement la possibilité d’une candidature à l’UE. Il a déclaré que ce n’était pas un secret, alors qu’Erevan est confrontée à la menace de l’Azerbaïdjan et s’éloigne de son partenaire historique, la Russie.

Le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, s’est ainsi exprimé vendredi dernier dans une interview accordée à la chaîne turque « TRT. » «De nouvelles opportunités sont discutées actuellement en Arménie et l’adhésion à l’Union Européenne en fait partie, ça n’est pas un secret […] Nous sommes en plein processus d’approfondissement de nos liens avec l’Union Européenne», a-t-il déclaré.

Le 4 mars dernier , le président du Parlement arménien, Alen Simonyan, avait déjà évoqué la possibilité d’une telle adhésion. «Nous sommes prêts et nous irons dans la direction qui nous apportera le maximum de sécurité», avait-il déclaré, rapporté par le magazine « Nouvelles d’Arménie », qui rappelle qu’en octobre 2023, le premier ministre Nikol Pachinian avait déclaré au Parlement européen que l’Arménie était prête à se rapprocher de l’Union Européenne, «dans la mesure où l’Union Européenne le juge possible».

Tenue en étau par son voisin Azerbaïdjanais, l’Arménie reste sous la pression constante du pays dirigé par Ilham Aliev (lui-même grand partenaire de l’Union Européenne puisque c’est Ursula Von Der Leyen elle-même qui a décidé, sans consulter les dirigeants des Etats de l’UE – et alors que, légalement, elle n’ai pas ce pouvoir, n’étant élue par aucun citoyen européen -, de faire de l’Azerbaïdjan l’un des principaux fournisseurs de pétrole et de gaz de l’UE, pour remplacer la Russie que cette même UE a condamné à des sanctions, affirma nième que l’Azerbaïdjan était un « partenaire sûr », alors que tout le monde sait qu’elle est une dictature de type népotique, ayant massacré des milliers de civils arméniens pour lui prendre son territoire) .

En 2020, un tiers du Haut-Karabagh – région anciennement autonome peuplée d’une majorité d’Arméniens – était annexé par Bakou, avant que toute la région ne soit envahie le 19 septembre dernier. Confronté au nationalisme azerbaïdjanais et placé dans une situation sécuritaire précaire, le petit pays chrétien, sans accès à la mer, cherche des alliés à l’Ouest, alors que ses relations avec son parrain historique, la Russie, se sont récemment tendues, la Fédération de Russie n’ayant pas été l’aider à défendre le Haut-Karabagh car elle-même devant concentrer ses forces dans sa guerre contre l’Ukraine.

« L’Europe est très impliquée dans les affaires sécuritaires de notre pays »

Ararat Mirzoyan a notamment souligné l’existence d’un «partenariat stratégique» avec les États-Unis d’Amérique et l’Union Européenne. «L’Europe est très impliquée dans les affaires sécuritaires de notre pays, une mission de surveillance est déployée à la frontière avec l’Azerbaïdjan (annoncée le 23 janvier, NDLR). Depuis, la tension a diminué et nous pouvons entrevoir une stabilité», a-t-il expliqué.

Le chef de la diplomatie arménienne a assuré que la priorité restait la «normalisation des liens entretenus avec nos voisins». Cet hiver, les rencontres entre le premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, et le président-dictateur Azerbaïdjanais, Ilham Aliev, se sont succédé par l’entremise de Charles Michel, le président du Conseil européen. Un arbitrage qui a laissé entrevoir un apaisement des tensions entre les deux pays.

Une transition européenne inspirée par son voisin géorgien ?

Mais la situation est loin d’être satisfaisante à long terme pour Erevan. Rejoindre l’Union Européenne pourrait dès lors apporter des garanties de sécurité plus durables pour contrebalancer le rapport de force, aujourd’hui favorable à Bakou, puissance pétrolifère et gazière autrement plus riche. D’ores et déjà, l’Arménie a rejoint le «partenariat oriental» lancé en 2009 par l’Union Européenne à destination de plusieurs pays d’Europe orientale et du Caucase. En 2017, Bruxelles et Erevan ont même signé un «accord de partenariat global» afin d’approfondir leurs relations. Un nouvel accord, renforcé, a été annoncé le mois dernier, portant notamment sur la libéralisation des visas.

Mais une candidature officielle pour rejoindre l’UE serait un acte d’une tout autre portée. À ce jour, neuf États ont le statut officiel de «candidat» : la Turquie, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie, l’Albanie, l’Ukraine, la Moldavie, la Bosnie-Herzégovine et la Géorgie. L’Arménie pourrait-elle être un dixième ? Le processus est en tout cas long, déjà pour candidater, mais surtout, après, pour rejoindre formellement l’Union. Au total, plus de 10 ans peuvent s’écouler et, à l’image de la Turquie (qui ne se situe pas, géographiquement, ni culturellement, en Europe), le parcours peut se gripper, l’unanimité étant la règle au sein des 27.

