La Commission européenne critique les limitations aux exportations et aux investissements européens imposées par les autorités algériennes depuis 2021. Ces mesures, principalement destinées à stimuler la production locale, compliquent les efforts du pays pour attirer les investisseurs étrangers.
L’Union Européenne (UE) a déclaré avoir initié une procédure de règlement des différends à l’encontre de son partenaire d’Afrique du Nord, accusé de restreindre les exportations et les investissements européens à travers diverses mesures adoptées depuis 2021.
« L’objectif de l’UE est d’engager un dialogue constructif avec l’Algérie en vue de supprimer les restrictions dans plusieurs secteurs, allant des produits agricoles aux véhicules à moteur », explique la Commission dans un communiqué publié vendredi 14 juin. Bruxelles liste ainsi huit griefs à l’encontre de son partenaire algérien. Parmi eux, un certificat exigé depuis 2022 pour importer en Algérie mais qui est fréquemment refusé de manière « arbitraire et immotivée » aux entreprises européennes. «Un système de licences d’importation ayant les mêmes effets qu’une interdiction d’importation », estime la Commission.
Les Européens critiquent également l’interdiction, mise en place cette année, de domiciliation bancaire pour toute entreprise qui importe des produits en marbre et en céramique sous leur forme finale, ce qui équivaut effectivement à une interdiction d’importation de ces produits. De plus, ils dénoncent l’exigence imposée aux constructeurs automobiles d’incorporer un pourcentage croissant de composants locaux dans la fabrication des véhicules, ainsi que les subventions conditionnées au respect de cette règle.
Les échanges commerciaux entre l’Espagne et l’Algérie ont été gelés, une décision prise par les autorités algériennes à l’été 2022 en réaction au soutien de Madrid à la position marocaine sur le Sahara occidental. Seul le commerce de certains produits agricoles a repris cette année.
La Commission européenne a averti à plusieurs reprises les autorités algériennes de ces mesures, qu’elle considère comme une violation de l’accord d’association UE-Algérie en vigueur depuis 2005, et comme un obstacle au commerce bilatéral. Bien que l’UE reste le principal partenaire commercial de l’Algérie, représentant un peu plus de 50 % de ses échanges extérieurs, les exportations européennes ont chuté de manière constante au cours de la dernière décennie, passant de 22,9 milliards d’euros en 2014 à 14,9 milliards l’année dernière, soit une diminution de 45 %.
En janvier de cette année, la Commission européenne a envoyé des représentants à Alger dans l’espoir de résoudre ces différends, mais sans succès. Par conséquent, elle a lancé une procédure visant à « protéger les droits des entreprises et des exportateurs européens opérant en Algérie». La Commission souligne également que les mesures prises par l’Algérie affectent négativement les consommateurs algériens en limitant indûment leur choix de produits disponibles sur le marché.
À l’exception de la crise algéro-espagnole, la plupart de ces mesures ont été prises principalement en réponse à la crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19. À cette époque, l’Algérie cherchait à réduire ses importations pour faire face à ses déficits. Parallèlement, le pays s’efforçait de diversifier son économie et d’attirer les investissements étrangers en assouplissant sa réglementation et en allégeant certaines lourdeurs bureaucratiques, qui constituaient un obstacle majeur à l’investissement. L’objectif déclaré était de stimuler la production locale, même si parfois les actions ont été précipitées et désordonnées, comme en témoigne la réduction drastique des importations de lait en poudre en 2021, suivie d’un revirement lorsque le cheptel algérien de vaches laitières s’est avéré insuffisant pour compenser.
Un observateur avisé du pays souligne qu’il existe un problème de cohérence, de lisibilité et de conformité avec le droit international dans la politique du gouvernement algérien. « D’un côté, des efforts sont déployés pour donner l’image d’une ouverture aux investissements étrangers, tandis que de l’autre, des obstacles à l’importation se multiplient », remarque-t-il. Les critiques formulées par la Commission européenne ne sont que le reflet d’une problématique plus profonde : «les élites algériennes rencontrent des difficultés à adopter un modèle économique de marché, ce qui remet en question des rentes et des intérêts établis. Cela nécessite une transformation exigeante. »
Joseph Kouamé