Le plus important séisme à secouer Taïwan en au moins 25 ans a entraîné la mort de neuf personnes, aujourd’hui, mercredi 3 avril 2024, et blessé plus de 900 autres, tandis que 50 travailleurs voyageant en minibus vers un hôtel dans un parc national sont toujours portés disparus. (Source : AFP).
Certains bâtiments se sont penchés à des angles précaires dans le comté montagneux et peu peuplé de Hualien, près de l’épicentre du séisme d’une magnitude de 7,5 qui a frappé, juste au large de Taïwan, vers 8 heures du matin (00h00 GMT) et a déclenché d’énormes glissements de terrain, ce mercredi 3 avril.
Au moins neuf personnes ont perdu la vie et plus de 1 000 ont été blessées, selon un nouveau bilan des autorités, suite à un séisme sous-marin de magnitude supérieure à 7 sur l’échelle ouverte de Richter. Ce séisme, le plus puissant à frapper l’île depuis 25 ans, s’est produit mercredi près de Taïwan, déclenchant dans la région des alertes au raz-de-marée avant que le risque ne soit finalement écarté. Tous les décès se sont produits dans la région de Hualien, près de l’épicentre du séisme dans l’Est de l’île, a annoncé l’agence nationale de lutte anti-incendie.
Trois des victimes ont péri sur un sentier de randonnée, écrasées par des rochers dont la chute a été provoquée par le séisme. Une autre victime, un chauffeur routier, a trouvé la mort dans un glissement de terrain en s’approchant d’un tunnel. Les circonstances des autres décès n’ont pas été immédiatement précisées, portant le nombre des blessés à 821, sans indication de la gravité des blessures.
Des bulldozers ont été mobilisés pour dégager des rochers qui bloquent des routes vers Hualien, selon des images diffusées par les chaînes locales. Les routes principales menant à la ville passent par de nombreux tunnels et les autorités craignent que des véhicules et passagers soient piégés à l’intérieur. « Nous devons vérifier soigneusement combien de personnes sont piégées et nous devons les secourir rapidement », a déclaré le vice-président, Lai Ching-te, à des journalistes. Il est appelé à devenir le nouveau président de Taïwan en mai.
La présidente actuelle, Tsai Ing-wen, a ordonné aux agences gouvernementales locales et centrales de se coordonner et a annoncé que l’armée apporterait également son soutien. La principale voie ferrée reliant la capitale, Taipei, vers le Sud, le long de la côte orientale, et qui a été coupée à plusieurs endroits, était en cours de réparation.
Une bonne préparation et des règles de construction stricte
Des règles de construction strictes et une bonne préparation aux catastrophes naturelles semblent avoir cependant permis d’éviter une catastrophe majeure pour l’île, régulièrement frappée par des séismes.
Le maire de la ville a précisé qu’une cinquantaine de survivants avaient été extraits des ruines. « C’était comme une montagne qui s’effondre », a relaté un voisin, Liu.
L’activité de certaines usines de Taiwan « Semiconductor Manufacturing Company » (TSMC), plus grand fabricant de puces au monde, a été brièvement interrompue, a indiqué à l’AFP un responsable de l’entreprise.
Le plus puissant depuis 25 ans
La magnitude du séisme a été estimée à 7,5 par « l’Agence météorologique japonaise » (JMA), à 7,4 par « l’Institut américain d’études géologiques » (USGS) et à 7,2 par « l’agence météorologique taïwanaise » (CWA). Il a eu lieu à faible profondeur peu avant 00h00 GMT, selon ces agences, et a été suivi de plusieurs répliques. Le tremblement de terre a initialement déclenché des alertes au raz-de-marée à Taïwan, dans les îles du Sud-Ouest du Japon et dans plusieurs provinces des Philippines, où la population des zones côtières a été priée de gagner les hauteurs.
Les autorités japonaises et philippines ont finalement annulé leurs alertes, et le Centre d’alertes au raz-de-marée du Pacifique, un observatoire régional basé à Hawaï (Etats-Unis d’Amérique), a annoncé vers 02h00 GMT que « la menace de tsunami est maintenant largement passée », tout en appelant les habitants des régions littorales à rester prudents.
Aéroport fermé
L’aéroport de Naha, le plus important de l’île japonaise d’Okinawa, a suspendu le trafic aérien et les vols prévus vers cette destination ont été déroutés. Les enregistrements des vols au départ ont cependant repris après la levée de l’alerte.
Aucune victime n’a été signalée dans la région d’Okinawa, a déclaré le porte-parole du gouvernement nippon, Yoshimasa Hayashi. Selon la JMA, des vagues de 30 cm ont été signalées dans les îles de Yonaguni et Miyako, et de 20 cm dans celle d’Ishigaki, toutes situées à l’extrême Sud-Ouest de l’archipel. A Taïwan, des photos publiées par l’Agence centrale d’informations (CNA) ont montré un bâtiment rouge de sept étages à Hualien partiellement effondré, incliné à environ 60 degrés. « Le séisme est proche de la côte et peu profond. Il est ressenti dans tout Taïwan et dans les îles voisines… C’est le plus fort depuis 25 ans, depuis le tremblement de terre de 1999 », a déclaré aux journalistes le directeur du Centre sismologique de Taipei, Wu Chien-fu. Un séisme de magnitude 7,6 avait alors fait 2 400 morts en septembre 1999, la pire catastrophe de l’histoire moderne de Taïwan.
Dans la capitale taïwanaise, le métro a brièvement cessé de fonctionner mais le trafic a repris au bout d’une heure. Les habitants ont été priés de vérifier d’éventuelles fuites de gaz provoquées par la secousse. « J’ai voulu m’enfuir mais je n’étais pas habillé. C’était tellement fort », a déclaré Kelvin Hwang, un client d’un hôtel du centre-ville, qui s’est réfugié dans le hall de l’ascenseur au neuvième étage.
Situés à la frontière de plusieurs plaques tectoniques, Taïwan et le Japon sont fréquemment touchés par des séismes. Pour limiter les risques autant que possible, les deux pays appliquent des normes de construction parmi les plus strictes au monde. Au Japon, la catastrophe de Fukushima (Nord-Est) en mars 2011, qui a fait environ 20 000 morts et disparus, est encore dans toutes les mémoires, mais c’est un séisme sous-marin de magnitude 9,0 qui avait entraîné un gigantesque raz-de-marée sur la côte Nord-Est du pays, qui était la cause de cette catastrophe humaine et aussi provoqué l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi, le pire depuis celui de Tchernobyl en 1986 (mais pour des raisons totalement différentes).
La péninsule de Noto, dans le centre du Japon, a par ailleurs subi un séisme de magnitude 7,5 ce 1er janvier dernier, qui a fait plus de 240 morts, notamment à cause de l’effondrement de nombreuses maisons anciennes en bois.
Joseph Kouamé