Royaume-Uni : Rishi Sunak quitte la tête du parti conservateur après la lourde défaite de sa formation aux législatives

Hier, 4 juillet 2024, les Britanniques ont été conviés aux urnes pour des élections législatives historiques. Les conservateurs, au pouvoir depuis 2010, ont subi leur plus grande défaite depuis le début du XXe siècle, tandis que le parti « Reform UK » de Nigel Farage a fait une entrée remarquée à la Chambre des communes.

Les travaillistes de Keir Starmer ont largement devancé les conservateurs de Rishi Sunak aux élections générales convoquées par le Premier ministre conservateur. Le « Labour » signe son retour aux affaires après 14 ans sans gouverner.

Ce vendredi 5 juillet, après la victoire écrasante des travaillistes aux élections législatives, Rishi Sunak a exprimé ses regrets en déclarant «Je suis désolé» en quittant le « 10, Downing Street ». Suite à sa défaite électorale, il a annoncé sa démission de la tête du parti conservateur, exprimant ses excuses aux Britanniques après ce revers électoral. «Après ce résultat, je quitterai le poste de chef de parti, pas immédiatement, mais une fois que tout sera en place pour désigner mon successeur», a-t-il précisé avant d’aller présenter sa démission au roi Charles III. Rishi Sunak s’est rendu au palais de Buckingham pour remettre sa démission au roi, selon l’agence de presse AP.

Le chef du « Labour » britannique, Keir Starmer, s’apprête à entrer à Downing Street ce vendredi, mettant fin à 14 années d’opposition pour les travaillistes après leur victoire nette face aux conservateurs, lors de législatives, également marquées par la percée inattendue de la droite dure.

Bien que la défaite des conservateurs ait été prédite depuis des mois par les sondages, leur débâcle s’avère historique, reflétant le désir de changement des Britanniques, exaspérés par la succession de crises, du « Brexit » à la flambée des prix en passant par l’instabilité des Premiers ministres ces dernières années. Selon les projections des chaînes de télévision britanniques, le « Labour » remporterait 410 sièges sur les 650 de la Chambre des communes, un résultat légèrement inférieur au score historique de Tony Blair en 1997 (418). L’influent tabloïd « The Sun », qui avait appelé à voter travailliste, titre «Le Royaume-Uni en rouge», la couleur du « Labour ». Le parti conservateur du Premier ministre sortant, Rishi Sunak, connaît son pire résultat depuis le début du XXe siècle avec seulement 131 députés élus, contre 365 il y a cinq ans sous Boris Johnson.

Keir Starmer, un ancien avocat spécialisé dans les droits Humains de 61 ans, sera chargé, demain, vendredi, par le roi Charles III, de former un nouveau gouvernement. Il ne s’est pas encore exprimé, attendant notamment son propre résultat dans une circonscription du Nord de Londres. Les électeurs «réclament le changement» et «c’est à nous de répondre à cette confiance», s’est réjouie Rachel Reeves, qui devrait devenir la prochaine ministre des Finances dans le gouvernement travailliste et a été réélue dans sa circonscription. Mais elle a prévenu que le futur gouvernement devra s’attendre «à des choix difficiles» face à «l’ampleur du défi».

Les libéraux-démocrates (centristes) gagneraient en influence avec 61 députés, redevenant ainsi la troisième force du Parlement. La véritable surprise de ce scrutin provient toutefois du parti anti-immigration et anti-système « Reform UK », qui obtiendrait 13 sièges, marquant une entrée bien plus fracassante que prévu pour la formation de Nigel Farage, figure de la droite dure. L’ancien champion du « Brexit » a salué ce résultat comme le début d’une «révolte contre l’establishment», et devrait lui-même être élu pour la première fois au Parlement.

En Écosse, les indépendantistes du « Scottish National Party » subissent un sérieux revers, avec seulement 10 des 57 circonscriptions prévues. Les tout premiers résultats confirment les prévisions, avec 12 victoires pour le « Labour » et « Reform UK » souvent en deuxième position.

Le changement

Neuf ans seulement après son entrée en politique et quatre ans après avoir pris la tête du « Labour » – dont il a fait un très grand nettoyage de tous les antisémites et autre islamogauchistes, à l’image de son prédécesseur, Jeremy Corbyn, le « presque jumeaux » britannique du français Mélenchon -, le nouveau Premier ministre devra répondre à une forte aspiration au changement. Le « Brexit » a divisé le pays et n’a pas tenu les promesses de ses partisans. La flambée des prix au cours des deux dernières années a appauvri les familles, plus nombreuses que jamais à dépendre des banques alimentaires. Il faut parfois attendre des mois pour obtenir un rendez-vous médical dans le service public NHS, et les prisons risquent de manquer de places dans les jours à venir.

Campagne calamiteuse chez les conservateurs

Dans une ambiance de luttes fratricides permanentes chez les conservateurs, les scandales politiques sous Boris Johnson et les errements budgétaires de l’éphémère première ministre Liz Truss (choisie par son camp du fait de son sexe et alors qu’elle était reconnu comme incapable pour cette fonction), qui n’a tenu que 49 jours au pouvoir, ont fini d’exaspérer les électeurs.

En 20 mois à Downing Street, leur successeur, Rishi Sunak, cinquième Premier ministre conservateur depuis 2010, n’est jamais parvenu à redresser la barre dans l’opinion. L’ancien banquier d’affaires et ministre des Finances de 44 ans avait tenté un coup de poker en convoquant ces élections en juillet sans attendre l’automne comme beaucoup le pensaient, mais sa campagne a été calamiteuse – de quoi faire largement penser à son homologue français, Emmanuel Macron.

joseph Kouamé & Christian Estevez

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