Suite à l’annonce de l’ouverture d’une enquête préliminaire sur des allégations de trafic d’influence et de corruption visant son épouse, le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a déclaré, ce mercredi 24 avril, qu’il suspendait ses activités.
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a annoncé, ce mercredi 24 avril, qu’il suspendait ses activités publiques jusqu’à la semaine prochaine pour réfléchir à son avenir politique après l’ouverture d’une enquête judiciaire contre sa femme. D’après une organisation de lutte contre la corruption, Begona Gomez aurait utilisé son statut d’épouse du chef du gouvernement pour obtenir des parrainages pour un cursus universitaire dont elle avait la charge
« J’ai besoin de m’arrêter et de réfléchir » afin de décider « si je dois continuer à être à la tête du gouvernement ou si je dois renoncer à cet honneur », a écrit le responsable socialiste dans une lettre publiée sur le réseau social « X ».
Le chef du gouvernement espagnol, au pouvoir depuis 2018, a précisé qu’il annoncerait sa décision lundi 29 avril devant la presse et qu’il suspendait ses activités d’ici là.
Il dénonce une campagne de « harcèlement »
Cette enquête préliminaire, placée sous le sceau du « secret de l’instruction », vise son épouse Begoña Gómez. Elle a été ouverte le 16 avril dernier après une plainte de l’association « Manos limpias » (« Mains propres »), a annoncé, ce mercredi, le tribunal supérieur de justice de Madrid. Ce collectif, à l’origine de plusieurs procédures judiciaires ces dernières années, est considéré comme proche de l’extrême droite.
Dans sa lettre, Pedro Sánchez dénonce une plainte basée sur des faits « inexistants » et une campagne de « harcèlement » contre son épouse, menée par des médias « ultraconservateurs » et soutenue, selon lui, par l’opposition de droite et d’extrême droite. « Je ne suis pas naïf », dit-il: « je suis conscient du fait qu’ils portent plainte contre Begoña, non pas parce qu’elle a fait quelque chose d’illégal, car ils savent bien que cela n’est pas vrai, mais parce qu’elle est mon épouse ».
Une enquête sur les liens entre l’épouse du Premier ministre espagnol et un groupe de tourisme
Selon le média en ligne « El Confidencial », qui a dévoilé l’information, cette enquête concerne notamment les relations entre Begoña Gómez et le groupe de tourisme « Globalia », propriétaire de la compagnie aérienne « Air Europa », au moment où celle-ci discutait avec le gouvernement pour obtenir des aides publiques pendant la pandémie de Covid 19. À cette époque, Begoña Gomez occupait le poste de directrice de « l’IE Africa Center », une fondation liée à l’école de commerce madrilène « IE University », dont elle a démissionné en 2022. Or, selon « El Confidencial », « IE Africa Center » avait « signé un accord de parrainage avec « Globalia » en 2020″, et Begoña Gomez aurait participé à « une réunion privée avec le PDG Javier Hidalgo au moment où Globalia négociait son plan de sauvetage ». Ce plan a permis à « Air Europa » de bénéficier, en novembre 2020, de 475 millions d’euros issus d’un fonds de 10 milliards destiné à soutenir les entreprises stratégiques en difficulté en raison de la crise sanitaire.
La compagnie espagnole a été la première à bénéficier de ce fonds, suivi par des dizaines d’autres entreprises, dont plusieurs transporteurs aériens (Iberia, Vueling, Volotea…). Suite à la publication de la lettre de Pedro Sánchez, le Parti populaire (PP, droite), principale formation d’opposition, a appelé le Premier ministre à « s’expliquer de toute urgence sur les scandales entourant son parti, son gouvernement et sa compagne », « au lieu de disparaître pendant cinq jours ».
Le parti conservateur a estimé que Pedro Sánchez « joue la carte de la victimisation et de la pitié plutôt que celle de la responsabilité et de la clarté », laissant entendre que sa menace de démission pourrait résulter d’une manœuvre politique. En revanche, les proches du Premier ministre ont pris sa défense, à l’instar de la numéro trois du gouvernement, Teresa Ribera. « Tout n’est pas permis en politique », a-t-elle écrit sur « X », soulignant que « ni lui (Pedro Sánchez) ni sa famille ne méritent cela, pas plus que l’Espagne ».
Plus tôt dans la journée, la numéro deux du gouvernement, Maria Jesus Montero, avait dénoncé les « pratiques trumpistes » du PP, accusé « d’utiliser une fausse accusation d’une organisation d’extrême droite pour diffamer et lancer des calomnies » envers le Premier ministre.
Le collectif « Manos Limpias », à l’origine de l’enquête sur Begoña Gómez, fondé en 1995, est considéré comme proche de l’extrême droite en raison de la personnalité de son fondateur Miguel Bernad, ancien responsable du parti « Frente Nacional », dissous en 1993. Accusé d’être impliqué dans un réseau d’extorsion de fonds, ce dernier avait été condamné à quatre ans de prison en juillet 2021, mais a été finalement relaxé en appel le mois dernier, faute de preuve, selon le tribunal.
Didier Maréchal