Le Tchad met fin à son accord de défense avec la France, et le Sénégal envisage de faire de même

Le Tchad, dernier pays sahélien à accueillir des forces françaises, a annoncé, ce jeudi 28 novembre au soir, la rupture de ses accords de sécurité et de défense avec Paris.

Le gouvernement du Tchad a décidé de mettre fin à l’accord de coopération en matière de défense signé avec la France. « Après 66 ans d’indépendance, le Tchad souhaite affirmer sa souveraineté pleine et entière », dit le communiqué de ce 28 novembre.

L’accord de coopération militaire technique entre la France et le Tchad, signé en 1976, couvre dix projets distincts, chacun étant dirigé par un ou deux coopérants français, dans le cadre d’une convention régissant leur présence et les moyens associés. La décision de mettre fin à cet accord a été officiellement communiquée ce jeudi, alors que Jean-Noël Barrot, le ministre français des Affaires étrangères, se trouvait à N’Djamena. Ce vendredi 29 novembre, il est à Addis-Abeba, en Éthiopie, mais n’a fait aucun commentaire. À Paris, aucune réaction n’a été donnée. Le ministère des Armées n’a fait aucune déclaration ce vendredi matin.

La résiliation de l’accord de coopération en matière de défense, révisé en 2019, permettra au Tchad de redéfinir ses partenariats stratégiques, indique le texte signé par le porte-parole du gouvernement. Cette décision devrait entraîner le retrait des environ 1 000 soldats français actuellement déployés au Tchad.

« Le Tchad, conformément aux dispositions de l’accord, s’engage à respecter les modalités prévues pour sa résiliation, y compris le délai de préavis, et à collaborer avec les autorités françaises afin d’assurer une transition harmonieuse , indique le communiqué.

Les raisons de la décision soudaine de N’Djaména restent obscures. Officiellement, elle est présentée comme un « tournant historique » et un signal que « le Tchad est prêt à affirmer sa souveraineté totale ». Cependant, certains observateurs estiment qu’il s’agit davantage d’une réaction impulsive du gouvernement, bien que le 28 novembre coïncide avec la fête nationale du Tchad.

L’Afrique disparaît progressivement des cartes militaires françaises. Après le Mali, le Burkina Faso et le Niger, où les juntes ont expulsé les forces françaises, la France est désormais sommée de retirer ses troupes du Tchad, longtemps considéré comme le pilier de sa présence militaire au Sahel, ainsi que du Sénégal. En effet, peu avant l’annonce du Tchad, le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, avait annoncé dans une interview au journal français « Le Monde », qu’il n’y aurait bientôt plus de soldats français dans son pays. Bien que cette position ait été attendue, le nouveau gouvernement de Dakar ayant toujours affiché son désintérêt pour la présence de troupes étrangères, elle reste néanmoins un revers pour la France.

Le Sénégal ne veut plus de base française

Le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a estimé ce jeudi, dans une interview accordée au « Monde », que la relation avec la France devait être réajustée, ajoutant que la présence de soldats français au Sénégal ne correspondait pas à « notre conception de la souveraineté et de l’indépendance ».

Bassirou Diomaye Faye a déclaré que le retrait des soldats français du Sénégal était évident », précisant toutefois ne pas s’être fixé de délai pour le moment . « Nous avons une coopération avec les États-Unis, la Chine ou encore la Turquie sans que ces pays n’aient de base sur notre sol. Nos relations restent néanmoins au beau fixe. Est-ce que la France est capable de faire cela ? Ce n’est pas parce que les Français sont là depuis la période de l’esclavage qu’il est impossible de faire autrement » , a-t-il dit.

Joseph Kouamé

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