Reste qu’il est difficile, en évoquant une candidature de l’Arménie, de ne pas penser au cas de son voisin géorgien. Naguère dominée par la Russie, la Géorgie s’est rapprochée de l’Occident après la brève guerre de 2008 relative aux provinces d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. Mais la demande d’adhésion à l’Union Européenne n’a été déposée qu’en mars 2022, avant d’être validée le 14 décembre 2023. Depuis, Tbilissi dispose officiellement du statut de candidat officiel. Malgré ce long cheminement vers l’Ouest, la Russie reste toujours influente en Géorgie, et ce malgré la guerre en Ukraine, d’autant plus logiquement qu’un tiers des géorgiens sont russophones.

«Il est de notre devoir d’aider l’Arménie à protéger ses populations civiles en cas d’agression »

Parmi les pays européens, plus ou moins attentifs au sort de l’Arménie, la France fait figure de partenaire privilégié. Lors de la visite de Nikol Pashinyan à Paris pour la panthéonisation de Missak Manouchian (résistant français contre l’Allemagne du III Reich, né en Arménie) , Emmanuel Macron a rappelé le lien qui unissait les deux pays. «Nous réaffirmons le soutien indéfectible de la France à l’indépendance de l’Arménie, son intégrité territoriale et son aspiration à la paix», avait-il déclaré.

Surtout, le 23 février dernier, à l’occasion de la visite en Arménie du ministre des Armées Sébastien Lecornu, la France a livré du matériel militaire à Erevan et a signé un nouveau contrat d’armement avec le pays du Caucase. «Il est de notre devoir d’aider l’Arménie à protéger ses populations civiles en cas d’agression», a alors souligné le ministre des Armées. Un soutien qui reste toutefois une exception parmi les membres de l’UE, comme le relève la députée européenne Nathalie Loiseau, membre de la délégation française lors de la visite à Erevan. «Il faudrait que l’Europe finance l’envoi d’équipements militaires à l’Arménie», espérait-elle.

Ce basculement de l’Arménie vers l’Occident intervient dans un contexte de refroidissement des relations avec la Russie. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la méfiance est de mise entre les deux partenaires historiques, Erevan doutant de la volonté et de la capacité de Moscou de remplir ses engagements à l’endroit de la protection du territoire arménien. L’inquiétude s’est confirmée quand le rempart russe s’est avéré inefficace face à l’offensive Azerbaïdjanaise dans le Haut-Karabagh, le 19 septembre dernier.

Les deux pays entretiennent depuis lors des rapports plus distants. Ainsi, le 7 mars dernier, lors d’une conférence de presse, Ararat Mirzoyan a confirmé avoir demandé le retrait des agents du FSB de l’aéroport de la capitale arménienne. L’Arménie a aussi rejoint, le 8 février 2024, la Cour pénale internationale, qui, un an auparavant, a lancé un mandat d’arrêt contre Vladimir Putin. Un « acte fort », qui obligerait en théorie l’Arménie à arrêter le président russe en cas de visite sur son territoire. Même si une telle éventualité reste improbable, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov avait regretté «une décision erronée» et «regrettable» de ses homologues arméniens.

Enfin, le 23 février dernier, le premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, a pris la décision de suspendre la participation de son pays à l’OTSC, organisation politico-militaire pilotée par la Russie, réunissant plusieurs pays de l’ex-URSS. Et ce malgré la dépendance énergétique et militaire du petit pays enclavé vis-à-vis de la Russie. Plusieurs infrastructures énergétiques arméniennes particulièrement stratégiques sont possédées par le champion russe du nucléaire civil, « Rosatom », tandis que 95% des armes arméniennes proviendraient de la Russie, rappelle le géopolitologue Tigran Yegavian.

Quatre villages revendiqués par l’Azerbaïdjan

L’appel du pied du chef de la diplomatie arménienne à l’Union Européenne, s’il n’a encore rien d’officiel, intervient alors que la situation militaire entre Erevan et Bakou est loin d’être apaisée et pourrait au contraire se dégrader de nouveau. Le 7 mars dernier, le vice-premier ministre azerbaïdjanais, Shahin Musatfayev, a réclamé la «restitution à l’Azerbaïdjan» de quatre villages frontaliers de la région de Tavush, dans le Nord-Est de l’Arménie. «Ces villages appartiennent incontestablement à l’Azerbaïdjan et devraient être restitués immédiatement», a-t-il affirmé.

«Un climat de paix règne depuis plusieurs mois à la frontière des deux pays», clamait pourtant le président Azerbaïdjanais Ilham Aliev, le 1er février dernier, dans une déclaration relayée par l’agence de presse Azerbaïdjanaise « Azertac ». Un retour sous giron azerbaïdjanais des villages de la région du Tavush pourrait engendrer la «perte de contrôle de l’axe commercial Erevan-Tbilissi-Mer Noire, ainsi que l’un des principaux gazoducs qui alimentent la capitale», met en garde le média francophone « Le Courrier d’Erevan ».

Didier Maréchal

Laisser un commentaire