Syrie : Bachar al-Assad sort de son silence une semaine après sa chute qualifiant les nouveaux dirigeants du pays de « terroristes »

Huit jours après avoir été renversé, l’ex-président syrien, Bachar al-Assad, est sorti, ce lundi 16 décembre, de son silence, affirmant qu’il n’avait fui la Syrie qu’après la chute de Damas et qualifiant les nouveaux dirigeants du pays de « terroristes ». (Source : AFP)

Lâché par ses alliés, la Russie et l’Iran, M. Assad a fui pour Moscou quand une coalition de groupes rebelles menée par les islamistes radicaux de la branche syrienne d’Al-Qaida s’est emparée, le 8 décembre dernier, de Damas, après une offensive éclair menée depuis le nord de la Syrie.

La Syrie a désormais besoin d’un « flux d’aide massive », a déclaré, ce lundi 16 décembre, le responsable de l’aide humanitaire de l’ONU, en déplacement à Damas. « Sept Syriens sur dix ont besoin d’aide maintenant », a affirmé Tom Fletcher, le chef du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), ajoutant que l’ONU souhaitait « faire les choses en grand » pour venir en aide à la Syrie.

La chute de Bachar al-Assad a été accueillie par des scènes de liesse, près de 14 ans après le début de la guerre civile déclenchée en 2011 par la répression de manifestations qualifiées de « prodémocratie » mais dirigées en coulisses par les islamistes, qui a fait un demi-million de morts et provoqué la fuite à l’étranger de six millions de personnes.

« Mon départ de Syrie n’était pas planifié et n’a pas non plus eu lieu durant les dernières heures de la bataille, contrairement à certaines allégations », a déclaré l’ancien président, dans un communiqué en anglais. « Moscou a exigé (…) une évacuation immédiate vers la Russie le dimanche 8 décembre au soir », a ajouté M. Assad, qui a dirigé d’une main de fer la Syrie pendant 24 ans, affirmant que son pays était désormais « aux mains des terroristes » (ce qui est exact puisque ce sont les mouvement djihadistes d’Al-Qaida et de Daesh – Etat Islamique/ISIS – qui ont pris le pouvoir par une offensive débutée 10 jours avant, avec le soutien financier et militaires de pays islamistes que sont le Qatar et la Turquie).

Le groupe islamiste radical Hayat Tahrir al-Sham (HTS), à la tête de la coalition « rebelle », affirme avoir rompu avec le djihadisme mais reste, à juste titre, classé « terroriste » par plusieurs capitales occidentales, dont Washington.

Transition « crédible »

Après 50 ans de règne sans partage du clan Assad, les nouvelles autorités s’emploient à rassurer les capitales étrangères, qui par calcules géopolitiques atlantistes, mais aussi naïvement, car menées par leurs convictions idéologiques (le régime d’Al-Assad étant un des plus fidèles alliés de la Russie et de l’Iran, qui sont dans les collimateurs du camp impérialiste occidental), et des membres de leurs diplomaties pro-turc et même carrément pro-islamistes, comme c’est le cas par exemple, de l’entourage direct du président français Emmanuel Macron, prennent peu à peu contact avec leurs dirigeants, dont Abou Mohammad al-Jolani, le chef de HTS, qui se fait désormais appeler par son vrai nom, Ahmad al-Chareh – cet homme qui, dans le territoire qu’il contrôlait jusque là, en Syrie, appliquait la charia la plus stricte et faisait assassiner tous ses opposants.

Lundi, l’Union européenne a annoncé envoyer un haut représentant à Damas. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a affirmé que la Russie et l’Iran « ne doivent pas avoir de place » dans la Syrie de demain, et que l’UE soulèverait la question du devenir des bases militaires russes en Syrie avec le nouveau pouvoir.

L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, avait rencontré, ce dimanche 15 décembre, M. Jolani, devant qui il a souligné la nécessité d’une transition « crédible et inclusive », selon ses services.

Le Royaume-Uni et les Etats-Unis d’Amérique ont également établi des contacts avec HTS et la France envoie, ce mardi, une mission diplomatique à Damas, la première depuis 12 ans – c’est à dire pactiser avec des islamistes qui, entre autres activités, massacrent encore les kurdes et même qui commettent des attentats en France (l’islamiste qui a assassiné, en le décapitant, le professeur de collège français, Samuel Paty, était affilié et glorifiait HTS comme le « seul vrai djihad ») – le niveau d’alerte aux attentats islamistes ayant été levé jusqu’à son niveau maximal depuis que HTS a pris Damas, le 8 décembre.

Face à une situation régionale inflammable, les pays occidentaux restent méfiants vis-à-vis de HTS, mais aucun ne veut passer à côté de l’opportunité de renouer les liens avec la Syrie, conscients du risque de fragmentation et de résurgence du groupe jihadiste Etat islamique, qui n’a jamais été totalement éradiqué du pays (son éradication presque complète, il y a quelques années, ayant été réalisée par l’armée russe – ndlr).

Plusieurs pays et organisations avaient salué la chute d’Assad, disant cependant attendre de juger sur pièces l’attitude des nouvelles autorités, musulmanes sunnites, face aux minorités de ce pays multiethnique et multiconfessionnel.

Le Premier ministre chargé de la transition jusqu’au 1er mars, Mohammad al-Bachir, a promis de « garantir les droits de tous », alors que les Syriens tentent de reprendre une vie normale.

« Nous voulons nos enfants »

Dans un complexe militaire près de Damas, des habitants, dont des enfants, ont mis le feu à des maisons d’officiers de l’ancien gouvernement, selon des journalistes de l’AFP. Tables, armoires, chaises on été pillés auparavant.

A Lattaquié, le deuxième port de Syrie, sur la Méditerranée, des centaines d’hommes et quelques femmes membres des anciennes forces gouvernementales faisaient la queue à l’extérieur de bureaux où les nouvelles autorités leur ont demandé de venir rendre les armes.

« Nous en attendons au moins mille aujourd’hui », a dit à l’AFP le responsable des lieux, Mohamad Mustapha, 26 ans, ex-soldat originaire du bastion « rebelle » d’Idleb, dans le nord-ouest. Les nouvelles autorités procèderont à des enquêtes « sur leur passé » et « en cas de crime grave, ils seront transférés à la justice », explique-t-il.

Ayoush Hassan, originaire de la région d’Alep, dans le nord, cherche désespérément son fils depuis la chute d’Assad, à l’image de nombreux Syriens dont les proches ont disparu au cours du conflit et des décennies de répression. « Nous voulons nos enfants, vivants, morts, brûlés, en cendres, enterrés dans des fosses communes », implore-t-il.

Didier Maréchal & Christian Estevez

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