En réponse au lancement par Pyongyang de centaines de ballons remplis de déchets, la Corée du Sud a décidé de suspendre complètement un accord militaire de 2018 avec la Corée du Nord, visant à réduire les tensions entre les deux pays, a annoncé le Conseil national de sécurité à Séoul, ce lundi 3 juin. (Source : AFP).
Séoul avait déjà partiellement suspendu un accord permettant d’empêcher la guerre entre les deux Corées, l’année dernière, à la suite de la mise en orbite, par Pyongyang, d’un satellite espion, mais le Conseil national de sécurité a déclaré qu’il demanderait au cabinet de « suspendre totalement » cet accord militaire « jusqu’à ce que la confiance mutuelle entre les deux Corées soit rétablie ».
Depuis une semaine, près d’un millier de ballons remplis de déchets allant de mégots de cigarettes à des excréments d’animaux ont été lancés par la Corée du Nord vers son voisin, dont 600 dimanche, selon Séoul. Pyongyang a affirmé que ces « cadeaux sincères » visaient à riposter à l’envoi sur son territoire de ballons chargés de tracts de propagande contre le dirigeant Kim Jong Un. La Corée du Sud a qualifié cette action nord-coréenne « de bas étage » et d’« irrationnelle ».
Toutefois, contrairement aux récents tirs de missiles balistiques, cette action n’enfreint pas les sanctions imposées par les Nations Unies au régime nord-coréen. À Washington, le porte-parole du département d’État, Matthew Miller, a déclaré qu’il s’agissait « manifestement d’une tactique dégoûtante, irresponsable et puérile, qui doit cesser ». Pyongyang s’est engagé, dimanche, à « suspendre » temporairement ces lâchers de ballons en assurant que cette « contremesure » avait été efficace.
L’accord militaire de 2018, signé pendant une période de réchauffement des relations entre les deux pays, qui restent techniquement en guerre, vise à réduire les tensions dans la péninsule, notamment le long de la frontière intercoréenne hautement sécurisée. Séoul avait partiellement suspendu cet accord en novembre dernier pour protester contre le lancement réussi d’un satellite-espion par Pyongyang, et le Nord avait affirmé qu’il ne l’honorerait plus du tout.
En conséquence, le Conseil national de sécurité à Séoul a déclaré que l’accord était « virtuellement nul et non avenu en raison de la déclaration d’abandon de facto de la Corée du Nord », mais que le respect du reste de l’accord désavantageait Séoul en termes de capacité à répondre à des menaces telles que les ballons.
« Réponses plus adéquates »
Respecter l’accord « pose des problèmes importants en ce qui concerne l’état de préparation de nos forces armées, en particulier dans le contexte d’une série de provocations récentes de la part de la Corée du Nord, qui causent des dommages réels et menacent nos citoyens », a déclaré le gouvernement sud-coréen. Cette décision permettra « l’entraînement militaire dans les zones situées autour de la ligne de démarcation militaire » et « des réponses plus adéquates et plus immédiates aux provocations nord-coréennes ».
La décision devra être approuvée lors d’une réunion du cabinet prévue mardi avant d’entrer en vigueur.
Les relations entre les deux Corées sont au plus bas depuis des années, la diplomatie étant au point mort depuis longtemps, tandis que Kim Jong Un intensifie ses essais et continue de développer son armement et que le Sud se rapproche de son principal allié en matière de sécurité, Washington.
La décision de la Corée du Sud d’abandonner l’accord de 2018 montre «qu’elle ne tolérera pas que des ballons-poubelles traversent la frontière, compte tenu des normes internationales et des conditions de la trêve », a déclaré Hong Min, analyste principal à l’Institut coréen pour l’unification nationale à Séoul. « Toutefois, cela pourrait provoquer davantage Pyongyang, car il est impossible de bloquer physiquement des ballons qui dérivent vers le Sud », a-t-il ajouté.
Les ballons, qui ne contenaient pas de matières dangereuses, ont atterri dans les provinces du Nord de la Corée du Sud, y compris la capitale, Séoul, et la région adjacente de Gyeonggi, qui abritent ensemble près de la moitié de la population du Sud.
Selon des responsables sud-coréens, cela pourrait entraîner une reprise des diffusions de propagande par haut-parleurs sur la frontière avec la Corée du Nord, ce qui a toujours exaspéré Pyongyang.
Joseph Kouamé