Lors d’une manifestation à Hambourg, en Allemagne, environ mille personnes ont demandé l’établissement d’un califat. L’organisation à l’origine de l’événement, affiliée aux « Frères musulmans », est déjà connue pour avoir organisé des manifestations similaires dans le passé. (Source : « Le Monde »).
«Ceux qui souhaitent un califat ne sont pas au bon endroit en Allemagne». La ministre de l’Intérieur allemande, Nancy Faeser, a elle-même réagi ce dimanche 28 avril, au lendemain d’une manifestation d’islamistes en Allemagne, qui a réuni à Hambourg plus de 1 000 personnes. Celle qui a été avant d’être ministre une élue du parti social démocrate allemand (SPD) a également qualifié le rassemblement de «difficilement supportable».
D’après les médias allemands, le rassemblement de samedi 27 avril a été initié par l’association « Muslim Interaktiv », dont le logo était visible sur de nombreuses pancartes. Selon le « Hamburger Morgenpost », environ 1 100 hommes se sont réunis en fin d’après-midi, tandis que 80 femmes se sont également rassemblées séparément. Le journal rapporte également que de nombreux manifestants portaient des sweats à capuche avec l’inscription « Califat ». De plus, les organisateurs étaient occupés à filmer des vidéos pour TikTok.
Les images largement partagées sur les réseaux sociaux montrent la foule brandissant des pancartes accusant spécifiquement les médias d’islamophobie, en particulier en ce qui concerne le conflit à Gaza. Les manifestants ont exprimé leur soutien aux Palestiniens en demandant la « vérité » au lieu des « fake-news ». Cependant, le principal motif de la manifestation était la situation des musulmans en Allemagne, qui, selon eux, feraient face à une « dictature des valeurs » mettant en danger l’Islam.
«Le califat est la solution», pouvait-on lire sur certaines affiches. Des pancartes affichaient également la « chahada », la profession de foi islamique («il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète») quand d’autres manifestants levaient le doigt, geste exprimant le « Tawhid », le dogme islamique d’un Dieu unique et sans égal souvent repris par les islamistes.
«Un événement parmi tant d’autres»
À la télévision fédérale ZDF, le responsable de la police d’Hambourg a déclaré qu’une enquête avait été ouverte pour vérifier la conformité des différentes affiches et slogans avec la loi. La manifestation s’est déroulée dans le calme, mais a suscité une forte réprobation de la classe politique allemande.
Sans surprise, la CDU a qualifié la manifestation de «honte». Un de ses porte-parole a ainsi demandé aux personnes qui appellent à un califat de «quitter le pays le plus rapidement possible». «L’État de droit doit enfin se défendre et faire preuve de force», a déclaré de son côté le secrétaire général du parti, Carsten Linnemann, au journal « Bild am Sonntag ».
«Ce n’est qu’un événement parmi tant d’autres développements inquiétants en Allemagne», a de son côté écrit sur « X » Alix Weidel, leader de l’AFD, de droite radicale, à l’adresse d’Elon Musk qui demandait dans un tweet si exiger le renversement du gouvernement allemand était légal dans le pays. «N’hésitez pas à venir me voir à mon bureau au Bundestag dans les plus brefs délais pour en parler plus longuement», a-t-elle aussi répondu au milliardaire états-unien.
Le parti libéral-démocrate (FDP) a quant à lui rappelé qu’un étranger «dont le séjour met en danger l’ordre fondamental, libre et démocratique en Allemagne peut être expulsé». «Quiconque réclame lors d’une manifestation l’abolition de droits fondamentaux tels que la liberté de la presse répond à cette exigence», a expliqué le vice-président du groupe parlementaire du parti.
«Le groupe ’Muslim Interaktiv’ est proche de l’organisation islamiste interdite ’Hizb ut-Tahrir’ et milite depuis longtemps pour l’instauration d’un califat», a expliqué pour sa part dans le journal « Die Welt » une porte-parole du principal parti écologiste, Lamya Kaddor, appelant à «mettre en œuvre le plus rapidement possible une interdiction des associations» proche de cette organisation.
Selon les autorités allemandes, « Muslim Interaktiv » est en effet proche de l’organisation « Hizb ut-Tahrir », le « parti islamique de la Libération », une organisation islamiste transnationale issue des « Frères musulmans ». Cette dernière, créée en 1954 à Jérusalem-Est, est «un mouvement politico-religieux visant à unir tous les musulmans dans un califat mondial», détaille une note de l’OFPRA publiée en 2022. Le groupe a été interdit en Allemagne en 2003.
La France ciblée par l’organisation
Depuis son apparition en 2020, « Muslim Interaktiv » a effectivement repris les revendications de son aîné en utilisant un langage similaire au « parti islamique de la Libération », dénonçant par exemple «l’assimilation forcée», la «diffamation de l’islam», la «diabolisation des musulmans» ou encore la «dictature des valeurs». Les autorités allemandes soulignent «un parallèle évident» entre les deux organisations.
« Muslim Interaktiv » se présente d’ailleurs sur les réseaux sociaux comme une «association de musulmans qui se sont fixé pour objectif de présenter l’islam comme un mode de vie complet aux musulmans vivant en Allemagne et de les encourager à pratiquer l’islam dans tous les domaines de la vie».
Ce n’est en tout cas pas la première fois que le groupe fait parler de lui. L’organisation s’est déjà illustrée dans des démonstrations de rue particulièrement évocatrices. En octobre 2020, quelques jours après la décapitation de Samuel Paty, le groupe avait organisé une manifestation près de l’ambassade de France à Berlin pour protester contre l’agression de deux femmes musulmanes à Paris.
Israël accusé d’être «tueur d’enfants»
«Ce n’est pas l’Islam, mais la France qui est en crise !» était-il écrit sur une banderole déployée par les manifestants qui avaient aussi choisi de cibler la France en parlant de «génocide algérien» ou encore d’«exploitation au Mali». Pendant la crise israélo-palestinienne du mois de mai 2021, 200 personnes avaient défilé en rang, drapeaux islamiques brandis hauts, qualifiant l’État hébreu de «tueur d’enfants».
Le groupe a multiplié, depuis, les actions, alternant dans ses modes d’actions entre les manifestations en rangs serrés, forcément impressionnantes, les mobilisations plus classiques ou les cortèges de voitures pour paralyser la circulation, appelant toujours à l’instauration d’un califat par l’établissement de la « charia » (« loi islamique ») en Allemagne.
En février 2023, le groupe avait mobilisé plus de 3 500 personnes pour protester contre le Coran brûlé en Suède. En novembre dernier à nouveau, « Muslim Interaktiv » avait également défilé dans la ville d’Essen, provoquant de vives réactions politiques et des interrogations sur la place accordée dans le débat public aux opposants à la démocratie.
Joseph Kouamé