Algérie : Les autorités ordonnent la fermeture de la maison d’édition Frantz-Fanon pour six mois

Les autorités algériennes ont ordonné la fermeture temporaire des éditions Frantz-Fanon, accusées de « porter atteinte à la sécurité et à l’ordre public ainsi qu’à l’identité nationale » et de « colporter un discours de haine ». Une décision qui fait suite à la publication d’un ouvrage sur l’histoire du judaïsme en Algérie, suscitant une vive polémique.

Installée à Boumerdès, la maison d’édition Frantz-Fanon, qui porte le nom du célèbre psychiatre et militant anticolonialiste, a reçu l’ordre de suspendre ses activités pour une durée de six mois à compter du 14 janvier. Cette décision des autorités fait suite à la publication de L’Algérie juive – L’autre moi que je connais si peu, un livre de l’universitaire franco-algérienne Hédia Bensahli, consacré à l’histoire du judaïsme en Algérie, de l’Antiquité à l’indépendance du pays en 1962.

Un ouvrage qui divise

Publié en août 2023, l’ouvrage est initialement diffusé sans incident jusqu’en octobre. Les tensions surgissent lorsque les éditions Frantz-Fanon envisagent d’organiser des rencontres en librairie avec l’auteure. L’initiative provoque une levée de boucliers sur les réseaux sociaux et dans certains cercles politiques islamistes, qui interpellent le gouvernement. Le 23 octobre, le procureur accuse la maison d’édition de porter atteinte « à la sécurité et à l’ordre public » et à « l’identité nationale ».

Le directeur de Frantz-Fanon, Amar Ingrachen, est alors placé sous contrôle judiciaire, tandis que des librairies subissent des perquisitions pour retirer l’ouvrage des rayons. À Tizi-Ouzou, l’une d’entre elles est brièvement fermée en décembre. L’éditeur assure pourtant que le livre « ne contient pas une virgule ni un mot de trop », et souligne qu’il retrace l’histoire du judaïsme en Algérie.

Une décision controversée

Le 14 janvier, le wali de Boumerdès justifie la fermeture de la maison d’édition par les mêmes accusations, bien que la procédure judiciaire soit encore en cours. Une décision dénoncée par Frantz-Fanon, qui estime être victime d’un abus administratif.

Fondées en 2014 avec l’accord des ayants droit de Frantz Fanon, les éditions se revendiquent « progressistes » et se montrent critiques envers la situation actuelle en Algérie. Ces derniers mois, elles ont dénoncé les pressions croissantes exercées sur les milieux intellectuels, notamment après l’arrestation de l’écrivain Boualem Sansal et l’exclusion d’auteurs comme Kamel Daoud du Salon international du livre d’Alger.

Une liberté d’expression sous pression

La fermeture des éditions Frantz-Fanon s’inscrit dans un climat de restrictions croissantes visant le milieu intellectuel et éditorial algérien, faisant craindre une restriction de la liberté d’expression dans le pays.

Clara Höser

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