Tunisie : les ministres de l’Intérieur et des Affaires sociales ont été limogés après un remaniement surprise

Samedi 25 mai au soir, lors d’un remaniement ministériel surprise en Tunisie, les ministres de l’Intérieur et des Affaires sociales ont été remplacés à la hâte, suite à une série d’arrestations dans la société civile qui suscitait des inquiétudes quant à un éventuel recul des libertés.

Selon un communiqué de la présidence tunisienne diffusé sans explication, le président Kaïs Saïed a choisi de nommer Khaled Nouri au poste de ministre de l’Intérieur, en remplacement de Kamel Feki, jusque-là considéré comme proche du chef de l’État. Kamel Madouri, un technocrate, occupera désormais le poste de ministre des Affaires sociales à la place de Malek Zahi, qui était également proche du président. De plus, un nouveau poste de secrétaire d’État chargé de la sécurité nationale a été créé au ministère de l’Intérieur et confié à Sofiene Ben Sadok, toujours selon le communiqué.

Ce remaniement ministériel fait suite à une série d’arrestations qui ont touché, au cours des deux dernières semaines, une dizaine de militants des droits de l’Homme, d’avocats et de journalistes. L’Union Européenne, les États-Unis d’Amérique et la France ont exprimé leur « inquiétude » et leur « préoccupation », ce qui a provoqué la colère du président Saïed, qui a dénoncé « une ingérence étrangère inacceptable ».

Vendredi 24 mai, des centaines de manifestants, en majorité des jeunes, ont scandé « à bas la dictature », dans les rues de Tunis, et dénoncé un retour à un « État policier », allusion aux vingt-trois ans de dictature de Zine El Abidine Ben Ali, renversé en 2011 par un mouvement populaire. « Kais, ô dictateur, ton tour est venu », ont crié les manifestants représentant diverses associations de la société civile, le moteur de la Révolution de 2011, qui a marqué le début du « Printemps arabe » dans la région.

Mercredi, deux célèbres chroniqueurs de radio et de télévision, Borhen Bssaiss et Mourad Zeghidi, ont été condamnés à une peine d’un an de prison en vertu d’un décret loi contre la propagation de « fausses nouvelles ». Ils ont été accusés d’avoir critiqué la situation socio-économique du pays. Leur arrestation, le 11 mai dernier, a été accompagnée de l’interpellation brutale de l’avocate Sonia Dahmani dans les locaux du barreau de Tunis. Elle a été accusée d’avoir ironisé, dans une chronique télévisée, sur la possibilité que les immigrants subsahariens souhaitent s’installer durablement en Tunisie malgré la grave crise économique que traverse le pays.

Deux jours plus tard, un autre avocat, Mehdi Zagrouba, a été arrêté de force par la police et victime de violences, selon la Ligue tunisienne des droits de l’Homme. Cette organisation, ainsi que « l’Organisation mondiale de lutte contre la torture » (OMCT), ont demandé une expertise médico-légale sur les allégations de mauvais traitements infligés à l’avocat.

Didier Maréchal

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