L’île de Taïwan a procédé, jeudi 16 janvier, à sa première exécution depuis 2018, mettant fin à près de cinq ans de moratoire de facto sur la peine de mort. Cette décision, qui intervient dans un contexte de débats intenses sur les droits Humains, a suscité de vives critiques des organisations internationales et de l’Union Européenne.
Huang Lin-kai, un homme de 32 ans reconnu coupable du meurtre par strangulation de son ex-petite amie et de la mère de celle-ci en 2017, a été exécuté ce jeudi 16 janvier, en fin de journée par un peloton d’exécution. Le ministère de la Justice a justifié cette peine capitale, soulignant la gravité des crimes : « Les actes de M. Huang étaient déshumanisants, extrêmement vicieux, et sa culpabilité était particulièrement grave. »
Cette exécution marque une première depuis l’entrée en fonction, en mai 2024, du président Lai Ching-te. Sous son prédécesseur, deux exécutions avaient eu lieu, alors que la présidence de Ma Ying-jeou (2008-2016) avait enregistré 33 exécutions, témoignant d’une politique plus répressive. Depuis la levée du moratoire en 2010, Taïwan a procédé à 36 exécutions.
En septembre dernier, la Cour constitutionnelle avait pourtant insisté sur la nécessité de restreindre la peine capitale à des « circonstances spéciales et exceptionnelles ». E-ling Chiu, directeur d’ « Amnesty International Taïwan », a dénoncé un « développement cruel et choquant » qui « anéantit plusieurs années de progrès vers l’abolition de la peine de mort ».
L’Union Européenne, tout en condamnant fermement les crimes de Huang Lin-kai, a réaffirmé son opposition absolue à la peine de mort et appelé Taïwan à instaurer un moratoire de facto, en vue d’une abolition définitive. « Cette exécution constitue un recul considérable pour les droits humains à Taïwan », a ajouté l’UE dans un communiqué.
Cependant, au sein de l’île, la question demeure divisée. Alors que Taïwan s’est progressivement imposée comme une « démocratie modèle » en Asie, les sondages montrent que la peine capitale reste largement soutenue par la population. De son côté, le Kuomintang, principal parti d’opposition, a critiqué les récents efforts pour restreindre la peine de mort, encourageant le gouvernement à exécuter les 36 condamnés encore en attente après l’achèvement de leurs procédures judiciaires.
Clara Höser