Pyongyang a envoyé vers le Sud des ballons blancs remplis de papier toilette, de déchets et d’excréments d’animaux, ont rapporté des médias, ce mercredi 29 mai. Le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, avait prévenu, le week-end dernier, que « des monticules de déchets et d’immondices seraient bientôt éparpillés dans les zones frontalières et à l’intérieur » de la Corée du Sud. (Source : AFP).
Des projectiles moins inquiétants que les missiles, mais bien peu ragoûtants. La Corée du Nord a envoyé vers son voisin du sud plus de 150 ballons transportant des déchets et du papier toilette, a rapporté le ministère de la Défense sud-coréen ce mercredi 29 mai. Pyongyang présente cette opération comme une réponse au largage sur son territoire de tracts de propagande envoyés par des militants sud-coréens.
L’opération a été confirmée par Kim Yo-jong, la sœur du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, et l’une des principales porte-parole de son régime, qui s’est moquée de la réaction des autorités de Séoul. Une « grande quantité de vieux papiers et d’ordures » a été « dispersée à la frontière et dans les zones profondes » de la Corée du Sud, à partir de mardi en fin de journée, a-t-elle admis. « Nous avons essayé quelque chose qu’ils ont toujours fait, mais je ne comprends pas pourquoi ils font des histoires comme s’ils avaient été victimes d’une pluie de balles », a-t-elle déclaré dans un communiqué publié mercredi par l’agence de presse nord-coréenne « KNCA ».
Des photos, largement partagées par les médias sud-coréens, montrent des ballons blancs transportant des sacs poubelles remplis de détritus et ce qui semble être des excréments.
Le week-end dernier, le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, avait prévenu que « des monticules de déchets et d’immondices seraient bientôt éparpillés dans les zones frontalières et à l’intérieur » de la Corée du Sud.
« Des objets non identifiés, considérés comme des tracts de propagande nord-coréens, ont été identifiés dans la zone frontalière de Gyeonggi-Gangwon et l’armée met en œuvre des mesures », a indiqué l’état-major interarmées sud-coréen (JCS). « Les citoyens doivent s’abstenir de toute activité en plein air. N’entrez en contact avec aucun objet inconnu et signalez-les à la base militaire la plus proche ou à la police », a-t-il déclaré dans un communiqué transmis à l’AFP.
Les actions du Nord « violent clairement les lois internationales et menacent sérieusement la sécurité de notre peuple », selon l’état-major interarmées, qui affirme que certains des ballons contenaient d’apparents déchets, ce que l’armée était en train de vérifier. « Nous appelons le Nord à cesser immédiatement ses actions (…) de bas étage », a-t-il ajouté. Tard dans la nuit de mardi à mercredi, la province de Gyeonggi (Nord-Ouest) a envoyé un message d’alerte appelant ses habitants à suivre ces mêmes consignes.
« Un message adressé à la Corée du Sud »
Depuis que la guerre de Corée (1950-1953) s’est soldée par un armistice et non un traité de paix, Nord et Sud restent techniquement en guerre et sont séparés par une frontière lourdement fortifiée comprenant la zone démilitarisée (DMZ).
Des militants sud-coréens lâchent parfois des ballons transportant des tracts de propagande contre le pouvoir nord-coréen et de l’argent destinés aux personnes vivant au Nord de la frontière. Ces envois suscitent depuis longtemps l’ire de Pyongyang, possiblement parce qu’il craint qu’un afflux d’informations extérieures, dans cette société étroitement contrôlée, ne constitue une menace pour le pouvoir en place.
Pyongyang a déjà envoyé des ballons de propagande de l’autre côté de la frontière, notamment en 2016, mais le cas présent est un peu différent, a déclaré à l’AFP Cheong Seong-chang, de l’Institut Sejong. « Des sacs remplis de papier toilette, de déchets et de piles chinoises ont été retrouvés », a-t-il précisé. « De plus, d’après des témoignages, compte tenu de l »odeur distinctive’ qui émanait du sac, il est probable qu’ils aient envoyé aussi des excréments, probablement des excréments d’animaux », a-t-il ajouté. « C’est un message (…) adressé à la Corée du Sud : comme le Sud, la Corée du Nord peut également envoyer de la propagande », a estimé Cheong Seong-chang.
Lundi 27 mai, le lancement d’un satellite espion par Pyongyang a échoué, mais Séoul a qualifié cette tentative de « provocation » et a conduit des manœuvres avec des avions de combat dans les heures qui ont suivi le tir en signe de protestation.
Kim Jong-un a qualifié la réponse de Séoul d' »imprudente », a rapporté, mercredi, l’agence de presse nord-coréenne « KCNA », estimant que « la situation actuelle nécessite de renforcer davantage la dissuasion de guerre par tous les moyens et de développer progressivement les forces armées de la (Corée du Nord) pour en faire une entité superpuissante et de force absolue ».
Joseph Kouamé