Le président sénégalais nouvellement élu, Bassirou Diomaye Faye, met en avant la lutte contre la corruption, la renégociation des accords économiques et militaires clés, ainsi que la transition du franc CFA comme les priorités de son mandat à venir.
Le récemment élu président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a remporté les élections sur la base d’un programme de « rupture ». Il s’engage à rompre définitivement les liens avec l’ancienne puissance coloniale française. À cet égard, un nouveau projet monétaire, l’ « Eco », est en cours depuis 2019.
Parmi ses objectifs, Bassirou Diomaye Faye souhaite remplacer la monnaie en utilisant une autre que le franc CFA. Cette décision est hautement soutenue au Sénégal, ainsi que dans les sept autres pays d’Afrique de l’Ouest qui utilisent cette monnaie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, d’abord sous le nom de « franc des Colonies françaises d’Afrique », puis des Communautés françaises d’Afrique (CFA) après l’ère des indépendances, au début des années 1960. Le franc CFA, symbole de la tutelle française, est perçu comme une monnaie datée, et il est compréhensible aujourd’hui que la volonté de s’en affranchir bénéficie d’un large soutien populaire.
Pourtant, la transition vers une nouvelle monnaie n’est pas une tâche aisée. En effet, malgré les nombreuses lacunes du CFA, il assure à ces nations une stabilité monétaire essentielle dans la région. Lorsqu’un pays envisage de changer de système monétaire, il doit le faire avec une grande prudence. Il est crucial d’éviter toute fuite de capitaux et de ne pas risquer de déstabiliser l’économie par le biais d’une dévaluation trop brutale. De plus, il est primordial de ne pas retomber sous la tutelle d’une autre puissance.
Cette discussion n’est pas récente au Sénégal, elle est même devenue très concrète depuis 2019. Il y a cinq ans, le gouvernement français a approuvé la fin du franc CFA en signant un accord. Le Sénégal est déjà engagé dans un processus de transition monétaire à travers le projet « Eco », qui vise à introduire une monnaie commune pour 15 États d’Afrique de l’Ouest. Ainsi, l’objectif actuel de Bassirou Diomaye Faye est d’accélérer la mise en place de l’Eco.
« L’Eco c’est la monnaie sous-régionale qui intégrerait le Nigeria, la première puissance africaine. Ça veut dire que moi, Sénégalaise, si j’ai une entreprise de fabrication de chaussures avec une monnaie commune, ça me permet d’entrer dans un marché de 350 millions de consommateurs », déclare une responsable du parti présidentiel au site d’information « Afrique Media ».
Prévue initialement pour être lancée en 2020, la mise en circulation de l’Eco a été reportée à 2022 en raison de la pandémie de Covid. Cependant, au cours des deux dernières années, certains pays, dont le Sénégal, se sont méfiés des conditions imposées par le Nigeria. Le nouveau président, Bassirou Diomaye Faye, souhaite raviver l’élan en faveur de l’Eco, malgré le risque de heurter l’influence nigériane. S’il échoue dans cette entreprise, le président sénégalais affirme qu’il explorera d’autres voies vers la souveraineté monétaire. Ainsi, la sortie du CFA ne sera pas nécessairement le premier signe de rupture des liens entre le Sénégal et la France. Il est plus probable que le président Faye suive l’exemple de ses voisins burkinabè, maliens ou nigériens en commençant par la fermeture des deux bases militaires françaises sur son territoire.
Joseph Kouamé