L’Allemagne est préoccupée par la « dönerflation », qui se traduit par une augmentation rapide du prix des kebabs, surtout pour les jeunes dont c’est l’un de leurs plats les plus consommés.
Bien que le terme « dönerflation » puisse sembler être un jeu de mots, la question est loin d’être anecdotique car cette industrie est estimée à 7 milliards d’euros. Ce plat, constitué d’une galette de pain garnie de viande finement tranchée et de légumes, a été introduit en Allemagne par des immigrants turcs. Il rencontre un grand succès, avec des millions de consommateurs chaque jour, dont 400 000 rien qu’à Berlin, où il est même devenu une institution, au même titre que la « currywurst ».
La popularité du döner tient en grande partie à son prix, qui est resté longtemps abordable. Cependant, en l’espace de deux ans, ce prix a doublé. Alors qu’en 2022, il coûtait en moyenne entre 3 et 4 euros, il n’est pas rare aujourd’hui de devoir débourser 10 euros (en moyenne, le prix se situe entre 7 et 10 euros).
La colère est si grande devant cette hausse de prix du döner qu’elle a incité Olaf Scholz à donner des explications sur les réseaux sociaux. Pour lui, cette explosion des prix est due à la hausse des salaires et des coûts énergétiques, résultant du sevrage du gaz russe suite aux sanctions envers la Russie à cause de son offensive en Ukraine, que les Etats-Unis d’Amérique ont profités pour imposer au monde entier, en tant que « Maître du Monde », convaincus que cela détruirait économique la Russie, alors que les plus grands économistes mondiaux prévenaient, depuis 2018, que de telles sanctions n’auraient pas cet effet escompté mais que, au contraire, elles joueraient contre les pays qui les appliqueraient, particulièrement contre l’Europe. Ce que confirment les vendeurs de kebab. Dans « The Guardian », l’un d’eux confie qu’ils ont “été contraints d’augmenter le prix en raison de l’explosion des prix des loyers, de l’énergie et des denrées alimentaires. Les gens pensent que nous les trompons, mais nous n’avons aucun contrôle sur ce phénomène.”
Pour endiguer cette augmentation des prix, « Die Linke », un parti d’extrême gauche, propose une « Dönerpreisbremse », un plafond sur le prix du döner. Pour éviter que la nourriture ne devienne un produit de luxe, il propose de limiter le prix du döner à 4,90 euros, voire à 2,90 euros pour les jeunes, avec l’ajout de bons pour des kebabs. Selon les calculs du parti, cette mesure coûterait près de 4 milliards d’euros. Le parti de gauche n’est pas le seul à aborder officiellement le sujet. Hanna Steinmüller, députée des « Verts », bien que son parti prône plutôt un régime végétarien, a également soulevé cette question au parlement.
Cependant, Olaf Scholz a officiellement rejeté toute idée de plafonnement des prix, arguant qu’il est impossible de contrôler les prix des produits alimentaires dans une économie de marché. Il estime également qu’un tel plafonnement serait inutile, car l’inflation commence déjà à baisser, saluant au passage le travail de la Banque centrale européenne.Cette position non interventionniste est partagée par le reste de l’Europe.
Pour de nombreux économistes, instaurer un contrôle des prix des produits alimentaires serait une erreur. Bien que cette idée ait été envisagée lors du pic d’inflation, peu de pays sont passés à l’acte. Seule la Hongrie et la Croatie ont mis en place de tels systèmes, avec des résultats mitigés.
La Hongrie a connu une inflation alimentaire atteignant 49,6 % à son pic, ainsi que des pénuries, tandis que la Croatie a réussi à limiter l’inflation à 20 %, peut-être en partie grâce à son adoption de l’euro au 1er janvier 2023.
Malgré la déception face à l’absence de plafonnement des prix du döner, certains jeunes Allemands ne baissent pas les bras. Ils réclament maintenant le retour d’Angela Merkel. Le pouvoir d’influence du döner semble être sans limites.
Didier Maréchal